L'ambassade des USA à Belgrade cible d'incident le 21 février 2008 lors d'une manifestation contre l'indépendance du Kosovo © TF1-LCIParmi les manifestants : le Premier ministre nationaliste Kostunica et des personnalités comme le metteur en scène Emir Kusturiza. Quelque 200.000 Serbes du Kosovo, selon les organisateurs, étaient réunis ce jeudi à Belgrade contre l'indépendance du Kosovo, proclamée dimanche dernier et désormais reconnue par 17 pays du monde, dont 10 de l'UE. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, a en revanche affirmé jeudi que son pays ne reconnaîtrait pas cette indépendance.
Saccages, pillages, incendies... La manifestation a toutefois dégénéré a Belgrade, jeudi soir. Des incidents qui auraient fait un mort. Il y a en outre plus de 70 blessés, dont au moins 19 policiers, selon un responsable du centre des urgences cité par la télévision B92. Le président serbe Boris Tadic, grand absent du jour car en visite en Roumanie, l'un des pays de l'UE à avoir refusé de reconnaître le nouvel Etat kosovar, a lancé un appel au calme, demandant "l'arrêt immédiat des violences et des attaques contre les ambassades", a rapporté la télévision B92.
Saccages dans le quartier des ambassades
Incident le plus marquant car meurtrier et symboliquement fort : des manifestants ont, dans la soirée, pénétré à l'intérieur de l'ambassade des Etats-Unis, à l'issue du gigantesque rassemblement. Des dizaines de jeunes manifestants ont incendié plusieurs salles et arraché le drapeau américain qui flottait sur la façade, sous les applaudissements de la foule. Un peu plus tard, la télévsion Pink diffusait les images d'un corps carbonisé non identifié qui était extrait de l'ambassade des Etats-Unis. Mais aucun diplomate US ne manquait à l'appel dans la soirée, selon un responsable américain cité par Reuters.
Les pompiers ont pu maîtriser l'incendie et les policiers anti-émeutes maîtriser les manfiestants avec des gaz lacrymogènes. Une dizaine ont été appréhendés. L'ambassadeur américain à l'ONU s'est dit "indigné" et Washington a demandé aux autorités serbes de renforcer la securité de l'ambassade.
Explosion devant un tribunal de l'ONU
Les incidents se sont ensuite propagés dans le centre de Belgrade où d'importantes forces de la police anti-émeutes et de la gendarmerie affrontaient des hooligans. La police a utilisé d'importantes quantités de gaz lacrymogène dont l'odeur se propageait dans tout le centre de la capitale serbe. Et une série d'incidents violents devant plusieurs ambassades de pays occidentaux ont fait au total une trentaine de blessés dont 15 policiers, selon l'agence de presse indépendante Beta, citant des sources hospitalières. Ainsi, à quelques centaines de mètres de l'ambassade américaine, l'ambassade de Croatie a-t-elle aussi victime d'incidents. Des commerces ont également été endommagés ou pillés, a raconté le correspondant de LCI sur place, selon qui la surenchère s'était arrêtée là en milieu de soirée, la police veillant. Des journalistes russes ont en outre été battus lors de ces violences, selon l'agence Ria-Novosti.
Une explosion (d'origine encore indéterminée) s'est en outre produite jeudi soir à l'extérieur d'un tribunal de l'ONU dans le nord serbe de Kosovska Mitrovica, la ville ethniquement divisée du nord du Kosovo. Il s'agit du quatrième incident du même genre qui se produit à Mitrovica nord cette semaine.
Attaque au poste-frontière
La manifestation de jeudi devait être l'expression du rejet de l'indépendance du Kosovo par l'ensemble du peuple serbe, et pas seulement en Serbie. Principal orateur de ce rassemblement : le Premier ministre qui a fait de la lutte contre l'indépendance kosovare la pierre angulaire de sa politique. "Si nous les Serbes nous abandonnons nos racines serbes, le Kosovo et l'histoire, alors qui sommes-nous, les Serbes ?", a-t-il lancé.
La manifestation à Belgrade a été précédée d'une violente attaque d'une vingtaine de minutes d'anciens réservistes de l'armée serbe au poste-frontière de Merdare entre la Serbie et le Kosovo. "Nous devons montrer que nous sommes tous contre cette fausse indépendance. Enlever le Kosovo à la Serbie, c'est comme si l'on vous coupait la jambe, un bras ou que l'on vous enlevait un enfant", déclarait à Belgrade Vesna Vujacic, une enseignante de 54 ans. L'ultranationaliste Tomislav Nikolic, chef du Parti radical serbe (SRS), la formation la plus représentée au Parlement, devait également intervenir, tandis que des dirigeants des Serbes de Bosnie et du Monténégro ont été invités.
A Banja Luka, capitale de la Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine, environ 2.000 personnes ont protesté, parfois violemment, pour contribuer à cette journée du refus. Des milliers de personnes ont aussi manifesté dans d'autres villes de la RS. Kostunica a indiqué que la manifestation à Belgrade serait la première d'une série de plusieurs autres dans des villes de Serbie. Après la proclamation d'indépendance du Kosovo, dimanche dernier, des manifestations violentes ont eu lieu à Belgrade, où des pierres et des torches ont été lancées contre des ambassades occidentales.
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