
L'Europe va tenter d'éviter une nouvelle crise au sommet de Bruxelles, dont le président en exercice de l'UE, Jean-Claude Juncker, a dramatisé l'enjeu mercredi en s'affirmant "presque sûr" d'un échec concernant un accord sur le prochain budget 2007-2013. Le Premier ministre luxembourgeois a attribué l'impasse à la détermination de Tony Blair à préserver le rabais accordé depuis 1984 au Royaume-Uni.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, affirme rester "confiant" qu'un compromis est "à la portée" des chefs d'Etat et de gouvernement, jeudi et vendredi. Il a appelé le Premier ministre britannique à bouger et étendu ce plaidoyer à Jacques Chirac et Gerhard Schröder. Mais l'inflexibilité de Blair, qui lie la question du rabais à une réduction du coût de la politique agricole commune (PAC), et celle du président français, qui refuse un tel scénario avec l'appui du chancelier allemand, augurent d'une réunion à haute tension. "Il n'y aura pas d'accord (...) si nous n'arrivons pas à amender le chèque britannique", a déclaré Jean-Claude Juncker au Parlement européen. Dans sa dernière offre de compromis avant le sommet, il a fait quelques concessions à Tony Blair. Il maintient le gel du rabais britannique à partir de 2007, mais abandonne l'idée de le diminuer ensuite. Il lie en outre l'évolution de la ristourne après 2013 à celle des dépenses de la PAC.
"Tout le monde doit donner quelque chose"
"Tout le monde doit donner quelque chose (...) La Grande-Bretagne doit faire un effort, la France doit faire un effort, l'Allemagne aussi", a lancé de son côté Barroso. Tout en niant vouloir remettre en cause l'accord agricole de 2002, il a jugé "raisonnable" que le gâteau des aides, prévu pour 25, puisse être partagé à 27 après l'adhésion de la Roumanie et la Bulgarie, attendue en 2007. "Cela pourrait être la voie d'un compromis", a-t-il estimé. Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a rétorqué que "personne ne saurait revenir" sur le financement de la PAC. Et Chirac a redonné de la voix contre Londres en affirmant que "le Royaume-Uni doit prendre toute sa part au financement de l'Europe élargie".
José Manuel Durao Barroso a mis en garde les dirigeants de l'UE contre le risque que "l'Europe s'enfonce dans la paralysie" en cas d'échec à Bruxelles. Il a plaidé qu'"un accord, même imparfait" valait "mieux... que pas d'accord". "Ce serait déjà un grand progrès si nous arrivions à nous mettre d'accord sur le niveau général de dépenses 2007-2013", a estimé de son côté Juncker, qui a proposé mercredi soir une enveloppe globale de 870 milliards d'euros.
Outre le rabais britannique, d'autres obstacles se dressent sur la voie d'un accord à Bruxelles, notamment la volonté des Pays-Bas de voir baisser leur contribution nette aux finances de l'UE et la menace de veto de l'Italie, qui craint de perdre 8 milliards d'aides en faveur du Mezzogiorno défavorisé. L'acrimonie de la négociation budgétaire menace d'occulter les discussions sur l'avenir de la Constitution européenne, au menu du sommet jeudi soir.
Photo d'ouverture : le président en exercice de l'UE, Jean-Claude Juncker - DR
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