Image diffusée par la police russe, et présentée comme celle d'un suspect du meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa © TF1/LCILe bi-hebdomadaire russe d'opposition Novaïa Gazeta, pour lequel travaillait Anna Politkovskaïa, a offert une récompense de près d'un million de dollars (25 millions de roubles, soit 738.000 euros) pour toute information concernant le meurtre de sa journaliste et ouvert sa propre enquête. Une image d'un suspect, prise par une caméra de surveillance, a été diffusée par la police russe, alors que les réactions internationales se multipliaient et que le Premier ministre tchétchène pro-russe devait répondre aux rumeurs l'accusant directement. L'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, dans une interview accordée au quotidien italien la Repubblica, a lui-même dénoncé "un meurtre politique".
En Russie, la mort de la journaliste, célèbre pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie, et dont les obsèques auront lieu mardi, faisait la une dimanche des journaux télévisés. En revanche, l'élite au pouvoir, à commencer par Vladimir Poutine, n'a toujours pas réagi à ce meurtre. Et le porte-parole du Premier ministre tchétchène pro-russe, Ramzan Kadyrov, a dénoncé dimanche les "rumeurs" sur son implication dans l'assassinat, assurant que "pour l'instant il n'y a pas la moindre preuve" menant les enquêteurs en Tchétchénie. Anna Politkovskaïa préparait précisément un article sur la torture en Tchétchénie par les milices de Ramzan Kadyrov.
La Russie sous pression internationale
Dimanche en milieu de journée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place Pouchkine, au centre de Moscou, une affluence notable dans un pays où les manifestations à l'appel des défenseurs des droits de l'Homme réunissent rarement plus de quelques dizaines de personnes. La manifestation, initialement organisée pour dénoncer la campagne contre les Géorgiens de Russie, a tourné au rassemblement en mémoire de la journaliste.
Des Etats-Unis au Conseil de l'Europe, nombre de responsables occidentaux se sont associés aux journalistes et défenseurs des droits de l'Homme pour condamner l'assassinat de la journaliste indépendante. Le département d'Etat américain a demandé "de toute urgence au gouvernement russe de mener une enquête immédiate et exhaustive". Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a souligné que "la brutalité même de ce crime horrible bouleverse tous ceux qui sont attachés à la liberté de la presse". "Il est très important que les autorités russes puissent faire la lumière", a déclaré Dominique de Villepin lors de l'émission Le Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro.
"J'appelle les autorités russes à découvrir les responsables aussi vite que possible", a renchéri le chef de la diplomatie belge Karel De Gucht, président en exercice de l'OSCE. Pour le commissaire européen aux droits de l'Homme, le Suédois Thomas Hammarberg, "ce meurtre est le signal d'une crise majeure concernant la liberté d'expression et la sécurité des journalistes en Russie". Les gouvernements européens et la société civile devraient exercer "des pressions publiques" sur Moscou pour que la sécurité des médias en Russie soit garantie, a estimé le coordinateur du Pacte de stabilité pour les Balkans, l'Autrichien Erhard Busek. La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a relevé également le "contexte de violence accrue à l'encontre des défenseurs des droits de l'Homme et des voix dissidentes en Fédération de Russie".
D'après agence
| Une technique de tueur professionnel |
La journaliste russe Anna Politkovskaïa a été tuée samedi alors qu'elle sortait de l'ascenseur de son immeuble pour aller chercher des courses dans sa voiture. Son meurtrier l'a visée à la poitrine avant de l'achever d'une balle dans la tête, ont rapporté les agences russes en citant des sources policières. Il a abandonné son pistolet Makarov sur place. |
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