Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev © TF1/LCIINTERVIEW PUBLIEE POUR LA PREMIERE FOIS LE 3 MARS, L'homme fort de la Russie et Premier ministre, Vladimir Poutine, a annoncé samedi sa volonté de revenir au Kremlin après la présidentielle de mars 2012, et le président actuel, Dmitri Medvedev, s'effaçant devant son mentor, est appelé à devenir chef du gouvernement. Lors de son show télévisé annuel, le Premier ministre russe a expliqué qu'il allait "réfléchir" à un candidature à la présidentielle de 2012. Réplique immédiate de Dmitri Medvedev : le président indique qu'il envisage un second mandat.
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Poutine-Medvedev, un pas de plus vers le duel

AU LENDEMAIN DE LA PRESIDENTIELLE RUSSE
Thomas Gomart est directeur du centre Russie/NEI à l'Ifri (Institut français des relations internationales). Il dirige également la collection numérique trilingue Russie.Nei.Visions.
LCI.fr : Pourquoi Medvedev a-t-il été choisi par Poutine pour lui succéder ?
T.G. : Le choix final a surpris car il était en perte de vitesse. On peut avancer deux raisons. Tout d'abord, pour sa personnalité qui semble faire de lui une personne plus malléable. Ensuite, pour son côté pro-occidental.
LCI.fr : Medvedev a déjà indiqué qu'il prendrait Poutine comme Premier ministre, qui a accepté. Sachant que le président russe a beaucoup de pouvoirs par rapport à son Premier ministre, le tandem peut-il fonctionner ?
T.G. : Il y a trois possibilités. Tout d'abord, Medvedev se contente d'être la marionnette de Poutine et reste dans l'ombre pour préparer la victoire de Poutine à la présidentielle de 2012, voire avant (ndlr : selon la Constitution russe, Poutine ne peut briguer un troisième mandat consécutif. Mais il peut en effectuer un troisième par la suite). Ensuite, le tandem fonctionne correctement. Les deux hommes se répartissent les rôles et assurent l'équilibre des intérêts des clientèles russes.
Enfin, troisième scénario possible : Medvedev prend goût au pouvoir et tente de se débarrasser de Poutine grâce aux possibilités que lui donne sa fonction. Il agirait ainsi de la même manière que Poutine. En 1999, il avait été choisi pour succéder à Eltsine parmi trois autres prétendants car il semblait le plus terne des quatre et surtout le plus loyal au clan du président sortant.
Le contrat était le suivant : "tu respectes les intérêts de la 'famille' (ndlr : le surnom donné au clan de Eltsine) et tu seras président". A l'époque, Poutine était le directeur du FSB. C'est comme si, en France, le patron de la DGSE, sans bases politiques, devenait président. Eltsine pensait que son homme de confiance, Alexandre Volochine, alors chef de l'administration présidentielle, manœuvrerait Poutine sans problème. Poutine n'a pas respecté le contrat, mais il a néanmoins mis trois ans à se débarrasser de Volochine, en octobre 2003.
LCI.fr : Medvedev pourrait-il écarter Poutine comme ce dernier a écarté Volochine ?
T.G. : C'est très tôt pour le dire. La composition du futur gouvernement, qui revient en théorie presque exclusivement au président, sera une bonne indication. S'il est reconduit dans ses grandes lignes, ce sera une victoire pour Poutine. S'il y a beaucoup de changement parmi les ministres, cela montrera que Medvedev a un poids réel.
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