Dans la région de Grèce la plus touchée par les incendies, un habitant face au mur de fumée © TF1/LCI![]() |
| Hervé Martin - DR |
Hervé Martin (1) : La première demande d'assistance aérienne de la Grèce nous est parvenue vendredi après-midi. Elle concernait alors quatre appareils. Depuis, la situation a largement empiré au niveau national et nous avons reçu des demandes d'assistance plus importantes. Actuellement, une dizaine d'Etats-membres ont offert leur aide et on arrive à un total de 15 à 20 appareils - auxquels il faut ajouter des moyens humains, ce que n'avait pas demandé la Grèce mais qu'ont proposé certains Etats comme la France ou l'Autriche. A peu près tous ces moyens sont arrivés sur place. On peut donc dire que tous les moyens possibles et imaginables sont déjà engagés, et qu'on atteint le maximum de la solidarité européenne.
LCI.fr : Ces moyens sont-ils suffisants pour lutter contre de tels feux ?
H.M. : Ils devraient l'être... du moins tant que la Grèce est le seul Etat à demander une assistance européenne. Mais nous sommes en pleine saison des feux, et si un autre pays était touché - comme l'Espagne ou le Portugal, qui ont connu ces dernières années de grands incendies - les moyens envoyés en Grèce seraient aussitôt rapatriés dans les pays concernés. Je pense aussi à un pays comme l'Albanie, qui n'est pas membre de l'Union européenne mais qui a des accords en matière de sécurité civile. Or, les capacités aériennes de lutte contre les incendies sont limitées au niveau européen. Elles sont essentiellement concentrées dans les pays méditerranéens, et quasi-inexistantes dans les pays nordiques : il n'y a pas de Canadair en Suède, par exemple. Il faudrait réfléchir à des manières de doter l'Europe de moyens plus appropriés.
LCI.fr : Mais où trouver ces moyens supplémentaires ?
H.M. : Des pays tiers comme le Canada ou l'Australie ont des moyens de lutte qui pourraient nous être utiles en période critique, si les capacités européennes sont dépassées. Il faudrait aussi des moyens financiers supplémentaires pour pouvoir nous tourner vers le secteur privé si nécessaire - par exemple, vers des compagnies d'hélicoptères. On peut toujours équiper les hélicoptères de réservoirs pour qu'ils puissent combattre les feux, mais tout ceci coûte cher. Il serait possible aussi de faire appel à des compagnies privées de lutte anti-incendie comme il en existe en Australie, au Canada, en Russie : elles ont des moyens importants, mais là encore, c'est un problème avant tout financier.
LCI.fr : Faudrait-il faire plus d'efforts en matière de prévention ?
H.M. : La prévention n'a de valeur que si les moyens qui lui sont consacrés sont suffisants. Et elle dépend essentiellement des politiques nationales. Au niveau communautaire, les moyens d'action se limitent à des encouragements financiers. Les Etats membres sont très jaloux de leurs prérogatives en matière d'aménagement du territoire. Or, il faut bien reconnaître que la prévention n'est pas leur priorité. Un exemple comme celui du Portugal permet de prendre la mesure des limites des politiques nationales de prévention : ce pays a connu des incendies catastrophiques en 2005. Depuis, les Portugais ont réagi, ils ont mis en place un système d'alerte précoce - et le Portugal n'a plus fait appel à l'assistance européenne. Dans le cas de la Grèce, le fait que 22% des sites naturels soient classés "Natura 2000", ce qui garantit à ce pays une large prise en charge des dommages par le fonds de solidarité communautaire, n'a pas nécessairement favorisé le déblocage de budgets en faveur de la prévention...
(1) Hervé Martin est chef de l'unité de protection civile de la Direction générale de l'Environnement de la Commission européenne. Son service, situé à Bruxelles, reçoit les demandes d'assistance des Etats membres touchés par des catastrophes auxquelles ils ne peuvent faire face seuls, et coordonne les moyens fournis par les pays européens.
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