Belgique : "La partition n'est pas à l'ordre du jour"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 24 août 2007 à 12h01 , mis à jour le 24 août 2007 à 17h28

Interview - Quelle solution à la crise politique entre Flamands et francophones ? Les réponses de Pascal Delwit, politologue à l'Université de Bruxelles.

TF1/LCI La Grand'Place de Bruxelles © UE

LCI.fr : Comment en est-on arrivé à cette situation ?
Pascal Delwit, politologue à l'Université libre de Bruxelles : C'est tout un ensemble d'éléments. Mais la raison principale provient de la division de la Belgique en deux sociétés, néerlandophone et francophone, qui s'ignorent. Les législatives du 10 juin se sont en fait transformées en deux élections parallèles avec leur problématique propre du côté flamand comme du côté wallon. L'élément nouveau qui a déclenché la crise est le débat institutionnel sur les communautés linguistiques. Or les espaces de discussions sont très restreints sur le sujet. Les demandes et attentes sont très différentes et chacun ignore celle des autres. Depuis le 10 juin, les points de vue se sont donc éloignés et personne n'a essayé de les rapprocher et de réaliser une synthèse.
 
 
LCI.fr : Avec sa démission, Yves Leterme, le formateur flamand démocrate-chrétien, tente-t-il de mettre la pression et de rejeter la faute sur les francophones ?
P. Delwit : Depuis la suspension des négociations, Leterme n'avait en fait pas beaucoup de choix à part présenter sa démission. On peut lui reprocher de ne pas avoir su -ou voulu- endosser le costume de sa fonction en s'élevant au-dessus des différentes délégations et en essayant de soumettre des éléments de synthèse acceptables par tous. La Belgique est par tradition un pays de compromis. Actuellement, chacun reste dans une logique majoritaire du "tout ou rien". Même si Leterme peut encore devenir Premier ministre, cela sera difficile. Malgré la position de force de son parti, il a en effet perdu une partie de sa crédibilité du côté flamand où l'on s'interroge sur sa méthode de négociation. En 40 jours, il n'a abouti à rien, n'a amené aucun élément de synthèse qui aurait pu créer un cercle vertueux de négociation.
 

"La scission ouvrirait
une boîte de Pandore"

Pascal Delwit, politologue belge

LCI.fr : Que peut-on attendre dans les prochains jours ?
P. Delwit : Pour l'instant, la main est au Palais. On attend l'initiative du roi. Il peut nommer un médiateur, ou encore un nouveau formateur. Cette personne devra bien définir les objectifs et les priorités des partenaires afin de voir s'ils sont compatibles. On ne peut pas ainsi demander à une majorité qui n'a pas les deux-tiers au Parlement de lancer des réformes qui les nécessitent. Il faut donc créer des points d'accords et relancer une négociation qui n'a de fait pas débuté.                   
 
LCI.fr : La nomination d'un formateur wallon est-elle envisageable ?
P. Delwit : Oui. Certains Flamands appellent d'ailleurs à la nomination -avec le titre de médiateur ou de formateur- d'une personnalité issue du CDH (ndlr : le parti centriste wallon), perçu, à tort ou à raison, comme le parti bloquant. Cette situation n'est pas rare en Belgique.
 
LCI.fr : Se dirige-t-on vers de nouvelles élections ?
P. Delwit : C'est une hypothèse mais elle n'est pas très opérationnelle. Si on devait retourner aux urnes, le scrutin serait une nouvelle fois polarisé sur les rapports entre communautés et la situation serait encore plus difficile qu'au soir du 10 juin. Il est plus convenable de revenir aux fondamentaux de la vie politique belge et de trouver un compromis entre partis flamands et wallons d'une part, et entre chrétiens-démocrates et libéraux d'autre part.
 
LCI.fr : Plus globalement, est-ce un nouveau pas dans le divorce entre Flamands et Wallons et vers une partition du pays ?
P. Delwit : Une telle extrémité est encore peu probable et pas du tout à l'ordre du jour. Tout d'abord, même si leurs opinions sont très éloignées, l'immense majorité des néerlandophones et francophones ne souhaitent pas la partition et se déclarent Belges avant tout. Ensuite, la configuration institutionnelle rendrait une partition très difficile. Enfin, il faut prendre en compte l'aspect extérieur. La Belgique est une nation structurée, bien ancrée à l'Union européenne où personne ne souhaite voir la scission d'un Etat. Si elle devait se disloquer, cela ouvrirait une boîte de Pandore : que faire avec l'Ecosse, le Pays basque, la Corse... ? Je pense que l'on se dirige plutôt vers un Etat fédéral dont les compétences seront de plus en plus confinées à sa représentation extérieure et à la sécurité sociale. Le reste des prérogatives sera dans les mains des entités fédérées, à savoir les régions et les communautés.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 24 août 2007 à 12:01
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6 Commentaires

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  • Jef, le 24/08/2007 à 17h01

    La crise éclate ! Bien grand mots pour des Francais qui ne sont pas du tout au courant de la vie de leurs voisins Belges. A part les réactions stupides du style "encore une histoire Belge" que l'on va voir fleurir ici, aucun n'a une réele idée des sentiments qui animent les deux communautés. Ce n'est pas une poignée d'extrémistes qui va séparer la Belgique en deux et ce n'est pas la première fois que l'on voit ce genre de mini crise, c'est le propre de la Belgique: le compromis. C'est comme de dire que la crise éclate parce que les Basque ou les Corses ont encore fait sauter une bombe, vous n'y prêtez même plus attention...nous c'est pareil. D'autre part, je pense qu'aucun Wallon ne voudrait être attaché à la France. Que nenni ! Plustot être indépendant alors. Cela ne viendrait à l'idée de personne, le ressentiment général envers les Francais n'est pas des meilleurs en Belgique. ( Personne ne voudrait avoir une horrible maison en crépi rose, parler en soixante-quinze et faire un bond de 15 ans en arrière en matière de technologie banquaire ( mouaaarf des chèques ! ça ça serait comique alors !)) Pas plus que le flamands ne voudraient se rattacher à la Hollande d'ailleurs. Bref, assez nous voir et boire une bière à Bruxelles pendant vos vacances vous comprendrez mieux...vos amis Belges ;)

  • FERNAND, le 24/08/2007 à 16h49

    AUX QUATRE COINS DU MONDE, LA LUNE PEUT ENTRENDRE DES GEMISSENETS D'AMOUR EN FRANCAIS. LES FRUITS DE CES AMOURS GRANDIRONT DANS LA LANGUE DE MOLIERE. DE LA GUYANE OU DE LA GUADELOUPE A TAITI EN PASSANT PAR LA REUNION OU PARIS, C'EST EN FRANCAIS QUE NOS FEMMES NOUS ENGEULES. MR DEWIT NE DOIT PAS AVOIR PEUR D'UNE REUNIFICATION DES FRANCOPHONES BELGES AVEC NOTRE MAMAN FRANCE. DE TOUTE MANIERE, LES FLAMANDS NE VEULENTS PLUS DE NOUS (NI DES FRANCAIS). ILS SE PENSENT GENETIQUEMENT SUPERIEUR - ALORS ADIOS AMIGOS ET VIVE LA FRANCE. NOUS DONNERONS MISSION AU ROI DE REPRESENTER LES DEPARTEMENTS D'OUTRE QIEVRAIN A PARIS. FAUT PRENDRE VOS RESPONSABILITES MR DEWIT - IL EST POSSIBLE DE DIVORCER A L'AMIABLE ET UNE WALLONIE BIEN PLUS RICHE QUE LA FRANCE SERA LA BIENVENUE A L'ASSEMBLEE NATIONALE A PARIS. UN BELGE DE PARIS

  • Evans, le 24/08/2007 à 16h04

    Les problemes linguistiques ne sont pas prioritaires. Ce sont nos politiques (surtout flamand) qui entretiennent ces problemes pour des raisons politiques. Il existe un fort sentiment nationaliste en Flandre, ce qui s?est traduit par l?élection du CD&V (Cartel chrétien et nationaliste Flamand). Problème : ces personnes sont pour le séparatisme et une Flandre indépendante donc dangereuses pour la continuité de la Belgique et de son Roi. Ce qu?ils nous demandent, est inacceptable (En gros, le démantèlement de la Belgique) et serait surtout l?amorce de la fin de notre pays.

  • Jean, le 24/08/2007 à 15h18

    à Christine, détrompez vous: les problèmes de la vie de tous les jours ne sont pas traités de la meme facon si on reste dans une culture différente, et la santé la pauvreté et tous les themes dont vous parlez font aussi partie des priorités, mais par le fait qu'on les regarde par une culture liée à une langue différente, le cheminement n'est pas le meme, ce qui explique pourquoi la langue est essentielle dans le debat belge, tout comme elle l'est au Québec vis à vis du Canada Anglais

  • STB, le 24/08/2007 à 14h56

    Biensur que l écrasante majorité des Belges, toutes communautés confondues ne sont pas pour une scission et se sentent Belge. Et je dis Bravo.. Je rajouterai, que sans Roi, la Belgique aurait éclatée depuis longtemps.

  • Christine, le 24/08/2007 à 14h41

    Il est vraiment incroyable de voir qu'en Belgique les problèmes linguistiques ont tellement plus d'importance que la santé, la sécurité, l'éducation, la pauvreté etc. Quand est-ce que les priorités changeront?

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