Célébration de l'indépendance du Kosovo dans les rues de Pristina (17 février 2008) © TF1/LCI |
"Bravo !" "C'est fait ! On est indépendant." La foule était immense dimanche dans les rues de Pristina après que le parlement a voté l'indépendance du pays. Cris de joie, pleurs, embrassades. Ils attendaient depuis des jours, des années, des générations ce moment. "Nous sommes désormais un Etat indépendant, libre et souverain", a déclaré après le vote de la déclaration d'indépendance le président du Parlement Jakup Krasniqi. Un message diffusé dans les rues par des hauts parleurs installés pour l'occasion. Claquements de pétards et de feux d'artifice, tonnerre de klaxons, concerts de sirènes, et même tirs de balles à blanc.
"C'est dingue, c'est arrivé ! On l'a fait !", s'écrie abasourdie de joie Rina Meta, journaliste de 22 ans. "C'est si étrange pour ma génération de voir défiler l'histoire sous nos yeux." Un jeune lui tombe dessus la serrant dans ses bras en sautant en l'air. "Je ne sais plus si je dois pleurer ou rire, j'attends ce moment depuis tellement longtemps, être indépendant, libre", dit Oreste Nimani, musicien de 34 ans. Juchés sur des kiosques des jeunes crient à n'en plus pouvoir. Ailleurs de plus vieux entament une farandole traditionnelle au son de chansons folkloriques. Sur un bandeau : "Merci président" avec la photo d'Ibrahim Rugova, premier président élu au Kosovo après la guerre entre forces de Belgrade et la guérilla indépendantiste kosovare de l'Armée de libération du Kosovo, qui avait mené avant une longue lutte pacifique contre le pouvoir serbe.
"Cette décision honteuse"
Devant le pont de Kosovska Mitrovica, frontière entre les parties serbe et albanaise de cette ville du nord du Kosovo, l'ambiance est toute autre. Des bâtiments de l'Union européenne et des Nations unies ont été la cible dimanche de jets de grenades et une centaine de Serbes étaient réunis pour clamer leur rejet de l'indépendance proclamée par les leaders kosovars. "Les choses sérieuses commencent. Nous espérons que la Serbie et ses alliés pourront faire annuler cette décision honteuse", déclare Dejan, un employé de banque âgé de 39 ans. "Ils attendront que les caméras et la MINUK [la mission de l'ONU] soient parties pour se débarrasser de ce qui reste de Serbes au Kosovo", s'inquiète son ami Bojan, 19 ans, étudiant.
A Belgrade, des Serbes ont lancé des pierres dimanche contre l'ambassade des Etats-Unis. "Le Kosovo est le coeur de la Serbie", ont scandé quelque 2000 manifestants. Au cours d'un heurt avec les policiers, qui ont fait usage de grenades lacrymogènes et de leurs matraques, un policier a été légèrement blessé, tandis qu'une vitre de l'ambassade a volé en éclats. Auparavant, les manifestants s'étaient rendus devant l'ambassade de Slovénie, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne et qui a décidé d'envoyer au Kosovo une mission pour encadrer l'indépendance. Ils ont également lancé des pierres et des torches, brisant la porte d'entrée et de nombreuses vitres. Les manifestants ont également défilé dans le centre de Belgrade, drapeaux serbes en tête.
A Banja Luka, la capitale des Serbes de Bosnie, quelque 150 personnes ont manifesté contre la proclamation de l'indépendance du Kosovo et pour réclamer celle de leur entité en Bosnie, la Republika Srpska. En Europe, les diasporas kosovares et serbes ont manifesté les unes leur joie et les autres leur colère en Suisse, en Belgique et en France. A Paris, plusieurs centaines de Serbes résidant en France se sont rassemblés, dénonçant la "trahison" de Nicolas Sarkozy qui s'apprêterait à reconnaître l'indépendance du Kosovo. "Trahison : la Corse est française, M. Sarkozy ; apprenez que le Kosovo est serbe", proclamait une affichette agitée par des manifestants.
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