Anna Politkovskaïa, rare journaliste russe à couvrir la Tchétchénie, assassinée à Moscou © TF1/LCILe 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste russe, connue par ses positions très fermes contre la politique de Vladimir Poutine et notamment la guerre en Tchétchénie, était assassinée à Moscou. En décembre, le président russe, dont l'ombre se profilait pour beaucoup derrière le meurtre, avait assuré que "les meilleurs professionnels de la police et de la justice" étaient mobilisés pour retrouver les assassins.
Un an après, bien loin de la théorie avancée par les médias, l'enquête officielle se dirige vers une toute autre direction : une piste économico-mafieuse d'opposants au Kremlin. Le Procureur général de Russie a en effet annoncé lundi matin l'arrestation de dix personnes. Iouri Tchaïka n'a fourni aucune identité, mais affirme qu'elles sont installées "hors de Russie". Il a précisé que le principal exécutant était un Tchétchène, membre d'un groupe opérant à Moscou et spécialisé dans les meurtres commandités. Iouri Tchaïka a aussi fait le lien entre le meurtre d'Anna Politkovskaïa et celui du journaliste américain Paul Khlebnikov, rédacteur en chef de l'édition russe du magazine Forbes en juillet 2004 et celui du premier vice-président de la Banque centrale de Russie Andreï Kozlov en septembre 2006.
Berezosvki dans la ligne de mire ?
Le Procureur général a également précisé que Anna Politkovskaïa "connaissait et avait rencontré" le commanditaire du meurtre. Selon lui, il s'agissait de "déstabiliser le pays". "Il a servi avant tout à miner l'ordre constitutionnel, visant un retour à l'ancien système où tout était décidé par l'argent et les oligarques", a-t-il souligné, dans une apparente allusion au milliardaire russe Boris Berezovski, aujourd'hui exilé à Londres. Alors qu'on lui demandait si ce dernier pouvait être le commanditaire, il s'est contenté de rire en déclarant que "toutes les pistes étaient à l'étude".
Ancienne éminence grise de Boris Eltsine puis tombé en disgrâce sous Vladimir Poutine, Boris Berezovski est sous le coup de multiples poursuites judiciaires pour malversations et appel au renversement du président russe. Le milliardaire a obtenu l'asile politique au Royaume-Uni qui a rejeté les demandes d'extradition de Moscou. Sans surprise, Boris Berezovski a dénié les allégations du parquet et a pointé à son tour le FSB, les services secrets. "L'empoisonnement de Litvinenko a été organisé par le FSB. Je n'ai aucun doute que ce soit la même chose dans le cas de Politkovskaya. Cela veut dire que le Kremlin est derrière tout ça", a-t-il déclaré, ne se déclarant "absolument pas surpris" par les accusations formulées le Procureur général de Russie.
Enquête parallèle
Jusqu'ici, seules des spéculations de presse avaient évoqué une piste, en l'occurrence tchétchène. Le journal populaire Komsomolskaïa Pravda avait ainsi annoncé en février l'arrestation de deux suspects, des Tchétchènes. L'information avait été rapidement démentie par le journal où travaillait Anna Politkovskaïa, Novaïa Gazeta, qui a lancé sa propre enquête en parallèle à l'enquête officielle.
Anna Politkovskaïa, était l'une des rares journalistes russes à couvrir le conflit tchétchène et à dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme perpétrées aussi bien par les autorités russes que par les milices tchétchènes pro-russes.
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