Quel Premier ministre pour quelle politique ?

le 30 mai 2005 à 19h35 , mis à jour le 31 mai 2005 à 08h58

Sonné par la défaite du oui, Jacques Chirac est aujourd'hui face à un choix très difficile : quelle politique doit-il engager pendant les 22 mois qui lui restent à l'Elysée ? Et quel homme peut porter à Matignon la responsabilité de cette politique ? Réponse aujourd'hui.

matignon réunion © INTERNE

Le chef de l'Etat doit-il engager une politique "plus solidaire" pour répondre aux attentes des Français ou prendre une orientation plus libérale comme le préconise le patron de l'UMP ? Au lendemain de la large victoire du non, il a reçu successivement le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, dont les heures à Matignon sont comptées, puis Nicolas Sarkozy, le président de l'UDF François Bayrou et Dominique de Villepin

La première conséquence du désaveu infligé dimanche par les Français au président de la République et plus largement aux partis de gouvernement - UMP, UDF, PS - qui prônaient le oui, devait être un changement de Premier ministre. L'Elysée a indiqué dans l'après-midi que le président de la République annoncerait mardi "ses décisions concernant le gouvernement" puis s'exprimerait dans les journaux télévisés du soir. Le sort de Jean-Pierre Raffarin paraissant scellé, trois personnalités semblaient lundi faire figure de favorites pour Matignon : Dominique de Villepin, un fidèle chiraquien, Michèle Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy, le rival, dont l'ambition affichée est de briguer l'Elysée en 2007.

L'un, malgré son caractère souvent imprévisible, permettrait à Jacques Chirac de conserver son autorité et ses prérogatives, l'autre, très populaire à droite, apporterait un élan nouveau mais achèverait de marginaliser le chef de l'Etat. Dominique de Villepin incarnerait aussi une certaine continuité, un savant dosage de mesures sociales et libérales qui font le "modèle français" alors que Nicolas Sarkozy, qui a pressé dimanche soir d'en finir "avec nos immobilismes, avec nos frilosités", symboliserait une nette inflexion libérale. Quant à Michèle Alliot-Marie, elle pourrait incarner une voie moyenne et aurait l'avantage d'être "sarko-compatible".

"Un changement profond" 

Quoi qu'il en soit, les électeurs ont avant tout voulu signifier dimanche qu'ils étaient très mécontents de la situation économique et sociale. Un constat que fait sur son blog Alain Juppé, un proche du président de la République. Relevant que le chômage élevé était à la source de "l'angoisse" exprimée par le non, il a préconisé "un changement profond" avec un "changement d'équipe" rapide et un "changement de politique". "L'art de gouverner va consister à trouver le point d'équilibre entre les exigences de l'économie et les attentes populaires", déclare l'ancien Premier ministre . Juppé qui fut lui-même en butte à une vaste contestation sociale en 1995.

Toute la difficulté est là pour Jacques Chirac qui a promis "une impulsion nouvelle" pour répondre aux "inquiétudes et attentes" des Français. Alors qu'une grande partie de la majorité lui reproche de n'avoir pas su donner un cap clair à l'action gouvernementale, le chef de l'Etat va devoir trancher: veut-il donner une inflexion plus sociale ou au contraire plus libérale à son action ? L'Elysée était muet lundi sur les intentions du chef de l'Etat. Mais Jacques Chirac avait esquissé en quelques mots ses prochaines priorités, lors de son adresse jeudi soir aux Français: "plus de solidarité", "plus de dynamisme" et "mieux faire vivre notre pacte républicain". Mais quel que soit le choix de sa politique et de l'homme qui l'incarnera, sa marge de manoeuvre est étroite avec une forte baisse de sa popularité, un chômage à plus de 10% et une croissance en berne.

le 30 mai 2005 à 19:35
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