© INTERNELors du sommet de Bruxelles, consacré notamment à l'avenir budgétaire de l'Union, la France a assisté, impuissante, à la constitution d'un front du refus conduit par Londres. Après avoir tenté en vain d'isoler les Britanniques, Paris s'échine à réduire le rapprochement entre le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, l'Espagne et la Finlande à une alliance de circonstances. Une alliance "entre deux ou trois pays riches", a fustigé Chirac à l'issue du sommet. Une alliance "entre égoïsmes nationaux", a renchéri la ministre française des Affaires européennes, Catherine Colonna, dimanche sur France Inter. "C'est vrai qu'un pays, qui a entraîné deux ou trois autres, je parle de la Grande-Bretagne, a décidé de ne pas payer pour l'élargissement de l'Europe" a ensuite lancé Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères, sur Europe 1.
Mais la stratégie française semble partiellement vouée à l'échec, car le Premier ministre britannique Tony Blair, dont le pays assumera la présidence européenne durant les six prochains mois, a fait mouche en demandant "un débat fondamental" sur l'avenir de l'Europe, assurant que sa logique n'était pas seulement comptable : le rabais contre la PAC. Son plaidoyer en faveur d'un transfert d'une partie des aides à l'agriculture vers d'autres priorités de développement a trouvé une trouvé des oreilles attentives dans d'autres Etats. Les Français et leurs alliés ont dû reconnaître qu'un débat devait avoir lieu. Catherine Colonna a répété dimanche que cette crise pouvait être "l'occasion d'une prise de conscience et donc d'un sursaut".
"Libéral", et pourquoi pas ?
Toute la question est de savoir qui, de Londres ou Paris, va imposer ses vues dans le débat sur l'avenir de l'Union. En insistant à Bruxelles sur des préoccupations comme la mondialisation, le chômage ou la sécurité, le président français trouvera certainement un écho favorable dans sa propre opinion publique.
Il n'est pas certain qu'il puisse convaincre le reste de l'Union. Avec 10% de chômage et une croissance flageolante, le modèle français fait pâle figure face à la réussite économique britannique. Et, les frontières de l'Hexagone franchies, il ne suffira sans doute pas de qualifier Blair de libéral pour discréditer sa politique.
Avec Sarkozy ?
Dans le contexte actuel, les appels de Philippe Douste-Blazy et Catherine Colonna à définir "ensemble à 25 (…) ce que nous voulons pour l'Europe", soit "une zone de libre échange aux frontières de plus en plus larges, où il y a quelques politiques communes" soit "une Europe politique avec une intégration politique" apparaît comme un tentative de n'être pas mis sur la touche, quand le rival de toujours a de belles cartes dans son jeu. Mais s'il veut vraiment asseoir son leadership sur l'Europe, Tony Blair doit montrer qu'il est capable de proposer un projet plus fédérateur qu'un grand marché. Moins d'une semaine après l'échec du sommet, le Britannique viendra en personne à Bruxelles jeudi présenter les priorités de "sa" présidence de l'UE devant le Parlement européen.
Il sait qu'il ne réussira pas seul et semble faire le pari - incertain - d'un rapprochement avec Berlin. En septembre, la CDU-CSU, très critique vis-à-vis de l'obsession française sur la PAC, pourrait revenir au pouvoir. Des proches de Blair rêvent même à un ralliement de Paris, après 2007, si Nicolas Sarkozy prenait les rênes du pays. "C'est le plan 'B' comme 'Blair'", ironisait un responsable européen à Bruxelles.
(Image d'archive : Blair et Chirac)
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