La dernière offre de Juncker

le 16 juin 2005 à 08h00 , mis à jour le 16 juin 2005 à 08h16

A la veille du sommet qui s'ouvre ce jeudi à Bruxelles, alors que l'Union semble dans l'impasse sur le budget, Jean-Claude Juncker a tenté une dernière fois de vaincre la résistance de Tony Blair. Tout en maintenant le gel du rabais britannique, il abandonne l'idée de le diminuer par la suite.

juncker

L'Europe va tenter d'éviter une nouvelle crise au sommet de Bruxelles, dont le président en exercice de l'UE, Jean-Claude Juncker, a dramatisé l'enjeu mercredi en s'affirmant "presque sûr" d'un échec concernant un accord sur le prochain budget 2007-2013. Le Premier ministre luxembourgeois a attribué l'impasse à la détermination de Tony Blair à préserver le rabais accordé depuis 1984 au Royaume-Uni.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, affirme rester "confiant" qu'un compromis est "à la portée" des chefs d'Etat et de gouvernement, jeudi et vendredi. Il a appelé le Premier ministre britannique à bouger et étendu ce plaidoyer à Jacques Chirac et Gerhard Schröder. Mais l'inflexibilité de Blair, qui lie la question du rabais à une réduction du coût de la politique agricole commune (PAC), et celle du président français, qui refuse un tel scénario avec l'appui du chancelier allemand, augurent d'une réunion à haute tension. "Il n'y aura pas d'accord (...) si nous n'arrivons pas à amender le chèque britannique", a déclaré Jean-Claude Juncker au Parlement européen. Dans sa dernière offre de compromis avant le sommet, il a fait quelques concessions à Tony Blair. Il maintient le gel du rabais britannique à partir de 2007, mais abandonne l'idée de le diminuer ensuite. Il lie en outre l'évolution de la ristourne après 2013 à celle des dépenses de la PAC.

 "Tout le monde doit donner quelque chose"

"Tout le monde doit donner quelque chose (...) La Grande-Bretagne doit faire un effort, la France doit faire un effort, l'Allemagne aussi", a lancé de son côté Barroso. Tout en niant vouloir remettre en cause l'accord agricole de 2002, il a jugé "raisonnable" que le gâteau des aides, prévu pour 25, puisse être partagé à 27 après l'adhésion de la Roumanie et la Bulgarie, attendue en 2007. "Cela pourrait être la voie d'un compromis", a-t-il estimé. Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a rétorqué que "personne ne saurait revenir" sur le financement de la PAC. Et Chirac a redonné de la voix contre Londres en affirmant que "le Royaume-Uni doit prendre toute sa part au financement de l'Europe élargie".

José Manuel Durao Barroso a mis en garde les dirigeants de l'UE contre le risque que "l'Europe s'enfonce dans la paralysie" en cas d'échec à Bruxelles. Il a plaidé qu'"un accord, même imparfait" valait "mieux... que pas d'accord". "Ce serait déjà un grand progrès si nous arrivions à nous mettre d'accord sur le niveau général de dépenses 2007-2013", a estimé de son côté Juncker, qui a proposé mercredi soir une enveloppe globale de 870 milliards d'euros.

Outre le rabais britannique, d'autres obstacles se dressent sur la voie d'un accord à Bruxelles, notamment la volonté des Pays-Bas de voir baisser leur contribution nette aux finances de l'UE et la menace de veto de l'Italie, qui craint de perdre 8 milliards d'aides en faveur du Mezzogiorno défavorisé. L'acrimonie de la négociation budgétaire menace d'occulter les discussions sur l'avenir de la Constitution européenne, au menu du sommet jeudi soir.

Photo d'ouverture : le président en exercice de l'UE, Jean-Claude Juncker - DR

le 16 juin 2005 à 08:00
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