Célébration de l'indépendance du Kosovo dans les rues de Pristina (17 février 2008) © TF1/LCIL'Union européenne se présente face au Kosovo comme une poule qui a trouvé un couteau. Faut-il dire clairement que le Kosovo est indépendant ? Faire simplement allusion à "une réalité nouvelle"? Ce débat sémantique est au coeur de la réunion, lundi, des ministres européens des Affaires étrangères, alors que l'UE est nettement divisée sur la question. En milieu d'après-midi, ils planchaient toujours sur un texte qui satisfasse tous les pays. Les ministres réunis à Bruxelles travaillaient sur la base de deux propositions, l'une élaborée par la Slovénie, qui préside l'UE et est favorable à l'indépendance, l'autre par l'Espagne, l'un des six pays qui y sont opposés. "Les deux propositions ne sont pas très différentes", a déclaré un diplomate, mais les ministres "peaufinent encore la formulation du texte", surtout pour ses aspects "les plus sensibles".
"Les événements survenus aujourd'hui marquent la conclusion d'un processus qui a épuisé toutes les possibilités dans la recherche d'une issue négociée", ont d'ores et déjà déclaré en commun la Belgique, la France, l'Italie, le Royaume-Uni, la Croatie et l'Allemagne. La majorité des membres de l'UE devraient donc reconnaître le Kosovo et l'épauler par l'envoi de l'Eulex, une force de police et de justice forte de 2000 hommes qui supervisera la province devenue Etat en remplacement de l'Onu. De son côté, le président américain George W. Bush a déclaré lundi que les Kosovars étaient "maintenant indépendants", ajoutant que la reconnaissance du Kosovo en tant qu'Etat par les Etats-Unis suivrait les recommandations du plan Ahtisaari soutenu par l'ONU.
La crainte larvée des séparatismes
Mais six pays européens ont dit clairement qu'ils n'étaient pas prêts à reconnaître ce nouveau micro-Etat issu de l'ex-Yougoslavie : Chypre, confrontée au séparatisme de Chypre Nord, l'Espagne à la souveraineté contestée au pays Basque et en Catalogne, mais aussi la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie. Pour tous les Etats où existent des tentations séparatistes, l'appel de la Russie résonne douloureusement : Moscou a mis en garde dès dimanche contre le danger représenté par l'exemple de la sécession du Kosovo. Et la Serbie a, symboliquement, lancé la riposte : la police serbe a transmis à la justice des accusations contre trois dirigeants kosovars dont le président Fatmir Sejdiu et le Premier ministre Hashim Thaçi, pour avoir "organisé la proclamation d'un faux Etat sur le territoire serbe".
Les discussions s'annoncent de longue haleine à Bruxelles. L'Allemagne a déjà prévenu, par la voix d'Angela Merkel, qu'aucune décision ne serait à attendre de sa part ce lundi. Et vu l'hostilité de six pays, les ministres ne devaient faire qu'une vague allusion à la déclaration d'indépendance faite dimanche par le parlement kosovar. La présidence slovène aurait proposé de "prendre note" de cette déclaration, mais les Espagnols rejettent une telle formulation. En revanche, selon des sources diplomatiques, les deux textes discutés rappelleraient que les Etats membres décideront eux mêmes des relations qu'ils veulent avoir avec le Kosovo, et donc de le reconnaître ou non.
D'après agences
| Les défis qui attendent la force européenne |
Une chose est d'envoyer une force européenne assurer la sécurité au Kosovo ; une autre est de la faire accepter par tous. Or, la nouvelle mission de l'UE devrait se heurter au même obstacle que celle de l'Onu : la rivière Ibar, au nord de laquelle les Serbes du Kosovo refusent l'autorité des organismes internationaux. De nombreux analystes tablent à Belgrade sur un "plan B", destiné à mettre en place une partition de facto, à défaut d'être officielle, du nord de la province. "Dans la période qui s'ouvre, la Serbie fera office d'Etat dans les zones du Kosovo où les Serbes sont majoritaires", a déjà assuré le ministre serbe du Kosovo, Slobodan Samardzic, à Mitrovica. "Il en sera ainsi, car les Serbes ne reconnaissent qu'un Etat, la Serbie". |
Retour MYTF1
Chargement en cours...




