L'Europe mal armée face aux grands incendies ?

Par , le 27 août 2007 à 14h07 , mis à jour le 09 janvier 2010 à 19h21

Interview - Les capacités européennes pour lutter contre les feux sont limitées, prévient Hervé Martin, qui coordonne les moyens engagés en Grèce.

TF1/LCI : Dans la région de Grèce la plus touchée par les incendies, un habitant face au mur de fuméeDans la région de Grèce la plus touchée par les incendies, un habitant face au mur de fumée © TF1/LCI

Hervé Martin est chef de l'unité de protection civile de la Direction générale de l'Environnement, dépendant de la Commission européenne
Hervé Martin - DR
LCI.fr : Où en est le déploiement des moyens européens pour lutter contre les incendies en Grèce ?
Hervé Martin (1) :
La première demande d'assistance aérienne de la Grèce nous est parvenue vendredi après-midi. Elle concernait alors quatre appareils. Depuis, la situation a largement empiré au niveau national et nous avons reçu des demandes d'assistance plus importantes. Actuellement, une dizaine d'Etats-membres ont offert leur aide et on arrive à un total de 15 à 20 appareils - auxquels il faut ajouter des moyens humains, ce que n'avait pas demandé la Grèce mais qu'ont proposé certains Etats comme la France ou l'Autriche. A peu près tous ces moyens sont arrivés sur place. On peut donc dire que tous les moyens possibles et imaginables sont déjà engagés, et qu'on atteint le maximum de la solidarité européenne.
 
LCI.fr : Ces moyens sont-ils suffisants pour lutter contre de tels feux ?
H.M. :
Ils devraient l'être... du moins tant que la Grèce est le seul Etat à demander une assistance européenne. Mais nous sommes en pleine saison des feux, et si un autre pays était touché - comme l'Espagne ou le Portugal, qui ont connu ces dernières années de grands incendies - les moyens envoyés en Grèce seraient aussitôt rapatriés dans les pays concernés. Je pense aussi à un pays comme l'Albanie, qui n'est pas membre de l'Union européenne mais qui a des accords en matière de sécurité civile. Or, les capacités aériennes de lutte contre les incendies sont limitées au niveau européen. Elles sont essentiellement concentrées dans les pays méditerranéens, et quasi-inexistantes dans les pays nordiques : il n'y a pas de Canadair en Suède, par exemple. Il faudrait réfléchir à des manières de doter l'Europe de moyens plus appropriés.
 
LCI.fr : Mais où trouver ces moyens supplémentaires ?
H.M. :
Des pays tiers comme le Canada ou l'Australie ont des moyens de lutte qui pourraient nous être utiles en période critique, si les capacités européennes sont dépassées. Il faudrait aussi des moyens financiers supplémentaires pour pouvoir nous tourner vers le secteur privé si nécessaire - par exemple, vers des compagnies d'hélicoptères. On peut toujours équiper les hélicoptères de réservoirs pour qu'ils puissent combattre les feux, mais tout ceci coûte cher. Il serait possible aussi de faire appel à des compagnies privées de lutte anti-incendie comme il en existe en Australie, au Canada, en Russie : elles ont des moyens importants, mais là encore, c'est un problème avant tout financier.
 
LCI.fr : Faudrait-il faire plus d'efforts en matière de prévention ?
H.M. :
La prévention n'a de valeur que si les moyens qui lui sont consacrés sont suffisants. Et elle dépend essentiellement des politiques nationales. Au niveau communautaire, les moyens d'action se limitent à des encouragements financiers. Les Etats membres sont très jaloux de leurs prérogatives en matière d'aménagement du territoire. Or, il faut bien reconnaître que la prévention n'est pas leur priorité. Un exemple comme celui du Portugal permet de prendre la mesure des limites des politiques nationales de prévention : ce pays a connu des incendies catastrophiques en 2005. Depuis, les Portugais ont réagi, ils ont mis en place un système d'alerte précoce - et le Portugal n'a plus fait appel à l'assistance européenne. Dans le cas de la Grèce, le fait que 22% des sites naturels soient classés "Natura 2000", ce qui garantit à ce pays une large prise en charge des dommages par le fonds de solidarité communautaire, n'a pas nécessairement favorisé le déblocage de budgets en faveur de la prévention...

(1) Hervé Martin est chef de l'unité de protection civile de la Direction générale de l'Environnement de la Commission européenne. Son service, situé à Bruxelles, reçoit les demandes d'assistance des Etats membres touchés par des catastrophes auxquelles ils ne peuvent faire face seuls, et coordonne les moyens fournis par les pays européens.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 27 août 2007 à 14:07
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10 Commentaires

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  • Inerava, le 29/08/2007 à 00h47

    Alors là bravo...chez nous dans le sud,si on ne debrousaille pas on a un "pv"..en grece les maisons ne sont pas toutes assurées et les herbes ont la taille d un arbre...je pensais"betement" que dans l europe ont avait les memes lois..encore un truc pour nous "embrouiller" le cerveau...

  • Laurence, le 28/08/2007 à 22h06

    A Rodus On peut aussi"bruler en France". J'aime la Grèce, et moi non plus rien ne m'em- chera d'y retourner, d'ailleurs j'y étais cet été, et des incendies , il y en avait déjà. Laurence

  • Patrick, le 28/08/2007 à 16h34

    A Rodus, moi je vais en Grèce dans 1 semaine, incendies ou pas, et rien ne me fera changer d'avis car c'est le plus beau pays du monde malgré tout.

  • Antonio, le 28/08/2007 à 11h22

    L'analyse est juste, mais pourquoi faire appel à des socités prvées ? Les états possedent une flotte d'helicopteres militaires ou gouvernementaux. Ils peuvent etre equipés avec des systemes de lutte contre les incendies. C'est le cas de la France ou de la Hollande. Une experience est actuellment en cours en Corse par EADS. Ce budget est déjà pris en charge, le surcoût est minime. A moins que cela ne soit une des raisons de l'existence de ces incendies, maintenir un marché du feux avec les subventions et autres "affrettements" auprès du "marché". Les services gouvernementaux français possedent en propre plus de 600 helicoptères (Armées,Douanes, Gendarmerie,Securité Civile)...

  • Jeanpierre, le 28/08/2007 à 06h42

    Normal ! pas de rentabilité à court terme, alors on s'en occuppe lorsqu'il y a des drames ! C'est assez général...

  • Pmvallez, le 27/08/2007 à 20h46

    Je ne connais pas la situation en grèce, mais je peux vous expliquer celle de notre pays - " on veut professionnaliser" alors on supprime tous les petits corps de sapeurs pompiers "villageois", résultats les nids de guèpes, les caves inondées et petites "bricoles" ne sont plus du domaine des pompiers, qui plus est ce sont des entreprises privées et payantes qui les effectuent, mais le plus grave c'est la supprétion du maillage territorial que représentaient les sapeurs pompiers disséminés dans tous les villages de france - en cas de guerre, de gros feux, de cataclismes, croyez-vous qu'un centre de secours tous les 20 ou 30 kilomètres peut remplacer cette multitude de sapeurs pompiers locaux effacés de la "carte" parce que jugés dépassés !!!!! je sais de quoi je parle, je fais parti des derniers chefs de corps de CPI (corps de première intervention) du département du nord - il doit encore en rester une vingtaine - merci la départementalisation, merci les réformes, merci à nos structures dirigeantes - ne venez pas gémir dans 10 ans il sera trop tard, ce sera comme avec les toubibs après 17 heures !!!! adjudant/chef vallez pierre-marie

  • Béa, le 27/08/2007 à 20h42

    ça sert a quoi l'UE a part de dire que tel pays doit produire tant et un tel doit faire cela ?? Depuis quelques années ont voit des incendies terribles et jusqu'à préeent l'UE n'est pas capable d'avoir des canadairs aux services de ses pays.

  • DEBAIN, le 27/08/2007 à 16h55

    NOS BRILLANTS RESPONSABLES EUROPEENS PLUTOT QUE SE PENCHER SUR LA TAILLE DES CACAHUETES FERAIENT BIEN DE DEBLOQUER DES FONDS POUR LA CEATION D UNE UNITE DE LUTTE CONTRE LES INCENDIES

  • DUPONT, le 27/08/2007 à 16h42

    Cette analyse fait froid dans le dos !

  • Rodus, le 27/08/2007 à 16h10

    Pourquoi les agences de voyage annulent pas les séjours en gréce prévus cette semaine.c'est envoyé les touristes français brûler vif .C'est criminel de la part de la gréce de laisser les avions atterir remplis de touristes

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