Moscou et Londres à couteaux tirés sur l'affaire Litvinenko

le 17 janvier 2008 à 15h59 , mis à jour le 17 janvier 2008 à 17h58

Face à des pressions incessantes des autorités russes, le British Council a dû fermer ses antennes de Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg.

TF1/LCI : L'ex-espion Alexandre Litvinenko, sur son lit d'hôpital après un empoisonnementL'ex-espion Alexandre Litvinenko, sur son lit d'hôpital après un empoisonnement © TF1/LCI

Le ton n'a cessé de monter ces derniers jours entre Moscou et Londres, à couteaux tirés depuis le meurtre en 2006 dans la capitale britannique d'Alexandre Litvinenko, ex-agent secret russe devenu opposant à Vladimir Poutine. Et bien malgré lui, le British Council, organisme chargé de la diffusion de la culture britannique à l'étranger, s'est retrouvé au coeur de cette guerre larvée.

Avec des incidents symptomatiques : dans la nuit de mardi à mercredi, Stephen Kinnock, chef du bureau de Saint-Pétersbourg du British Council, a été interpellé par les forces de l'ordre dans des circonstances peu claires, les Russes l'accusant de conduite en état d'ivresse, version formellement démentie par les Britanniques. Ce jeudi, le British Council, dénonçant une campagne d'intimidation des autorités russes contre son personnel, a annoncé la suspension des activités de ses centres de Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg.

L'affaire Kinnock n'était en fait que l'un des derniers incidents en date sur une liste déjà longue. Les activités du British Council ont pourtant fait l'objet d'un accord spécifique entre les deux pays en 1994. Mais ces accords ont semblé peser bien peu face à la multiplication récente des pressions des autorités russes. La Russie avait ainsi décidé en décembre de fermer ces fameux centres du British Council de Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg, parlant d'irrégularités dans leur statut juridique. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov en personne avait admis qu'il s'agissait d'une riposte aux mesures prises par Londres, dont l'expulsion de diplomates russes, après le refus de Moscou d'extrader le principal suspect dans le meurtre de Litvinenko.

L'UE monte au créneau

Les deux antennes avaient néanmoins repris le travail après les congés des fêtes, malgré l'ordre du Kremlin de cesser toute activité. Cette semaine, Moscou a alors annoncé des sanctions, dont le refus de délivrer des visas aux employés du British Council. Les services spéciaux russes ont mis en garde ses employés russes contre les risques liés à leur "instrumentalisation" par Londres. Plusieurs d'entre eux ont également été convoqués pour un interrogatoire pendant que leurs domiciles étaient fouillés. Une ambiance de guerre froide, jusqu'à cette rocambolesque arrestation de Stephen Kinnock pour conduite en état d'ivresse... 

"Les autorités russes ont fait en sorte qu'il soit impossible pour nous de continuer à travailler à Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg et c'est pourquoi j'ai décidé de suspendre nos activités dans les deux villes", a dénoncé Martin Davidson, directeur général du British Council, jeudi depuis Londres. "Les actions de la Russie soulèvent des questions graves sur son respect du droit international de même que sur le type de comportement qu'elle est prête à adopter vis-à-vis de ses propres citoyens", a renchéri, dans des termes d'une vigueur inhabituelle, le chef de la diplomatie britannique David Miliband. "Nous avions vu des actions similaires pendant la Guerre froide, mais franchement nous pensions que c'était du passé", a tonné le ministre. "Je suis persuadé que la chambre partagera la colère et la consternation du gouvernement face aux actes du gouvernement russe".

Pas question pour autant d'envenimer une situation déjà délétère : le secrétaire au Foreign Office a assuré que Londres n'exercerait pas de représailles sur les activités culturelles russes au Royaume-Uni. De son côté, la présidence slovène de l'Union européenne a apporté son soutien au Royaume-Uni, appelant Moscou à laisser le British Council fonctionner "librement". A Moscou, le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, René van der Linden, a exprimé ses craintes sur l'avenir des relations entre l'UE et la Russie.

D'après agence

le 17 janvier 2008 à 15:59
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