Zapatero-Rajoy, la revanche

Par , le 09 mars 2008 à 05h25 , mis à jour le 09 mars 2008 à 15h44

Après leur combat de 2004, le Premier ministre socialiste sortant et son adversaire de droite se retrouvent ce dimanche pour les législatives.

[Expiré] [Expiré] zapatero rajoy © AFP/J. Soriano

QUI VOTE ?
Trente-cinq millions sont appelés aux urnes. Les bureaux de vote fermeront dimanche soir à 20h (une heure plus tard aux Canaries). Les estimations seront données dans la foulée. Les premiers résultats officiels sont attendus vers 22h30.

 
QUI LES ESPAGNOLS ELISENT-ILS ?
Les 350 membres du Congrès des députés (équivalent de notre Assemblée nationale), chambre basse des Cortes generales, le Parlement. Ils sont élus à la proportionnelle -au scrutin de liste- pour quatre ans et détiennent l'essentiel du pouvoir législatif. Le Sénat, chambre haute, est également renouvelé en partie.

 
QUELLE EST LA MAJORITE SORTANTE ?
Depuis 2004, le Congrès des députés est dominé par le Parti socialiste (PSOE), qui ne détient qu'une majorité relative. Pour gouverner, le Premier ministre -dont le titre exact est président du gouvernement- José Luis Zapatero doit s'appuyer au gré des sujets sur Izquierda unita (IU), l'union communiste-écologiste et les petits partis nationalistes, notamment catalans. La droite est représentée par le Parti populaire (PP).

 
QUELLES SONT LES FORCES EN PRESENCE ?
Les deux grands partis, le PSOE et le Parti populaire, ont tenté de présidentialiser le scrutin entre les deux leaders. Ils ont monopolisé l'attraction médiatique, réduisant les autres formations à la portion congrue. A gauche, on trouve, outre le Parti socialiste, Izquierda Unita.
 
Quatre partis nationalistes sont également en lice :
- deux Catalans : Convergence et Union (CiU), plutôt à droite et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC).
- un Basque , le parti nationaliste basque (PNV)
- un des îles Canaries, Coalicion Canaria.

 
QUELLES SONT LES PERSONNALITES DES DEUX PRINCIPAUX LEADERS ?

José Luis Zapatero, le sortant, 47 ans.
Arrivé au pouvoir après les attentats de Madrid, il a fait mentir ses détracteurs qui le qualifiaient de peu charismatique et qui affirmaient que son accession au pouvoir n'était dûe qu'au hasard.  Cet ancien avocat, marié à une chanteuse lyrique, s'est imposé en réformateur hardi (notamment sur la laïcité et les questions de société, comme la légalisation du mariage homosexuel et des violences faites aux femmes) et en chef de file d'un socialisme orthodoxe européen en berne. Il a pris des risques pendant son mandat, en tentant, sans succès, de dialoguer avec ETA. Quoi qu'il arrive, il aura déjà légué un qualificatif : le "zapatérisme".
 
Mariano Rajoy, le challenger, 52 ans.
Il y a quatre ans, il était donné grand favori face à José Luis Zapatero. Mais il avait été emporté par la gestion catastrophique des attentats de Madrid par le Premier ministre de l'époque, José Maria Aznar. Pendant quatre ans, il s'est vivement opposé  à son adversaire, utilisant parfois des mots très durs à son encontre. Afin de ne pas faire fuir l'électorat centriste, il a tenté de modéré son image pendant la campagne. Ces législatives sont sa dernière chance de rester dans l'arène politique. Il ne devrait pas survivre politiquement à une nouvelle défaite.

 
QUELLES ONT ETE LES THEMES PRINCIPAUX DE LA CAMPAGNE ?
 
Economie
José Luis Zapatero a longtemps mis en avant son bon bilan et la forte croissance continue depuis son accession au pouvoir (3,7% en 2007), qui a permis au chômage de régresser et à l'Etat de dégager des excédents. Mais ce sujet lui est revenu comme un boomerang avec le ralentissement de la croissance depuis le début de l'année, qui a vu le chômage remonter. L'Espagne est à la fois victime de la conjoncture internationale mais aussi d'une trop grande dépendance au secteur du BTP, lui-même touché par la crise du crédit. La situation est résumée en un mot selon le camp : "turbulences" pour Zapatero, "crise" pour Rajoy.
 
Les deux hommes ont en tout cas multiplié les promesses. Après que Zapatero a parlé de baisser les impôts pour les plus modestes, Rajoy a tout simplement promis de les supprimer ! Selon les analystes, les programmes sont néanmoins quasi-identiques.
 
Immigration
Tirée par la forte croissance et le boom du BTP, elle a doublé en trois ans. L'Espagne compte aujourd'hui près de 4,5 millions d'immigrés, soit environ 10% de sa population. Ces immigrés utilisent désormais leur droit au regroupement familial. Dénonçant une "immigration incontrôlée", utilisant l'argument des enclaves de Ceuta et Melilla, au Maroc, et des débarquements aux îles Canaries, Mariano Rajoy veut limiter les nouvelles arrivées en proposant un "contrat d'intégration pour respecter les coutûmes espagnoles". Réplique de Zapatero : les immigrés, principalement employés dans le BTP, ont contribué à la croissance sous son mandat (cliquez ici pour voir notre vidéo sur le sujet).
 
Le nationalisme
C'est là que le bât blesse pour Zapatero. Il avait fait du dialogue avec ETA un argument fort de son mandat. Résultat : le front uni droite-gauche contre l'organisation séparatiste basque a explosé, les négociations ont capoté fin 2006 et les attentats ont repris. Même si ETA est affaiblie, une frange jusqu'au boutiste persiste. Elle l'a prouvé de manière sanglante vendredi en assassinant un ancien conseiller municipal socialiste du Pays basque. La campagne officielle, qui devait se terminer à minuit, avait été clôturée quelques heures plus tôt par le Parti socialiste et le Parti populaire, de nouveau unis pour l'occasion (cliquez ici pour lire notre article).
 
Autre écueil : le statut d'autonomie des régions et notamment celui de la Catalogne, qui a enflammé les débats, même à gauche. La nouvelle loi a donné beaucoup de pouvoirs à la région par rapport à Madrid. Trop, selon Rajoy, qui accuse Zapatero de vouloir démembrer l'Espagne.

 
QUEL A ETE LE ROLE DE L'EGLISE DANS LA CAMPAGNE ?
Pendant quatre ans, l'épiscopat espagnol a vivement protesté contre les réformes de société de Zapatero  : mariage gay, adoption par les couples homosexuels, divorce plus facile, recherches sur les cellules souches, fin du catéchisme obligatoire à l'école, loi de réconciliation nationale pour réhabiliter les victimes du franquisme... Sur tous ces sujets, elle s'est retrouvée sur la même ligne que l'aile conservatrice du Parti populaire.
 
La conférence épiscopale milite ouvertement pour la défaite du Parti socialiste.  Son président, élu mardi, Mgr Antonio Rouco-Valera est même surnommé "le véritable opposant à Zapatero" (cliquez ici pour voir notre vidéo sur le sujet).

 
QUI PART FAVORI ?
Les sondages sont interdits depuis lundi. Les derniers donnaient une avance de quatre points à Zapatero face à Rajoy (environ 43% contre 39%). Depuis, le Premier ministre sortant a gagné son débat télévisé face à son adversaire. Malgré tout, en cas de victoire, il est fort peu probable que le PSOE, même alliée à Izquierda Unita, obtienne la majorité absolue. Quel que soit le vainqueur, il lui faudra donc négocier avec les nationalistes catalans pour gouverner.

Par Fabrice Aubert le 09 mars 2008 à 05:25
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