Berlusconi, l'éternel retour

Par , le 14 avril 2008 à 19h12 , mis à jour le 17 avril 2008 à 14h40

Vainqueur des législatives, "Il Cavaliere", à 71 ans, va diriger l'Italie pour la 3e fois. Une étape de plus dans une carrière au succès décriée.

silvio berlusconi meeting avril 08Silvio Berlusconi, en meeting le 11 avril 2008 © TF1/LCI

Décidément, l'Histoire se répète en Italie. Au gré des élections, l'amour et le désamour des électeurs pour Silvio Berlusconi se suivent et ne se ressemblent pas. 2008 marque ainsi le troisième mariage entre les Italiens et "Il Cavaliere", vainqueur des législatives anticipées qui se déroulaient dimanche et lundi. A 71 ans, il va donc retrouver le poste de Premier ministre, quatorze ans après sa première victoire.

A l'époque, au milieu des années 90, son entrée en politique -la "descente" en Italien- est fracassante. Silvio Berlusconi est alors un industriel renommé grâce à son consortium multi-médias Fininvest. Il possède notamment plusieurs chaînes de télévision dont l'audience est généralement inversement proportionnelle à la qualité des programmes -c'est d'ailleurs par l'intermédiaire de la télévision que le public français a découvert Silvio Berlusconi, quand il fut l'un des actionnaires principaux de La Cinq quelques années plus tôt. Son engagement dans le football avec le rachat du Milan AC en 1986, qui lui offrira rapidement plusieurs coupes d'Europe, contribueront également à sa réputation en Europe. 

Première expérience écourtée

Fin 1993, à l'approche des élections, il saute le pas et crée de toutes pièces un nouveau parti politique, clairement ancré à droite. "Forza Italia" est conçu comme une machine de guerre pour lui permettre de s'installer au Palais Chigi, la résidence du Premier ministre italien. Son mot d'ordre est simple : il faut en finir avec la gauche. Sa cible favorite : les communistes, accusés de tous les maux. Alors que l'Italie est en pleine opération "mains propres", ses adversaires affirment déjà que son engagement vise surtout à protéger ses intérêts plutôt que ceux des Italiens. Des critiques qui sont balayées par les électeurs qui lui offrent, à 58 ans, la victoire.

Cette première expérience tourne vite au cauchemar : les ennuis judiciaires se multiplient pour ses multiples sociétés -lui-même est nommé personnellement dans plusieurs dossiers-, sa politique populiste semble plus basée sur les dérapages verbaux plus ou moins contrôlés et il doit composer avec un allié bien embarrassant, en l'occurrence la Ligue du Nord aux relents racistes. Au printemps 1996, deux ans après son arrivée de pouvoir, c'est d'ailleurs la rupture avec la Ligue du Nord qui le contraint à démissionner. Et aux élections anticipées, son faible bilan économique est sanctionné par les Italiens : il est renvoyé dans l'opposition. 

Retour en force

Les observateurs croient alors à la fin de l'expérience du "Berlusconisme". Mais lui est bien décidé à revenir au pouvoir. Le temps de profiter des erreurs politiques de la gauche et d'aiguiser son sens extraordinaire du marketing politique, il atteint son but à la fin de la législature, en 2001. Cinq ans après son retour aux vestiaires, le revoilà donc au centre du terrain, sans avoir changé un iota ou presque ni sa manière d'être ni son programme.

Il continue à parader avec ses amis de la jet-set ou à surveiller les sondages d'opinion sur sa manière d'être. Pendant ce temps, les ennuis judiciaires continuent à se multiplier. S'il n'est jamais atteint au final, beaucoup de ses proches "tombent" les uns après les autres. Plusieurs fois, sa coalition, baptisée "Maison des libertés", est proche de la rupture. Mais il tient bon et réussit un exploit unique en son genre : il est le seul Premier ministre de la législature ! 

Violence verbale

En 2006, avec un bilan encore mitigé terni par son soutien sans faille à la politique américaine et à la guerre en Irak, il vise un nouveau mandat. En face de lui, la gauche présente à nouveau le peu charismatique Romano Prodi, à la tête d'une alliance hétéroclite allant de l'extrême gauche au centre. 

Alors que les sondages donnent plutôt l'avantage à la gauche, la campagne est d'une violence verbale inouïe. Berlusconi insulte les juges, accusés selon lui d'être acquis à la gauche -le parquet de Milan demande son renvoi en procès un mois avant le scrutin-, traite les électeurs de gauche de "couillons" ou incite ses compatriotes à lire "le petit livre noir du communisme" pour qu'ils puissent découvrir que "dans la Chine de Mao, ils ne mangeaient pas les enfants, mais ils les faisaient bouillir pour servir d'engrais dans les champs". Au final, preuve qu'une partie de la population apprécie son style et qu'il bénéficie d'une forte base électorale, il échoue de justesse. Il perd notamment le contrôle au Sénat alors qu'il a obtenu plus de voix. Il est là victime de la nouvelle loi électorale, qu'il a fait voter pour espérer limiter l'ampleur de la victoire attendue de la gauche.

Changement de style

A 69 ans, va-t-il alors se retirer de la vie publique ? Pas question. Toujours sous le feu de la justice -il évite de peu un procès à l'automne 2006-, il espère que la faiblesse de la coalition au pouvoir conduira à des élections anticipées. Il attendra deux ans. Début 2008, alors que les sondages donnent son nouveau parti "Le peuple de la Liberté" gagnant, il applaudit des deux mains la démission de Prodi. A 71 ans, grand favori des législatives, Berlusconi change enfin son style. 

"Sua Emittenza", comme il est aussi surnommé, a compris qu'il fallait éviter de parler en public comme en privé. Sachant que la gauche s'est discréditée elle-même, il limite ainsi les dérapages verbaux, même s'il se laisse aller à quelques diatribes contre les juges en fin de campagne. Il ne fait pas non plus de promesses exorbitantes. Face à une croissance économique nulle et à l'inflation, il livre peu ou prou le même programme que son adversaire, Walter Veltroni, et admet qu'il devra prendre des mesures "impopulaires" ! Evidemment, cela ressemble  surtout d'une stratégie électorale plus qu'un changement de nature. Mais peu importe : cela fonctionne. Les Italiens viennent donc de se donner une troisième fois à ce formidable séducteur et animal politique.

Par Fabrice Aubert le 14 avril 2008 à 19:12
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience