Le vertige de l'après-29 mai

Par , le 27 mai 2005 à 20h07 , mis à jour le 27 mai 2005 à 20h12

Quel que soit le résultat de dimanche, la campagne référendaire aura montré une classe politique française en plein désarroi. Dès le 30 mai, l'exécutif et les partis de droite comme de gauche auront fort à faire pour répondre au "krach civique" déjà révélé le 21 avril 2002.

le drapeau francais au dessus de l'élysée

"On est comme avant 1958. Tout est décrédibilisé. Le système est en bout de course". Cet aveu d'un élu UMP reflète bien l'état du paysage politique français, à quelques heures d'un scrutin crucial pour l'avenir de l'Europe. Quel que soit le résultat des urnes dimanche, la campagne référendaire de ce printemps aura été un nouvel avatar de la crise de la démocratie française révélée avec éclat le 21 avril 2002. Trois ans après le séisme qui voyait l'extrême-droite écarter la gauche de la présidentielle, le mécontentement des Français contre leur classe dirigeante est intacte. Il s'est cristallisé cette fois-ci non pas autour d'une vague sécuritaire mais autour d'une méfiance profonde contre un monde entraîné dans une logique d'affrontement économique.

Dès le début de la campagne, le camp du non a réussi à imposer sa thématique sur l'insécurité sociale aggravée par la construction européenne. De la directive Bolkestein à la menace du plombier polonais, la grande explication attendue sur l'Europe s'est transformée en catalogue des peurs françaises. La charte européenne des droits fondamentaux a eu peu de poids face à la crainte de perdre son emploi ou de voir son entreprise délocalisée. Cette critique de l'Europe supposée libérale était déjà présente lors du référendum de Maastricht en 1992; elle s'est considérablement renforcée. Preuve en est le basculement vers le non des salariés de 25 à 49 ans dans les derniers sondages. La France qui travaille perçoit désormais l'Europe comme une menace. Face aux frustrations et aux désespoirs d'une partie de la population, les partisans du oui n'ont pas trouvé les mots pour convaincre. Et à droite, comme à gauche, leur campagne ratée va laisser des traces. Le résultat de dimanche semblant pour beaucoup déjà acquis, il est intéressant d'imaginer l'après-non.

Villepin ou Alliot-Marie ? 

Très affaibli, Jacques Chirac disposerait de peu de temps pour rebondir. Probablement dès la semaine prochaine, il remercierait Jean-Pierre Raffarin, devenu dans l'opinion le symbole d'un pouvoir politique à bout de souffle. Certains fidèles chiraquiens ne doutent plus que le chef de l'Etat soit décidé à le remplacer par Dominique de Villepin. Chez les sarkozystes, ce choix serait vécu comme une déclaration de guerre, le patron de l'UMP voyant en lui un concurrent potentiel pour 2007. Si Jacques Chirac ne retenait pas la solution Villepin, certaines sources évoquent le nom de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, voire, malgré les relations conflictuelles entre les deux hommes, la piste Sarkozy. Mais les dernières semaines ont mis en lumière les contradictions qui séparent aujourd'hui le camp chiraquien de l'UMP. Alors que Nicolas Sarkozy voyait en la Constitution européenne un levier pour réformer un "modèle social" français en panne, Jacques Chirac la présentait lui comme un rempart contre le libéralisme. Entre ces deux messages, l'UDF de François Bayrou n'a pas réussi à faire entendre sa petite musique européenne.

A gauche, le pire est à venir en cas de victoire du non. En appelant à la rescousse Lionel Jospin pour sauver le oui, François Hollande a été contraint de jouer dans cette campagne un second rôle. Avec une autorité entamée, il aura fort à faire pour apaiser les divisions qui ont éclaté au grand jour avec les tenants du non, incarnés par un Laurent Fabius requinqué. Mais surtout, il ne pourra pas faire l'économie d'une profonde réflexion sur l'incapacité du PS à rassembler l'électorat de gauche, trois ans après l'échec de Lionel Jospin. Quant à l'assemblage hétéroclite des formations qui s'opposent au Traité européen, (souverainistes, nationalistes ou alter mondialistes), on peut se demander quel sera son poids politique au lendemain du scrutin,. Ces formations auront néanmoins réussi dans la campagne à fédérer les craintes et mécontentements.

Quoi qu'il en soit, en cas de victoire du non, la France restera gouvernée après le 29 mai par le camp du oui. Et les gagnants de la veille resteront marginalisés dans notre système politique qui ne permet plus de réelle respiration démocratique. La campagne présidentielle s'ouvre le 30 mai au matin mais le temps va paraître, pour certains, bien long jusqu'en 2007.

Par Renaud Pila le 27 mai 2005 à 20:07
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