Pourquoi la droite xénophobe progresse en Suisse

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 21 octobre 2007 à 06h45 , mis à jour le 19 octobre 2007 à 11h38

Interview - Pascal Sciarini, politologue, décrypte pour LCI.fr l'enjeu des législatives où l'UDC, le parti populiste, devrait conforter son leadership.

TF1/LCIAffiche pour le référendum sur l'immigration et le droit d'asile organisé en Suisse, le 24 septembre 2006 © TF1/LCI
TF1/LCI Pascal Sciarini, politologue suissePascal Sciarini est directeur du Département de science politique à l'Université de Genève.
 


LCI.fr : La campagne des législatives, qui se tiennent ce dimanche, a été agressive, aussi bien dans le ton que dans les gestes. Pourquoi ce changement dans un pays considéré comme paisible ?
Pascal Sciarini : La Suisse est en effet passée d'un extrême à l'autre. Jusqu'à 2007, nos campagnes étaient mornes, plates et peu animées, les protagonistes étaient polis les uns avec les autres. Cette année, sur l'impulsion de l'Union démocratique du centre (UDC) et de ses techniques marketing, la campagne a été très dure, sur le modèle américain de la "negative campaign". Les partis n'ont pas seulement montré leurs atouts, mais ont critiqué leurs adversaires sur leur bilan ou leur projet.  
 
LCI.fr : Les débats ont également tourné autour d'une personne, en l'occurrence Christoph Blocher, le leader de l'UDC.
P.S. :  Oui, et c'est totalement inédit. Cette stratégie a été voulue par l'UDC. On a ainsi beaucoup parlé de la réélection ou non de Blocher au Conseil fédéral (ndlr : le gouvernement) alors que les législatives ne concernent pas directement ce sujet. Pour le transformer en victime, l'UDC a mis en avant une "théorie du complot" qui viserait à y empêcher sa présence. La gauche est tombée dans le piège puisque le PS a clairement exprimé son désir de l'évincer en recherchant des alliances. 

"La force de l'UDC
c'est de faire
croire qu'il y a
des problèmes"

Pascal Sciarini

LCI.fr : L'UDC utilise également les vieilles recettes de ses prédécesseurs européens.
P.S. : Tout à fait, elle joue beaucoup sur le manichéisme : on est soit son ami soit son ennemi. Son discours musclé sur l'immigration, la sécurité et contre l'Europe est très clair : les gens qui votent pour elle savent pourquoi ils le font et les gens qui sont contre sont vraiment contre et la rejettent fermement. Tout ceci a créé une polarisation gauche-droite qui a débouché sur une conflictualité et une agressivité illustrées par les débordements de Berne (ndlr : début octobre, un meeting de l'UDC qui a dégénéré en bataille de rue avec des militants d'extrême-gauche). 

LCI.fr : Malgré la bonne situation économique du pays qui lui est a priori défavorable, l'UDC devrait encore sortir en tête et même progresser.
P.S. : C'est en effet un paradoxe. Tous les indicateurs économiques -chômage en baisse, bonne croissance...- sont au vert. Mais la force de l'UDC, c'est de faire croire à des problèmes. Elle entretient le fleuve de la peur et des dangers pour les rentabiliser électoralement. Plus que la situation économique, elle met surtout l'accent sur l'identité, la culture et les traditions helvétiques -bref sur la Suisse traditionnelle -qui seraient menacées, selon elle, par les étrangers. Elle traque également les profiteurs aux aides sociales, au système de santé en présentant chaque étranger comme l'un de ces profiteurs. Enfin, elle met en avant des problèmes d'insécurité alors que la situation n'a pas par exemple rien à avoir avec celles des banlieues françaises. Et cela fonctionne, puisque la question des étrangers est aujourd'hui la première préoccupation des Suisses dans les sondages, devant le réchauffement climatique.  

 

"Les électeurs
de l'UDC se fichent
de l'image
de la Suisse
à l'étranger"

Pascal Sciarini

LCI.fr : Cette radicalisation de la société suisse provient-elle de la dérive populiste de l'UDC ou ce parti s'en sert-il pour maintenir sa domination ?
P.S. :  Les deux à la fois. L'"offre" de l'UDC amène de fait de la demande en réveillant les réflexes xénophobes et en créant de nouveaux. Son discours contribue à alimenter la dérive raciste de la société. Sous son impulsion, la législation a été durcie Mais dans son optique électoraliste, elle se doit d'être toujours plus radicale. D'où les initiatives pour renvoyer les criminels étrangers ou interdire les minarets. Pendant la campagne, elle a néanmoins franchi la ligne rouge avec l'affaire du "mouton noir".  (ndlr : une affiche représentant trois moutons blancs expulsant l'un de leurs congénères noirs du territoire national).
 
LCI.fr : Les Suisses ne sont-ils pas gênés par la mauvaise image donnée par l'UDC à l'étranger ?
P.S. :  Cela gêne les autorités politiques, les élites et les opposants de l'UDC. Mais je ne suis pas sûr que le reste de la population s'en préoccupe, et surtout pas ses électeurs. Ces derniers s'en moquent même totalement puisque la Suisse est pour eux le centre du monde.
 
LCI.fr : Comment peut-on envisager l'avenir politique du pays ?
P.S. :  Si l'UDC progresse par rapport à 2003, comme lui prédisent les sondages, elle marquera son emprise sur la vie politique suisse. La polarisation droite-gauche aboutira à une instabilité au gouvernement puisque les deux principaux partis, l'UDC et le PS, s'opposeront systématiquement sur les grands sujets. A terme, le consensus qui régit notre pays sera menacé.

Vers les 30% ?


Comme tous les quatre ans, environ cinq millions de Suisses renouvellent ce dimanche l'Assemblée fédérale, le parlement bicaméral. Le Conseil national (chambre basse) est formé de 200 députés élus à la proportionnelle. Le Conseil des Etats (chambre haute, représentant les cantons) compte 46 sièges, dont 43 sont soumis aux suffrages (trois ne sont pas renouvelés cette année). L'Assemblée fédérale désignera ensuite le 12 décembre le Conseil fédéral, composé de sept membres et représentant les quatre principaux partis politiques selon le système de la "formule magique" (2 socialistes, 2 radicaux de la droite libérale, 2 UDC et 1 démocrate chrétien du centre-droit ).
 
En 2003, l'UDC était arrivée en tête avec 26,7% des suffrages, devant le PS à 23,3% puis le PRD (parti radical) à 17,3% et enfin le PDC (parti démocrate-chrétien) avec 14,4%. Les Verts avaient obtenu plus de 7%. Les derniers sondages prédisent une UDC plus forte et presque 10% aux Verts.

 

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 21 octobre 2007 à 06:45
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11 Commentaires

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  • Cris, le 21/10/2007 à 16h44

    Vive la Suisse et vivement l4UDC en France.

  • Maite, le 21/10/2007 à 12h02

    Pourquoi ? Probablement pour les mêmes raisons et avec les mêmes mécanismes qu'en France. La peur "fait vendre" et en l'occurrence rapporte des voix. La lacheté aussi : le tout est de trouvers des bouc émissaires. C'est ainsi que certains politiques en France stigmatissent les "jeunes" ou les "étrangers" ou bien encore "les chomeurs" (=fainéant, profiteurs) et nous proposent des tests ADN. Dans un registre à peine différents, ils montrrent aussi "les fonctionnaires" (= nantis, égoistes et fainéants aussi).

  • Vincent, le 21/10/2007 à 10h40

    Stigmatiser l'étranger à des fins politiques, ce n'est pas propre à la Suisse. Il suffit de regarder chez nous: Sarkozy a gagné en exploitant la peur de l'autre! Quant aux test ADN, ils sont significatifs des relents xénophobes de la droite...française!

  • Marcel, le 21/10/2007 à 10h40

    Les Suisses ont l'exemple a ne pas suivre ,a leur frontiére , la France .

  • Jerome, le 21/10/2007 à 09h18

    Vive le suisse et l'udc .il serait pas gauchiste notre directeur la car c'est seulement ces gens qui te disent si tu pense pas comme nous tu es un raciste .pathétique mais tellement vrai avec les gens de gooooooooche

  • Michel, le 21/10/2007 à 08h56

    Ce qui se passe en Suisse, va se passer également en France. Les gouvernements successifs français sont les grands responsables de cette situation.

  • Gérard, le 21/10/2007 à 08h49

    Rigolo cet article! Tu changes UDC par sarkosysme...... Que nous sommes proches de nos cousins d'outre Léman!!! Post Scriptum: J'ai le droit d'écrire le vilain mot "sarkosysme", un jugement faisant jurisprudence dit que ce n'est pas une insulte! (même si je casse la g... au premier qui m'en traite!)

  • Michel, le 21/10/2007 à 08h49

    Tout simplement parce qu'il y a trop d'étrnger chez eux. De plus ils peuvent remettre la politique en question par un vote-votattion- ou pour nous référundum. Suffrage universel.

  • Olivier, le 21/10/2007 à 08h44

    Il faut arrêter de voir les Suisses comme un peuple calme, gentil, accueillant et sans histoire. Je connais bien ce pays et j'ai rarement vu une société aussi renfermée sur elle-même, sur ses traditions, les discours xénophobes sont légion dans la population et le ton particulièrement agressif et rabaissant au sujet de leurs voisins européens, en particulier la France. La Suisse, Serbie de l'Europe occidentale ?

  • PM, le 21/10/2007 à 08h16

    J'habite en Suisse depuis 37 ans et je peux vous dire que les autochtones sont féroces parce qu'on leur bourre la tête contre les étrangers, à moins que ces derniers ne leur donnent de l'argent, même quand ils n'en ont pas, ce qui est mon cas. Ce que j'endure tiendrait dans plusieurs volumes, et j'ai 74 ans...Heureusement il y a parmi eux quelques personnes normales et bonnes qui essaient de modifier le cliché, mais c'est très difficile...

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