Paris tente d'entretenir le discrédit sur Blair

Par , le 19 juin 2005 à 15h43 , mis à jour le 19 juin 2005 à 20h37

Les responsables de la diplomatie française ont fustigé dimanche les "égoïsmes nationaux" responsables, selon eux, de l'échec du sommet de Bruxelles. Blair appelle à un débat dépassant les intérêts comptables.

blair chirac touquet © INTERNE

Lors du sommet de Bruxelles, consacré notamment à l'avenir budgétaire de l'Union, la France a assisté, impuissante, à la constitution d'un front du refus conduit par Londres. Après avoir tenté en vain d'isoler les Britanniques, Paris s'échine à réduire le rapprochement entre le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, l'Espagne et la Finlande à une alliance de circonstances. Une alliance "entre deux ou trois pays riches", a fustigé Chirac à l'issue du sommet. Une alliance "entre égoïsmes nationaux", a renchéri la ministre française des Affaires européennes, Catherine Colonna, dimanche sur France Inter. "C'est vrai qu'un pays, qui a entraîné deux ou trois autres, je parle de la Grande-Bretagne, a décidé de ne pas payer pour l'élargissement de l'Europe" a ensuite lancé Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères, sur Europe 1.

Mais la stratégie française semble partiellement vouée à l'échec, car le Premier ministre britannique Tony Blair, dont le pays assumera la présidence européenne durant les six prochains mois, a fait mouche en demandant "un débat fondamental" sur l'avenir de l'Europe, assurant que sa logique n'était pas seulement comptable : le rabais contre la PAC. Son plaidoyer en faveur d'un transfert d'une partie des aides à l'agriculture vers d'autres priorités de développement a trouvé une trouvé des oreilles attentives dans d'autres Etats. Les Français et leurs alliés ont dû reconnaître qu'un débat devait avoir lieu. Catherine Colonna a répété dimanche que cette crise pouvait être "l'occasion d'une prise de conscience et donc d'un sursaut".

"Libéral", et pourquoi pas ?

Toute la question est de savoir qui, de Londres ou Paris, va imposer ses vues dans le débat sur l'avenir de l'Union. En insistant à Bruxelles sur des préoccupations comme la mondialisation, le chômage ou la sécurité, le président français trouvera certainement un écho favorable dans sa propre opinion publique.

Il n'est pas certain qu'il puisse convaincre le reste de l'Union. Avec 10% de chômage et une croissance flageolante, le modèle français fait pâle figure face à la réussite économique britannique. Et, les frontières de l'Hexagone franchies, il ne suffira sans doute pas de qualifier Blair de libéral pour discréditer sa politique.

Avec Sarkozy ?

Dans le contexte actuel, les appels de Philippe Douste-Blazy et Catherine Colonna à définir "ensemble à 25 (…) ce que nous voulons pour l'Europe", soit "une zone de libre échange aux frontières de plus en plus larges, où il y a quelques politiques communes" soit "une Europe politique avec une intégration politique" apparaît comme un tentative de n'être pas mis sur la touche, quand le rival de toujours a de belles cartes dans son jeu. Mais s'il veut vraiment asseoir son leadership sur l'Europe, Tony Blair doit montrer qu'il est capable de proposer un projet plus fédérateur qu'un grand marché. Moins d'une semaine après l'échec du sommet, le Britannique viendra en personne à Bruxelles jeudi présenter les priorités de "sa" présidence de l'UE devant le Parlement européen.

Il sait qu'il ne réussira pas seul et semble faire le pari - incertain - d'un rapprochement avec Berlin. En septembre,  la CDU-CSU, très critique vis-à-vis de l'obsession française sur la PAC, pourrait revenir au pouvoir. Des proches de Blair rêvent même à un ralliement de Paris, après 2007, si Nicolas Sarkozy prenait les rênes du pays. "C'est le plan 'B' comme 'Blair'", ironisait un responsable européen à Bruxelles.

(Image d'archive : Blair et Chirac)

Par David Straus le 19 juin 2005 à 15:43
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20 Commentaires

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  • Terry, le 19/06/2005 à 20h40

    Moi aussi, je denonce les egoismes nationaux irresponsables qui veulent que les autres pays paient pour subventionner leur agriculture. Faut-il rappeler que la contribution nette Britanique (contributions versees - subventions recues) est 2 fois superieure a celle de la France ? Chirac a beau jeu de demander a Blair de payer plus afin que la France puisse toucher toujours plus, puis de s'offusquer de son refus logique. Et de qualifier cela d'egoisme national, c'est le comble de l'hypocrisie !

  • Daniel, le 19/06/2005 à 20h28

    La france a voulue garder un system ultra-liberale en votant non a l'Europe.Quelle en assume les consequences.... Je pense qu'il n'est pas normale de percevoire des aides Européene alors que nous avons rejeté le traité.Je suis pour la supression de la PAC en faveur de la France et je pense que ITER devra ce faire en espagne etant donné que ce projet est Européen. La seul chose qui m'echape c'est pourquoi les francais de gauche ont-il vouluent garder un system ultra liberale? Pour un grand patron le NON etait logique mais pour un ouvrier?.... Outre Atlantique on a pas vraiment compris!

  • F., le 19/06/2005 à 20h22

    Quand je lis vos réactions vives sur Chirac cela me despere. Croyez vous que le mauvais etat de notre pays viendrait seulement d un seul et unique homme : chirac ? c'est vraiment hypocrite de dire oui! C'est la faute de tous les français ! de notre façon de voir les choses, de notre mentalité, notre facilité à se plaindre pour ci pour ça. Alors au lieu d accuser tjrs le gouvernement, bougez vous le "cul" un peu et changer de mentalité. Arreter de vous regarder le nombril toute la journée et de vous dire que vous avez la science infuse et que vous etes les maielleurs et mettez vous au travail et soyez positif.

  • Virgil, le 19/06/2005 à 20h01

    Pour une fois, je suis du côté britannique. Au lieu de dépenser des millairds dans la PAC, reprenons une partie des crédits et tournons nous vers l'avenir (génétiques, biométrie, informatiques etc...) source d'emplois et de richesses futures. Il est temps que les gens de l'époque Pompidou laisse la place aux nouveaux !

  • Fred, le 19/06/2005 à 20h00

    Contrairement à ce que certains ont le culot d'écrire ici, ce ne sont pas les électeurs ayant voté NON à cette Constitution néolibérale qu'il faut blâmer, mais bel et bien ceux qui se sont servis d'une belle idée (l'Europe) pour "endormir" les populations et les livrer à la finance. Espérons qu'il y ait enfin un véritable électrochoc qui nous permettra ensuite de construire une véritable Europe sociale.

  • Clark, le 19/06/2005 à 19h37

    D'accord avec < NATHAN FRENCH, PARIS >Chirac est le fossoyeur de Gaulism - de la V. iem Rep. Il a toujours eu le coeur à gauche - mais se contente de l'auge de la droite - la ou l'opportunisme l'a conduit - Si l'interet du pays lui importait il aurait déja démissioné -

  • Xavier, le 19/06/2005 à 19h28

    A Laurainne de Clamart : quel raisonnement simpliste que de penser que le non est à l'origine de ce marasme... Que je sache, le rabais et la PAC existaient avant le referendum, et qu'on ait voté oui ou non n'y change rien ! Cessez de penser que le non est la cause de tout ce bazar et raisonnez au lieu de vous laisser aller à la simplicité...

  • Hadrien, le 19/06/2005 à 19h21

    C'est quand même incroyable ce Chirac qui veut faire du communisme à l'échelle européenne. L'Angleterre il y a 20 ans a mis en marche les réformes nécessaires à son développement pendant que la France s'appauvrissait dans les semaines de vacances, les 35 heures et les pré-retraites. Si on s'est planté, c'est pas pour rien et ce n'est ni plus ni moins du racket que de vouloir faire payer nos erreurs - enfin, les erreurs de nos politiciens - aux anglais. Les égoïstes, dans l'histoire, ce ne sont pas les anglais, mais bien les français qui défendent leur chèque agricole, n'inversons pas les rôles. Tout ceci est de la prime à l'incompétence. Mais ouvrez les yeux sur le monde et vous vous rendrez compte à quel point le pays paraît ridicule... Notre système ne marche pas, et on tente de l'imposer!!!! N'importe quoi!

  • Saint-marc, le 19/06/2005 à 19h12

    Comment discréditer BLAIR. Il parle l'Anglais, est ami des américains, possède une économie forte, un taux de chômage de 4%. Il a su innover et les Anglais n'ont pas plongé dans le syndrome dépressif collectif.Et d'après Chirac , il n'est pas un exemple. Qu'avez vous à proposer Monsieur Chirac, à part le néant, le dérisoire, l'inefficace,le copinage socialiste, l'attentisme, l'arrogance?

  • Baboune, le 19/06/2005 à 18h54

    Les anglais restent égaux à eux mêmes.... perfide Albion. Avant la construction du tunnel sous la Manche, ils étaient inquiets : peur d'être envahis par les "sales grenouilles". Maintenant, ils rachètent beaucoup de belles maisons et propriétés en France, créant des "villages anglais". Cela fait monter les rpix de l'immobilier. L'europe peut- être.... mais sans les Anglais.

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