"Le souvenir de Franco est toujours présent en Espagne"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 31 octobre 2007 à 06h45 , mis à jour le 31 octobre 2007 à 17h17

Interview - Jean-Louis Guereña, professeur de civilisation espagnole, décrypte pour LCI.fr la loi espagnole condamnant la dictature franquiste.

[Expiré] [Expiré] espagne franco © AFP

Le Parlement espagnol a validé ce mercredi la loi dite de "Mémoire historique". Le texte condamne la dictature franquiste et oblige les communes à retirer toutes les références au franquisme des lieux publics. Il doit également permettre aux familles des victimes du camp républicain lors de la guerre civile (1936-1939) d'obtenir l'aide des autorités pour localiser les fosses communes, identifier les corps et les rendre aux descendants.

  • Le juge Garzon, le franquisme et le passé espagnol

    Une semaine après son procès pour violation des droits de la défense dans une affaire de corruption, l'emblématique juge Baltasar Garzon, qui s'est attaqué aussi bien aux dictateurs, à la classe politique ou à l'Etat, est jugé pour avoir voulu enquêter sur le sort des disparus du franquisme, plaie non refermée en Espagne.

    Publié le 23/01/2012 Le juge Garzon, le franquisme et le passé espagnol
Plus d'infos

 
Interview de Jean-Louis Guereña, professeur de civilisation espagnole contemporaine à l'Université Rabelais de Tours.
 
 
LCI.fr : Le franquisme est-il encore vivace en Espagne ?
Jean-Louis Guereña : Les nostalgiques purs et durs de Franco, qui commémorent sa mort le 20 novembre, ne sont plus qu'une poignée aujourd'hui. Mais son souvenir est toujours présent. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant puisque la fin du régime remonte à seulement 32 ans. Malgré la "défrancotisation" entamée lors du retour de la démocratie, il reste de nombreux symboles, comme des statues de Franco, des noms de rues ou d'écoles rappelant le régime, surtout dans les petites villes de Castille mais aussi à Madrid. Dans certaines églises, des monuments aux morts portent l'inscription "Caidos por Dios et por España" ("Morts au champ d'honneur pour Dieu et l'Espagne"). Il y a également encore beaucoup d'anciens combattants de la guerre civile dans les deux camps.
 
Sur le plan politique, lors de sa création, le Parti populaire a accueilli beaucoup de reconvertis du franquisme qui ont gardé leur idéologie et leur influence. Enfin, l'Opus Dei, même s'il est laïque, penche idéologiquement à droite et marque toujours de son empreinte la société espagnole.
 
 
LCI.fr : Pourquoi le Parti populaire s'oppose-il à la loi ?
J.-L.G. : Le pacte sur lequel a été fondée la transition entre franquisme et démocratie en 1975 était un "pacte d'oubli" sur la guerre civile puis le régime. Conséquence de la présence d'anciens franquistes dans ses rangs, le Parti populaire estime qu'il ne faut pas revenir sur le passé, ne pas raviver  les vieilles blessures et ouvrir la boîte de Pandore, même si cela signifie tirer une croix sur les fosses communes de la guerre et la répression qui a suivi.
 
 
LCI.fr : L'Eglise catholique est également contre.
J.-L.G. : Comme le Parti populaire, elle ne veut pas rouvrir des blessures qu'elle considère comme cicatrisées. Pendant la guerre, le clergé espagnol -sauf au Pays basque- a appuyé la cause franquiste (qu'elle qualifiait de croisade) puis a ensuite soutenu le régime, dont elle fut l'un des piliers. Elle n'a ensuite jamais véritablement reconnu s'être trouvée du côté des "bourreaux" et se présente toujours uniquement comme une victime des exactions commises par les milices d'extrême-gauche. C'est le sens de la béatification massive des religieux espagnols menée au Vatican dimanche dernier (lire notre article).

LCI.fr : Une partie de la gauche s'oppose également à la loi. Pourquoi ?
"Pour une partie
de la gauche,
la loi ne va pas
assez loin"
Jean-Louis Guereña

J.-L.G. : Il faut tout d'abord noter qu'il n'y a pas de front massif. Ceux qui s'y opposent sont dispersés dans les différents partis de gauche ou dans les régions à tendance nationaliste, principalement la Catalogne et le Pays basque. Zapatero devrait donc faire adopter son texte sans grande difficulté (ndlr : l'interview a été réalisée avant le vote).

Les opposants à la loi estiment qu'elle  ne va pas assez loin. Outre l'aide de l'Etat pour exhumer les fosses communes et identifier les corps pour les rendre aux familles des victimes républicaines tuées par le régime, ils exigent que les jugements prononcés par les tribunaux d'exception après des procès sommaires soient définitivement annulés. Or le Premier ministre refuse d'accéder à cette requête.
 
LCI.fr : Dans les faits, sera-t-il possible de "défrancotiser" les lieux rappelant la dictature dans les villes de droite et notamment de "neutraliser" le mausolée de Valle de los Caidos* ?
J.-L.G. : Pour débaptiser les noms de rue ou de monuments faisant référence au régime, il ne devrait pas y avoir de problème. Le processus a été lancé très tôt après le retour de la démocratie et n'a jamais été remis en question ni confronté à une véritable opposition.
 
En revanche, le cas de Valle de los Caidos est en effet plus épineux puisqu'il a été construit par des prisonniers républicains contraints aux travaux forcés et que son immense croix a été voulue par Franco pour être le symbole de son régime. Pour le rendre neutre, il faudra enlever les tombes de Franco et Primo de Rivero et rendre leurs corps à leurs descendants. Ce n'est pas gagné d'avance.
 
 
LCI.fr : Plus globalement, à cinq mois des législatives, Zapatero prend-il un risque politique en faisant voter cette loi controversée afin de respecter ses promesses de campagne de 2004 ?
"La polémique
ne jouera pas
sur les
élections"
Jean-Louis Guereña
J.-L.G. :
L'Eglise espagnole espérait qu'un million d'Espagnols se rendent au Vatican dimanche dernier. Ils n'étaient que 50 000. Cela prouve que le sujet est moins polémique qu'il n'y paraît.

Plus globalement, je ne pense pas que cela puisse gêner Zapatero pour les élections de mars prochain. Son bilan économique et social est bon (chômage et déficit en baisse, croissance dynamique) et le Parti populaire peine à monter un projet sérieux. Si cette "loi sur la Mémoire" a une incidence, elle ne sera que marginale.
 
  
* basilique où sont enterrés Franco et José Antonio Primo de Rivera, créateur du parti de la Phalange, et qui accueille des sépultures de soldats franquistes mais aussi des fosses communes de combattants républicains.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 31 octobre 2007 à 06:45
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12 Commentaires

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  • Paul, le 31/10/2007 à 17h25

    Euh Sabié n'a surement pas tout compris non plus. Donc je vais à mon tour le lui réexpliquer. Dans les républicains il n'y avait pas que des communistes. Lorsqu'aux élections générales de 1936, le front populaire a eu la majorité, c'était pas que des communistes. Et oui. Alors je suis d'accord avec vous. Il y a en marre du manichéisme à sens unique.certains font croire que les salops étaient les franquistes, d'autres que c'étaient les communistes... Il y en avait dans les deux camps. Par contre là où je rejoins Mickael c'est que je vois pas non plus le rapport avec la gauche actuelle ( au niveau mondial en +) qui ferait la réécriture de l'histoire. C'est n'importe quoi ça. A ce moment là, ceux qui passent leur temps à dénoncer les dictatures communistes et qui ne parlent jamais des dictatures fascistes, nazis, Chilienne, Argentine etc , feraient-ils partis d'un complot de la droite mondiale??? Arretons les inepties SVP!!!

  • Sablié, le 31/10/2007 à 13h51

    Mickael n'a pas tout compris alors on va lui expliquer : le choix était entre une dictature et une autre . Et la dictature communiste , c'est pas de la rigolade non plus . il n' y a qu'à demander aux russes , aux chinois , aux cambodgiens etc ... Il est patent que les républicains qui n'avaient de républicains que le nom n'ont pas été en retard pour fusiller à tour de bras comme vient de le rappeler le vatican . Alors le manichéisme à sens unique et pleurnichard : La barbe .

  • Julien, le 31/10/2007 à 13h51

    Dénoncer les crimes franquistes c'est bien mais pourquoi ne pas dénoncer également les crimes des républicains espagnols (poum, parti communiste espagnol etc..) Une fois de plus dans une guerre civile il n'y a pas les bon d'un côté et les mauvais de l'autre, dans chaque camp il y a des ordures qui massacrent et qui assassinent.

  • Ventadour, le 31/10/2007 à 12h04

    Ce travail est difficile dans les pays qui ont connu de longues dictatures. On l'a vu en Pologne quand on a commencé à rechercher les anciens collaborateurs du régime communiste: tant que ce travail prenait pour cible l'Eglise, les milieux européens "éclairés" applaudissaient des deux mains; quand ce travail a commencé à atteindre d'autres milieux, les mêmes européens "éclairés" ont réclamé le retour au "pacte d'oubli".

  • Mickael, le 31/10/2007 à 11h09

    Euh la gauche mondiale réécrit l'histoire??? C'est bien ça??? J'ai pas tout compris là!!! A moins d'être un défenseur de la dictature franquiste, je vois pas ce qu'on peut reprocher à Zapatero. Chacun est libre de ses opinions mais c'est bizarre. Pour info mes parents sont nés en Espagne dans les années 50, ils ne sont pas du tout communistes mais croyez-moi la dictature de Franco c'était pas de la rigolade!

  • Maze, le 31/10/2007 à 11h08

    Lors que je lis Thierry et Pasdupe, on voit bien à qui on a affaire. Ok on sait que les régimes communistes etc, mais pourquoi comparer ? un mort ets un mort. dire que les républicains voulaient instaurer un régime communiste est une injure. Il voulait une république, rien à voir. Pas une république de type soviétique, mais une vraie républqiue. Quand aux années, Franco, vous êtes bien des ignares, vous n'avez pas vécu les années de la faim, où l'on mangeait ses semelles dans les années 40 et 50 et où l'ont était bouffé par les poux et la gale. Vous n'avez pas connu cette dictature ou juste l'ouvrir dans un café vous menait directment en taule. C'était pareil qu'un régime communiste, je l'ai vécu, je sais de quoi je parle. Vous êtes une injures à l'intelligence. Pire vous ignorez ce que c'est que d'avoir à buter son voisin de toujours pour pas qu'il vous bute. C'est ça la guerre d'Espagne. Des milliers de morts jetés dnas des fosses communes, une épuration, une population traumatisée, des haines tansmises de père en fils contre son voisin et sa famille. C'est ça une guerre civile. Comaprable à 100 % aux années staliniennes et autres de type Pol Pot avec rééducations voire tueries gratuites et travaux forcés pour cosntruire un mausolée.

  • Daures etienne, le 31/10/2007 à 10h53

    Cette loi ne fera que raviver de vieilles haines alors que l' Espagne a su devenir ,notamment grace au roi, une démocratie respectée. Franco lui a lègué un monument essentiel ,crèè par lui : une classe moyenne nombreuse et active. Enfin faut- il rappeler que dans leurs slogans les anarchistes invitaient les Espagnols à violer les religieuses pour "les élever au rang de mère " ...

  • Olivier, le 31/10/2007 à 10h28

    Merci à LCI de faire pour une fois un travail d'information objectif et de souligner que le gvnt de Zapatero soutient à 100% la béatification de ces religieux. Cf le discours de son ministre des affaires étrangères.

  • Sablié, le 31/10/2007 à 10h26

    Pas dupe non plus . Le besoin de réécriture de l'histoire est une spécialité de la gauche mondiale dont l'histoire n'est pas toujours si belle qu'elle ne nécessite pas d'être enjolivée . De la seule façon possible c'est à dire en discréditant la partie adverse . C'est encore de la politique et non pas de l'histoire ;

  • Pasdupe, le 31/10/2007 à 10h02

    Dans un pays voué à choisir entre un régime autoritaire de type militaire (le franquisme) ou une dictature collectiviste, quel camp fallait-il choisir ? Si les medias faisaient leur boulot correctement, ils constateraient que le régime de Franco a été moins criminel et dictatorial que les régimes communistes d'Europe de l'Est. Franco, que je ne cherche pas à défendre, menait la vie dure uniquement à ses opposants politiques (le reste de la population vivait très tranquillement) tandis que les dictatures communistes surveillaient et menaçaient la vie de la totalité de leurs populations...Défendre les républicains espagnols (qui voulaient une dictature communiste) est une insulte à la mémoire des 100 millions de victimes des régimes communistes.

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