"La percée de l'extrême droite en Europe, un phénomène de fond"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 15 novembre 2007 à 06h15 , mis à jour le 15 novembre 2007 à 09h11

Interview. Après la Suisse, l'extrême droite a réalisé un bon score au Danemark mardi. Décryptage avec Jean-Yves Camus, chercheur à l'IRIS.

[Expiré] [Expiré] suisse affiche udc extreme droite © AFP/O. Morin

jean yves camus chercheur iris extreme droiteJean-Yves Camus, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques, est spécialiste de l'extrême droite en Europe.
 
 


LCI.fr : En France, où se situerait le Parti du peuple danois, qui a obtenu 25 sièges au Parlement lors des législatives de mardi et sur qui le Premier ministre de centre-droit devra une nouvelle fois s'appuyer pour gouverner ? (cliquez ici pour lire notre article)

Jean-Yves Camus : Ses thèses sont assez proches du MPF de Philippe de Villiers. Il développe la même rhétorique sur les problèmes identitaires et la place dans l'islam dans la société. Il est également eurosceptique et prône une économie libérale selon les sujets.
 
 
LCI.fr : Sa progression (+0,5% en voix, +1 siège au Parlement) était-elle attendue ?
J.-Y. C. : A titre personnel, je n'ai jamais cru à une décrue du Parti du peuple danois. Pour une raison simple : au Danemark, il n'est pas considéré comme un parti d'extrême droite mais comme une formation de droite, certes problématique car nationaliste et xénophobe, mais qui se situe dans le courant dominant du pays. Le PPD est bel et bien le parti le plus à droite au Danemark. Mais comme l'échiquier du pays est plutôt centré à gauche, il est perçu par les Danois comme beaucoup moins à droite que le Front national français. Son agenda politique est pourtant parfois plus dur sur les questions identitaires que celui de Marine Le Pen.
 
En tout cas, il est évident que son score est une mauvaise surprise pour le Premier ministre Rasmussen. En convoquant ces législatives anticipées, il espérait se débarrasser du PPD qui utilisait sa minorité de blocage pour faire passer des lois ou en retoquer à son avantage. 
 

"Au Danemark
et en Suisse,
il s'agit d'un
'populisme de
prospérité'"
Jean-Yves Camus

LCI.fr : En soutenant la majorité, l'extrême droite a donc contraint le centre-droit à s'aligner en partie sur ses thèses ?
J.-Y. C. : Tout à fait. Le PPD a su utiliser la situation pour obtenir un net renforcement des lois sur l'immigration et le durcissement du droit d'asile. Les demandeurs d'asile ont ainsi baissé de 80%  depuis 2001. Or la teneur xénophobe et islamophobe du discours du PPD laisse bien comprendre que si ces demandeurs d'asile n'étaient pas musulmans, ce parti ne serait pas aussi vindicatif sur le sujet.
 
Le Danemark, pays monocolore, avait jusqu'à il y a peu une tradition tolérante et d'accueil. Mais le contexte général de l'après-11 Septembre a augmenté la méfiance envers les musulmans, originaires qui plus est du Moyen-Orient et du Pakistan. Pour sortir du politiquement correct, il faut aussi admettre qu'il y a un réel problème extrémiste et de radicalisation d'une partie de la communauté musulmane danoise. Certains responsables ont notamment jeté de l'huile sur le feu lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, qui est partie du Danemark.
 
 
LCI.fr : Avant le Danemark, les partis d'extrême droite  ont obtenu de bons résultats en Suisse (UDC) et en Flandre belge (Vlaams Belang) ces derniers mois. Ces percées électorales sont-elles comparables ?
J.-Y. C. :
Plus que des percées, ce sont des consolidations puisque le populisme tel qu'on le connaît aujourd'hui est parti de Norvège dès les années 1970. Malgré des situations très variables selon les pays, leur succès est en partie comparable. Ces partis se situent en effet à mi-chemin entre la droite classique radicalisée et l'extrême droite. Outre leur aspect xénophobe, leur refus du multiculturalisme avec l'islam et plus globalement la défense de l'identité nationale, ils sont libéraux en économie, conservateurs sur les questions de société et de mœurs et refusent l'Europe supranationale.

Ils ont également réussi à émerger dans une période de croissance économique et non de récession comme en France avec le Front national. Je qualifie d'ailleurs cette tendance de "populisme de prospérité". En revanche, il faut noter que ces formations sont totalement déconnectées du fascisme des années 30. Ce ne sont absolument pas des nostalgiques de Mussolini ou d'Hitler.
 

"Le cordon
sanitaire
tiendra-t-il ?"
Jean-Yves Camus

LCI.fr : Plus globalement, cette percée de l'extrême droite un peu partout en Europe est-elle une tendance de fond ou une simple coïncidence ?
J.-Y. C. : Quand un phénomène dure sur une génération dans une dizaine de pays, ce n'est pas une coïncidence. Il y a bien sûr des facteurs spécifiques à chaque pays. Mais il y a aussi une vague de fond qui repose sur la méfiance des élites, des deux systèmes politiques européens - droite libérale et sociale-démocratie- et plus globalement de l'Etat. La défiance envers la mondialisation crée également  des réflexes identitaires. Les électeurs qui sentent qu'elle ne tourne pas dans le bon sens se tournent alors vers la contestation, représentée par l'extrême gauche mais aussi et surtout par l'extrême droite.

 
LCI.fr : Ce phénomène a-t-il un avenir ?
J.-Y. C. : C'est difficile à dire puisque il y a des tassements à certains endroits, comme en France ou même encore en Belgique avec le Vlaams Belang. En fait, tout dépendra si les valeurs que porte l'extrême droite seront jugées acceptables par les droites classiques ou si le rempart sanitaire tiendra. A ce titre, la loi supprimant certains droits des francophones dans la région de Bruxelles Hal Vilvorde est symptomatique. Sans avoir progressé de manière spectaculaire, le Vlaams Belang est néanmoins parvenu à ses fins avec l'appui du centre-droit.

 
LCI.fr : Pour endiguer ces formations d'extrême droite, faut-il les intégrer dans un gouvernement ou chasser sur leurs terres électorales ?
J.-Y. C. : Les expériences montrent qu'il n'y a pas de règle absolue. En Suisse, la gauche espérait pénaliser Christoph Blocher en le faisant entrer au Conseil fédéral (ndlr : le gouvernement suisse). Résultat : il a largement progressé au scrutin suivant. Au contraire, en Autriche, le FPO de Jorg Haïder a reculé. En Italie, la Ligue du Nord s'est radicalisée lors de son arrivée dans le gouvernement Berlusconi, tandis que l'Alliance nationale, le parti postfasciste de Gianfranco Fini, est devenue une formation de droite tout à fait classique, même moins à droite que l'UMP française. En France, la stratégie de Sarkozy a quant à elle totalement marginalisé le FN.

Le groupe d'extrême droite au Parlement européen implose


Symbole des difficultés à souder et à faire travailler ensemble des partis par nature nationalistes, le groupe d'extrême droite du Parlement européen, baptisé Identité, Tradition, Souveraineté et créé en janvier dernier, a été dissous ce mercredi. Victime de zizanies continuelles, il a rendu l'âme après une querelle italo-roumaine en son sein sur la question des Roms.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 15 novembre 2007 à 06:15
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34 Commentaires

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  • Kangooroux, le 15/11/2007 à 18h18

    En France, même si les partis d'extrême droite sont effectivement peu représentés, c'est surtout l'intolérance latente qui fait peur. Et à lire les différents commentaires sur LCI.fr tous les jours, c'est ancré très profond...

  • Mike, le 15/11/2007 à 17h49

    Je ne comprends pas que l'on injure l'extreme-droite. Elle n'a pas fait ses preuves au sein du gouvernement dans ce pays. Par contre, on peut injurier la gauche et la droite qui, eux, nous ont reelement pris pour des c... et menti sur toute la ligne. Je serait curieux de voir la difference avec l'extreme-droite au pouvoir en France.

  • Antoine, le 15/11/2007 à 16h48

    @ Mickaël, Bezier: Au contraire l'extreme droite ou plutôt la droite nationale en France a prévu depuis plus de 30 ans les problemes qui se sont abattus sur le pays(immigration de masse donc problemes d'emploi, de logement, d'insécurité, d'explosion des banlieues; integration européenne qui demantele de plus en plus notre souveraineté; méfaits de la guerre en Irak; fiscalisme écrasant décourageant et j'en passe). Et non la France n'aurait pas été isolée de l'Europe. Est ce que l'Angleterre, le Danemark ou la Suede sont isolés de l'Europe? Ou la Suisse et la norvege n'étant même pas dans l'union? Et bien avec le FN on serait dans cette situation à peu près aujourd'hui et y aurai bcp moins de problemes. Le FN aussi est pour la liberté d'expression alors arretez de parler de "main-mise sur les médias" dont la gauche est spécialiste. L'avortement ne serait peut etre pas légalisé mais la politique avantagerait les naissances avec des aides aux parents ou l'adoption prénatale. Pour le fiscalisme écrasant effectivement y aurait moins d'impots mais ça profiterait plus au peuple qui ne peut rien faire aujourd'hui, non aux milliardaires qui votent plutot Sarkozy(donc ouverture totale des frontieres).

  • Albert, le 15/11/2007 à 16h24

    Pas besoin d'être sociologue pour comprendre pourquoi l'Europe se radicalise ! L'immigration que l'on subit depuis 30 ans n'a plus rien à avoir avec l'immigration que l'on connaissait depuis un siècle. Aujourd'hui on ne vient pas en France pour devenir Français, on y vient pour gagner de l'argent.

  • Matt, le 15/11/2007 à 16h12

    A cecilius de bourgoin,ça veut dire quoi exactement"les convaincre MEME par la force",ce ne serait pas vous l'extremiste dans l'histoire ? Merci de me publier,car lire des choses pareilles me parait insensé.

  • Monique, le 15/11/2007 à 14h33

    LCI, Vous vous gargarisez du mot "extrême-droite". Ce n'est pas innocent, évidemment. Il s'agit de faire peur. En fait les électeurs tentés par la soit-disant extrême-droite se fichent de la droite et de la gauche, ils en ont ASSEZ du sans-frontiérisme et du sans-papiérisme, de l'ultra-libéralisme, et des concessions à l'islam. Ils ne veulent pas perdre le pays de leurs ancêtres, et ils pensent à leurs enfants! Est-on un dangereux xénophobe parce qu'on refuse l'entrée continuelle de millions d'étrangers? C'est le simple bon sens, dont malheureusement nos "élites" n'ont cure!

  • Cecilus, le 15/11/2007 à 13h16

    Que font les français pour barrer le chemin de cette montée là. il faut se monopoliser et convaincre même par la force les population indécises de votre du bon coté de la route. Ils sont bien racistes ces suisse et ces danois!!!!

  • Aigle, le 15/11/2007 à 12h19

    Il n'y a rien de surprenant à cela, car TOUS les dirigeants déçoivent régulièrement, la gauche est en train de s'évaporer et l'extrême gauche ne peut représenter qu'une infime partie suicidaire de la population. Obligatoirement, l'extrême droite représente l'espoir et si ce n'est pas - encore - le cas en France, c'est parce que Sarkozy a sû employer des moyens nouveaux pour juguler tout le monde. Mais ça ne durera pas, ses promesses ne seront de toute façon pas tenues (des modifications acceptées et des reculades en série annulent toute la substance des réformes). Les prochaines élections seront un test sérieux et il y a fort à parier que l'extrême droite verra sa cote augmenter énormément, comme en Europe. Pour une bonne raison : tout le monde sait à quoi s'en tenir sur la mondialisation et l'immigration autre qu'européenne et leurs conséquences, et ce ne sont pas des démentis ou des matraquages d'opinion trop visibles qui changeront quoi que ce soit : quand vous voyez qu'il pleut et que l'on vous répète sans arrêt qu'il fait beau, non seulement vous n'y croyez pas mais en plus vous perdez totalement confiance.

  • Philippe, le 15/11/2007 à 12h13

    D'accord avec Le Sagard. Le MPF est un parti qui se respecte. Précision : il a même pris position contre les soupes populaires contenant du porc estimant qu'il s'agissait d'une provocation gratuite. Alors pas d'amalgame. Le MPF mérite des scores bien meilleurs que ceux qu'il a aujourd'hui.

  • Fanfan, le 15/11/2007 à 12h11

    Si la démocratie existait réellement en france il y a longtemps que ce serait notre cas. Au lieu de fustiger, diaboliser, il faut oser aller à la base du problème et ça.......... Les gouvernements, pipoles et associations ont poussé les populations dans les bras de ces mouvements. Il est évident que dans les années à venir cela risque d'être assez violent. Le pen c'est de la roupie de sansonnet à côté de ce qui va se passer, le pen c'est le chiffon rouge agité par les partis parce que ça les arrangeait bien mais rien à voir avec de l'extrème droite.

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