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Jean-Yves Camus, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques, est spécialiste de l'extrême droite en Europe.
LCI.fr : En France, où se situerait le Parti du peuple danois, qui a obtenu 25 sièges au Parlement lors des législatives de mardi et sur qui le Premier ministre de centre-droit devra une nouvelle fois s'appuyer pour gouverner ? (cliquez ici pour lire notre article)
Jean-Yves Camus : Ses thèses sont assez proches du MPF de Philippe de Villiers. Il développe la même rhétorique sur les problèmes identitaires et la place dans l'islam dans la société. Il est également eurosceptique et prône une économie libérale selon les sujets.
LCI.fr : Sa progression (+0,5% en voix, +1 siège au Parlement) était-elle attendue ?
J.-Y. C. : A titre personnel, je n'ai jamais cru à une décrue du Parti du peuple danois. Pour une raison simple : au Danemark, il n'est pas considéré comme un parti d'extrême droite mais comme une formation de droite, certes problématique car nationaliste et xénophobe, mais qui se situe dans le courant dominant du pays. Le PPD est bel et bien le parti le plus à droite au Danemark. Mais comme l'échiquier du pays est plutôt centré à gauche, il est perçu par les Danois comme beaucoup moins à droite que le Front national français. Son agenda politique est pourtant parfois plus dur sur les questions identitaires que celui de Marine Le Pen.
En tout cas, il est évident que son score est une mauvaise surprise pour le Premier ministre Rasmussen. En convoquant ces législatives anticipées, il espérait se débarrasser du PPD qui utilisait sa minorité de blocage pour faire passer des lois ou en retoquer à son avantage.
| "Au Danemark et en Suisse, il s'agit d'un 'populisme de prospérité'" |
| Jean-Yves Camus |
LCI.fr : En soutenant la majorité, l'extrême droite a donc contraint le centre-droit à s'aligner en partie sur ses thèses ?
J.-Y. C. : Tout à fait. Le PPD a su utiliser la situation pour obtenir un net renforcement des lois sur l'immigration et le durcissement du droit d'asile. Les demandeurs d'asile ont ainsi baissé de 80% depuis 2001. Or la teneur xénophobe et islamophobe du discours du PPD laisse bien comprendre que si ces demandeurs d'asile n'étaient pas musulmans, ce parti ne serait pas aussi vindicatif sur le sujet.
Le Danemark, pays monocolore, avait jusqu'à il y a peu une tradition tolérante et d'accueil. Mais le contexte général de l'après-11 Septembre a augmenté la méfiance envers les musulmans, originaires qui plus est du Moyen-Orient et du Pakistan. Pour sortir du politiquement correct, il faut aussi admettre qu'il y a un réel problème extrémiste et de radicalisation d'une partie de la communauté musulmane danoise. Certains responsables ont notamment jeté de l'huile sur le feu lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, qui est partie du Danemark.
LCI.fr : Avant le Danemark, les partis d'extrême droite ont obtenu de bons résultats en Suisse (UDC) et en Flandre belge (Vlaams Belang) ces derniers mois. Ces percées électorales sont-elles comparables ?
J.-Y. C. : Plus que des percées, ce sont des consolidations puisque le populisme tel qu'on le connaît aujourd'hui est parti de Norvège dès les années 1970. Malgré des situations très variables selon les pays, leur succès est en partie comparable. Ces partis se situent en effet à mi-chemin entre la droite classique radicalisée et l'extrême droite. Outre leur aspect xénophobe, leur refus du multiculturalisme avec l'islam et plus globalement la défense de l'identité nationale, ils sont libéraux en économie, conservateurs sur les questions de société et de mœurs et refusent l'Europe supranationale.
Ils ont également réussi à émerger dans une période de croissance économique et non de récession comme en France avec le Front national. Je qualifie d'ailleurs cette tendance de "populisme de prospérité". En revanche, il faut noter que ces formations sont totalement déconnectées du fascisme des années 30. Ce ne sont absolument pas des nostalgiques de Mussolini ou d'Hitler.
| "Le cordon sanitaire tiendra-t-il ?" |
| Jean-Yves Camus |
LCI.fr : Plus globalement, cette percée de l'extrême droite un peu partout en Europe est-elle une tendance de fond ou une simple coïncidence ?
J.-Y. C. : Quand un phénomène dure sur une génération dans une dizaine de pays, ce n'est pas une coïncidence. Il y a bien sûr des facteurs spécifiques à chaque pays. Mais il y a aussi une vague de fond qui repose sur la méfiance des élites, des deux systèmes politiques européens - droite libérale et sociale-démocratie- et plus globalement de l'Etat. La défiance envers la mondialisation crée également des réflexes identitaires. Les électeurs qui sentent qu'elle ne tourne pas dans le bon sens se tournent alors vers la contestation, représentée par l'extrême gauche mais aussi et surtout par l'extrême droite.
LCI.fr : Ce phénomène a-t-il un avenir ?
J.-Y. C. : C'est difficile à dire puisque il y a des tassements à certains endroits, comme en France ou même encore en Belgique avec le Vlaams Belang. En fait, tout dépendra si les valeurs que porte l'extrême droite seront jugées acceptables par les droites classiques ou si le rempart sanitaire tiendra. A ce titre, la loi supprimant certains droits des francophones dans la région de Bruxelles Hal Vilvorde est symptomatique. Sans avoir progressé de manière spectaculaire, le Vlaams Belang est néanmoins parvenu à ses fins avec l'appui du centre-droit.
LCI.fr : Pour endiguer ces formations d'extrême droite, faut-il les intégrer dans un gouvernement ou chasser sur leurs terres électorales ?
J.-Y. C. : Les expériences montrent qu'il n'y a pas de règle absolue. En Suisse, la gauche espérait pénaliser Christoph Blocher en le faisant entrer au Conseil fédéral (ndlr : le gouvernement suisse). Résultat : il a largement progressé au scrutin suivant. Au contraire, en Autriche, le FPO de Jorg Haïder a reculé. En Italie, la Ligue du Nord s'est radicalisée lors de son arrivée dans le gouvernement Berlusconi, tandis que l'Alliance nationale, le parti postfasciste de Gianfranco Fini, est devenue une formation de droite tout à fait classique, même moins à droite que l'UMP française. En France, la stratégie de Sarkozy a quant à elle totalement marginalisé le FN.
Le groupe d'extrême droite au Parlement européen implose |
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