Dmitri Medvedev © TF1-LCIARTICLE PUBLIE POUR LA PREMIERE FOIS LE 3 MARS,
AU LENDEMAIN DE LA PRESIDENTIELLE RUSSE
A 42 ans, Dmitri Medvedev sera le plus jeune dirigeant russe depuis le tsar Nicolas II. Ce juriste de formation n'était pas prédestiné à une carrière politique. Il doit sa fulgurante ascension dans les sphères du pouvoir russe à sa relation avec Vladimir Poutine. Proche collaborateur de son mentor à St-Petersbourg pendant une quinzaine d'années, il a en effet été aspiré dans le sillage de celui qui aura dirigé la Russie de 2000 à 2008. Sa loyauté lui a tout d'abord valu de naviguer dans la bureaucratie puis de diriger la très puissante administration présidentielle au Kremlin, qui englobe notamment la tête de Gazprom, le géant de l'énergie. Il est ensuite entré au gouvernement comme 1er vice-Premier ministre.
Au moment de choisir son successeur tout en s'assurant de pouvoir jouer un rôle d'importance par la suite, Vladimir Poutine a donc préféré Dmitri Medvedev à Sergueï Ivanov, l'ancien ministre de la Défense. Les qualités personnelles du futur président -il prendra ses fonctions en mai- semblent en effet en faire un allié fidèle pour Vladimir Poutine. "Medvedev a été choisi pour deux raisons. Tout d'abord, il semble plus malléable. Ensuite, son côté occidental offre plus de perspectives en matière de diplomatie", analyse Thomas Gomart, directeur du centre Russie/NEI à l'Institut français des relations internationales.
Marionnette ?
Ceux qui connaissent Dmitri Medvedev le décrivent en effet comme un homme ordinaire, intelligent et direct, mais qui déteste le risque. Et ils se demandent notamment s'il aura la ruse et la dureté nécessaires pour s'imposer dans sa nouvelle fonction. Bref, le véritable intérêt de la présidentielle est encore en suspens : Medvedev tentera-t-il de faire face -et saura-t-il le faire le cas échéant- à Poutine ou se contentera-t-il d'être la marionnette de son futur Premier ministre ?
Les observateurs se rappellent que la même question ou presque se posait en 2000 pour Poutine. "A l'époque, il avait été choisi pour succéder à Eltsine car il semblait le plus terne des prétendants et surtout le plus loyal au clan du président sortant", rappelle Thomas Gomart. Va-t-on assister à un bis repetita de l'Histoire russe, cette fois aux dépens de Poutine ? Il est trop pour le dire. "C'est d'ailleurs là le véritable intérêt de l'élection : que va-t-il se passer ensuite dans le tandem Medvedev-Poutine", commente Olivier Ravanello, le correspondant de TF1/LCI à Moscou.
Changement sur le style, pas sur le fond
En attendant, les Occidentaux devraient s'accommoder d'un dirigeant plus tourné vers eux que ne l'était l'ancien directeur du FSB Vladimir Poutine. Elevé dans la difficulté matérielle de l'ère soviétique, Dmitri Medvedev, alors âgé d'une vingtaine d'années, a profité de l'effondrement du régime communiste pour profiter de l'ouverture au libéralisme. Il a ainsi travaillé dans le privé -une période gommée dans les biographies officielles- en tant qu'avocat pour le papetier Ilim Pulp, dont il a contribué à la création. "Il avait un salaire et il a connu le vrai monde de l'entreprise dans les années 1990. Il a vu la réalité", souligne l'un de ses anciens collègues, qui affirme que Medvedev avait ceci de particulier pour l'époque : il refusait alors payer des pots-de-vin même lorsque son entreprise pouvait perdre au tribunal parce qu'il refusait de soudoyer un juge.
De son passé libéral, Dmitri Medvedev a gardé une ouverture d'esprit pour le monde occidental. Il est par exemple partisan de l'adhésion aux institutions internationales comme l'OMC, favorable à la globalisation et au dialogue avec l'UE. "Mais il ne faut cependant pas s'attendre à des changements profonds de la diplomatie russe sur la scène internationale. Medvedev poursuivra globalement la politique étrangère de Poutine sur le fond. Seul le style sera différent et plus adouci", prévient Thomas Gomart.
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