Boris Eltsine, de la réforme à l'autorité

Par , le 23 avril 2007 à 16h06 , mis à jour le 23 avril 2007 à 18h11

Après avoir fondé sa carrière sur la rupture avec les institutions communistes, Boris Eltsine a dirigé la Russie libéralisée d'une main de fer, sans la redresser. Ses problèmes de santé et ses frasques ont fini par le discréditer.

[Expiré] [Expiré] Boris Eltsine Russie © AFP

Le monde entier le découvrit le 19 août 1991. Ce jour-là, Boris Eltsine, le tout nouveau et premier président élu démocratiquement de la Fédération de Russie, apparaît comme le rempart de la liberté contre la vieille garde communiste nostalgique de Staline. La veille, les putschistes ont destitué Mikhaïl Gorbatchev, retenu dans sa datcha. L'armée est entrée à Moscou. Boris Eltsine, "l'enfant


Boris Eltsine,
"sauveur de la démocratie"
AFP-
terrible de la Perestroïka", s'est alors immédiatement précipité à la "Maison Blanche", le parlement russe, pour organiser la contre-attaque.

Ce 19 août, il grimpe sur un char et harangue la foule. Son discours, mémorable, atteint son but. Les soldats se joignent au camp démocrate, le putsch échoue. Et Boris Eltsine devient le héros de la nouvelle Russie et du monde occidental. Dans les mois qui suivent, son importance dans le système politique s'accroît inexorablement. Mikhaïl Gorbatchev, son ancien ami, devenu ennemi, est impuissant face à la dislocation de l'URSS. Le 25 décembre 1991, la Russie déclare son indépendance, Boris Eltsine s'installe au Kremlin.

Limogeage

C'est le couronnement d'une longue carrière commencée en fait en 1961. Alors âgé de 30 ans, Boris Nikolaïevtich Eltsine, issu d'une famille paysanne de Sverdlovsk, dans l'Est de la Russie, adhère au Parti communiste. Au milieu des années 70, il obtient ses premières vraies responsabilités au sein de la cellule locale. Malgré ses fermes prises de position en faveur des réformes, il grimpe dans les échelons pour diriger la section de Moscou en 1985. Reprochant à Mikhaïl Gorbatchev sa lenteur dans la "Perestroïka", il est démis de ses fonctions en 1987. Sa popularité en sort renforcée.

Profitant de l'instauration d'élections libres, il se présente devant les électeurs et devient en juin 1991 président de la Fédération de Russie, la plus puissante de l'URSS. Six mois plus tard, la Russie, indépendante, ayant rejoint la Communauté des Etats indépendants, il est donc le seul maître à bord. Il le restera huit ans, jusqu'au 31 décembre 1999.

Echec des réformes

Bio-express

1931 : naissance
1961 : adhésion au Parti communiste
1985 : responsable du PC à Moscou
1987 : révocation
Juin 1991 : élu président de la Fédération de Russie
Août 1991 : opposition au putsch
25 décembre 1991 : installation au Kremlin
1996 : réélection
31 décembre 1999 : démission
23 avril 2007 : décès

Mais entre-temps, son image de réformateur démocrate aura sérieusement été écornée. Son règne est marqué par sa volonté de poursuivre coûte que coûte les changements. Mais au plan économique, c'est un échec. La Russie post-soviétique se distingue surtout par l'avènement des mafias, la corruption, la hausse des prix. Le niveau de vie des Russes baisse rapidement, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Certains spécialistes considèrent même Boris Eltsine comme un "fossoyeur".

Au plan politique, il tente d'imposer ses réformes par la force. A l'automne 1993, fort d'un référendum où 58,7% des électeurs lui ont accordé leur confiance, il utilise l'armée pour mater le "putsch" parlementaire. Le 3 octobre, les blindés lancent l'assaut contre la "Maison Blanche". En Tchétchénie, il choisit également la force pour réprimer la rébellion entre 1994-1996. Un seul vrai succès, de taille il est vrai : l'adoption d'une nouvelle constitution, au pouvoir exécutif fort. Il est ensuite réélu en 1996.

Vaudeville

Ce sera le mandat de trop. Entamé dans la difficulté, il sera marqué par la pantalonnade. Les Premiers ministres se succèdent (cinq entre mars 1998 et août 1999 !), les capacités physiques et intellectuelles du président déclinent, la crise financière s'accélère, les relations deviennent tendues avec les Etats-Unis en raison du Kosovo, la guerre reprend en Tchétchénie. Victime de problèmes cardiaques, Boris Eltsine subit plusieurs pontages coronariens. Ses bulletins de santé et les rumeurs sur sa démission -voire son décès- rythment la vie politique du pays. Ses adversaires et les humoristes raillent ses problèmes avec l'alcool.


Danseur de rock-
AFP
Pire que tout, ses frasques retiennent plus l'attention que ses décisions. Ses plus célèbres : en 1995, au sortir d'un déjeuner visiblement arrosé avec Bill Clinton, il lance à un journaliste "C'est vous la catastrophe", en réponse à une question de politique internationale. La réplique a le don de déclencher un fou rire d'anthologie chez Bill Clinton devant les caméras du monde entier. En 1996, en pleine campagne électorale, Boris Eltsine, éméché, montre ses talents de danseur de rock.

Date symbolique

Finalement, il choisit une date symbolique pour s'éclipser. Comme un dernier pied de nez à ses détracteurs, quelques heures avant le passage à l'an 2000, il annonce dans une allocation télévisée qu'il met fin à son mandat, six mois avant son terme. La nouvelle prend de court les observateurs.

Et pour bien démontrer que son influence sur la population est intacte, Boris Eltsine adoube Vladimir Poutine, son Premier ministre, pour assurer l'intérim. Avec cet "ami", il s'assure au passage que sa famille, notamment sa fille, empêtrée dans des malversations financières, ne sera pas poursuivie. Trois mois plus tard, l'inconnu Poutine est élu et prend la succession. De son côté, l'ancien président, qui va mieux, s'adonne à plusieurs de ses passions, notamment le tennis, jusqu'à son décès, le 23 avril 2007, à 76 ans.

Par Fabrice Aubert le 23 avril 2007 à 16:06
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