
L'affirmation par Jacques Delors dans les colonnes du Monde, au nom du "devoir de vérité", qu'une renégociation de la Constitution européenne serait très difficile mais possible en cas de victoire du non au référendum, continue à faire l'objet d'âpres débats et de laborieuses exégèses. Par sa déclaration, Jacques Delors, qui fait autorité dans les dossiers européens en tant qu'ex-président de la Commission de Bruxelles, a paru placer en porte-à-faux le camp du oui. A tel point que, vendredi soir sur France 2, il est revenu sur ses propos de la veille. Pour lui, le débat ne peut se résumer à qualifier le texte du traité de "potion magique" si l'on est pour le oui ou de "passeport pour l'enfer", si l'on est pour le non. "Je veux être nuancé, dialoguer avec tout le monde, qui peut me le reprocher ?", s'est-il interrogé. "Je suis obligé aujourd'hui de dire les choses d'une manière simple", a-t-il ajouté, "vive le plan A il n'y a pas de plan B".
C'est dit. Mais le mal est déjà fait. Partisans du oui et du non se déchirent à qui mieux mieux en prenant pour base le "plan B mais" de Jacques Delors. Après la réaction de François Hollande dès jeudi sur le mode de la banalisation ("Jacques Delors a raison, il faudrait tout recommencer), le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, a fait l'analyse de la pensée de Jacques Delors en estimant que "ce qu'(il) a voulu dire, c'est que si par malheur nous devions connaître la crise, il faudrait réfléchir à des scénarios". Si la Constitution européenne n'est pas adoptée, "on repart à zéro. Ce n'est pas un plan B, c'est un plan zéro". Le président de l'UDF, François Bayrou, a exprimé son "désaccord profond" avec Jacques Delors. Aux pays qui ont déjà ratifié le traité, "on va dire: votre délibération, vos référendums ne comptent pas, on va réécrire le texte depuis le début. Evidemment ça ne tient pas", a-t-il dit.
"Le vote non ne conduit pas à une impasse"
Tel n'est évidemment pas l'avis des partisans du non. A droite, le député UMP Nicolas Dupont-Aignan, favorable au non, a salué dans la déclaration de Jacques Delors "un formidable message d'espoir pour tous les Français" favorables à "une Europe plus démocratique et plus juste". Même tonalité chez Philippe de Villiers (Mouvement pour la France). Selon lui, "Jacques Delors souligne, avec l'autorité de son expérience, que le vote non ne conduit pas à une impasse mais qu'il porte bien une solution de renégociation".
Pour l'un des chefs de file du "non de gauche", Jean-Luc Mélenchon, l'action des Etats est guidée par le principe de réalité. "Les Etats n'ont pas que des sentiments, ils ont aussi des intérêts", rappelle l'ancien ministre. Laurent Fabius, qui a pour atout dans cette controverse d'avoir été Premier ministre, assure qu'"on ne va pas faire l'Europe sans la France" et pronostique "une rediscussion, à partir de novembre 2006, par les chefs d'Etat en exercice". Le traité doit en effet entrer en vigueur au premier jour de ce mois-là s'il a été ratifié par tous les Etats et, si tel n'est pas le cas, rappelle-t-il, "le Conseil européen se saisit" de la question. Enfin, le président d'Attac, Jacques Nikonoff, juge qu'un non français serait "une puissante impulsion à la refondation européenne". "Tout reposera, comme toujours, sur des mobilisations populaires", affirme le responsable altermondialiste.
Photo d'ouverture : Jacques Delors, vendredi soir sur France 2 - DR
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