Hitler dans son bain, dans le film "Mon Führer" © TF1-LCI
Un extrait du film
L'interview du réalisateur
Peut-on rire de tout en Allemagne, et notamment du responsable de la Shoah ? En septembre dernier, un clip diffusé sur Internet ridiculisait Hitler (cliquez ici pour le visionner). Cette fois, nouvelle preuve que les tabous tombent dans le pays, c'est un film qui se moque du dictateur. Mon Führer, la vérité vraiment la plus vraie sur Adolf Hitler sort ce mercredi.
Lors de son avant-première à Berlin, les rires ont fusé alors qu'Hitler était montré tour à tour impuissant, incontinent et pleurnichard, ou bien encore comme un toxicomane que son père n'a pas assez aimé. "J'ai traversé bien des crises où je me suis demandé si j'avais même le droit de faire ce genre de chose. Il est important d'être disposé à faire des choses interdites, les choses qui sont un tabou moral. C'est la seule façon de se confronter véritablement aux sujets", estime Daniel Levy, le réalisateur suisse-allemand, de confession juive.
Base historique
Le film raconte les tribulations d'un acteur juif réquisitionné dans un camp de concentration et sommé par le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, d'entraîner Hitler pour le discours du Nouvel An 1945, dans lequel il doit préparer les Allemands à l'ultime offensive. Le comédien, un certain Adolf Grünbaum, reçoit en arrivant à la chancellerie un sandwich au jambon qui est tout sauf kascher. Avant que le Führer arrive, il réussit à ôter la maudite viande pour la cacher sous un tapis, où la dévore la chienne du dictateur, Blondi. Hitler est impressionné par Grünbaum qui fouille dans la psychologie du dictateur et son enfance malheureuse, ceci afin de relancer ses talents oratoires, éteints au fur et à mesure des défaites militaires.
Il existe en réalité une petite base historique à ce film, puisque le dictateur a vraiment eu recours à un acteur pour améliorer ses discours dans les années 30. Mais tout le reste n'est que le fruit de l'imagination. On voit par exemple Hitler sortir de la drogue de son globe terrestre géant, jouer avec un navire de guerre en plastique dans son bain ou bien lutter avec Blondi, vêtue de son propre petit uniforme SS.
Quel accueil ?
Reste maintenant à savoir comment Mon Führer sera reçu en Allemagne ? Pour l'instant, le film a été plutôt bien accueilli par la critique. "Il est peut-être venu le temps où les Allemands peuvent aussi rire sur Hitler", note le Financial Times Deutschland. Der Spiegel craint pour sa part que certains critiques n'apprécient guère son humour, notant que "le politiquement correct est aux aguets". Faut-il présenter "l'Holocauste comme une histoire drôle ?", s'interroge d'ailleurs Die Zeit, donnant ainsi raison à son confrère. "'Mon Führer est en passe de devenir un véritable événement historique, à savoir le premier film grand public où Hitler apparaît comme un type plutôt à plaindre, sur le fond même plutôt gentil. Mais le film ne trouve pas forcément le ton juste pour ce qui est d'engager une discussion sur les grandes questions. Pour étayer la thèse selon laquelle chaque crime trouve ses origines dans une enfance gâchée, Hitler n'est pas forcément le témoin idéal. Pour cela, il a, comme criminel, un peu exagéré tout de même", relève Die Zeit.
Paul Spiegel, feu président du Conseil central des juifs en Allemagne, avait quant à lui, apporté sa bénédiction avant son décès en avril : "Helge Schneider et Dani Levy sont certainement capables d'apporter la sensibilité nécessaire à ce projet", avait-il déclaré.
Pas réussi pour l'acteur principal |
Helge Schneider reproche notamment au réalisateur d'avoir modifié le montage, au détriment selon lui du caractère comique du personnage. Dans une interview à Die Welt, il déclare ne pas vouloir prendre ses distances "de son rôle, au contraire. Mais de la façon dont le film a été fait". |
D'après agence
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