Recep Erdogan, le Premier ministre turc, le 13 août 2006. © TF1/LCILa France pourrait voir ses projets économiques en Turquie menacés si elle adoptait une proposition de loi sur le génocide arménien pendant la Première guerre mondiale, a mis en garde dimanche Abdullah Gul, ministre turc des Affaires étrangères. Ce texte de loi, qui doit être débattu jeudi à l'Assemblée nationale, vise à compléter par un volet pénal la loi du 29 janvier 2001 dans laquelle la France reconnaît le génocide arménien, et fait de sa négation un délit punissable d'un an d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende. Les Arméniens affirment que jusqu'à 1,5 million des leurs ont péri entre 1915 et 1917 ; mais Ankara récuse toujours les accusations de génocide.
Si la proposition de loi est votée, la participation de la France à d'importants projets en Turquie, notamment la construction d'une centrale nucléaire qui doit être prochainement soumise à un appel d'offres, sera compromise, a prévenu Abdullah Gul, précisant qu'il avait averti son homologue français, Philippe Douste-Blazy. "La réaction du gouvernement et celle du public en général seront inévitables si cette situation perdure", a également dit le ministre turc au journal Yeni Safak.
"La France n'a pas à s'en mêler"
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a également exprimé son indignation. "C'est un problème qui concerne la Turquie et l'Arménie. La France n'a pas à s'en mêler", a-t-il déclaré samedi à Istanbul, selon l'agence de presse Anatolie. "Si le Premier ministre turc - ou tout autre ministre, historien ou intellectuel - se rend un jour en France et affirme qu'il n'y a pas eu de génocide, qu'allez-vous faire? Jeter cette personne en prison ?", s'est-il interrogé. Par ailleurs, le Premier ministre turc a rencontré samedi à Istanbul les représentants de sociétés françaises faisant des affaires en Turquie pour les persuader de faire pression sur les législateurs français.
Ankara analyse la proposition de loi comme un geste politique adressé à l'intention de la communauté arménienne en France. Beaucoup y voient également une manoeuvre orchestrée par les opposants à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne pour ternir l'image du pays et exacerber les sentiments anti-occidentaux au sein de la société turque. Epinglée à de nombreuses reprises par l'UE pour son manque d'efforts en matière de liberté d'expression, la Turquie a accusé l'Union de tenir un double langage : en réprimant le déni de génocide, la France porte également atteinte à la liberté d'expression, sans pour autant être inquiétée, regrette Ankara.
Samedi, le chef de la commission judiciaire du parlement turc a indiqué que la Turquie pourrait de son côté adopter des propositions de loi qualifiant de génocide des massacres commis par des Français en Algérie du temps de la colonisation. Ces textes prévoient également des peines de prison pour ceux qui nieraient de tels massacres. La proposition de loi avait commencé à être discutée en mai, mais son examen avait été interrompu faute de temps et le vote n'avait pu avoir lieu.
D'après agence
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