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Par Fabrice AUBERT, le 12 avril 2008 à 05h45, mis à jour le 12 avril 2008 à 19:48
A 71 ans, le leader de la droite, élu et battu deux fois depuis 1994, part favori des législatives anticipées qui se déroulent dimanche et lundi.
Silvio Berlusconi, en meeting le 11 avril 2008 © TF1/LCILe gouvernement de gauche, issue des élections d'avril 2006, était très bancal. Romano Prodi, le Premier ministre, devait gérer une coalition hétéroclite de 13 partis, s'étalant de l'extrême-gauche jusqu'au centre (de Arlette Laguiller à François Bayrou en France !). Cette coalition a fini par éclater en janvier après la défection d'un petit parti centriste dont le leader s'est opposé à Romano Prodi après des accusations de corruption.
Les électeurs sont appelés à renouveler entièrement -pour cinq ans- les deux chambres du Parlement, la Chambre des députés et le Sénat. Contrairement à la Constitution française où l'Assemblée nationale a toujours le dernier mot, ces deux chambres ont exactement le même poids et le même pouvoir. Il faut donc obtenir la majorité dans les deux pour faire passer des lois et gouverner. La Chambre des députés comptent 630 membres, le Sénat 322 (dont sept sénateurs à vie).
Les opérations de vote se dérouleront dimanche et lundi jusqu'à 15h. Les premières estimations seront données dans la foulée
A noter que ce scrutin national est également doublé de régionales et de municipales partielles.
La loi électorale est très complexe. Elle a été votée en 2005 par la majorité de droite. Elle est basée sur la représentation proportionnelle. Pour obtenir des mandats, elle fixe un seuil de 2% des voix pour les partis associés à une coalition et de 4% pour ceux allant seuls aux urnes. Au Sénat, ces seuils sont doublés.
A la Chambre des députés, une prime est attribué au gagnant qui se voit automatiquement attribué la majorité des sièges. En revanche, au Sénat, cette prime est attribuée au niveau régional. Il est donc quasi-impossible d'y obtenir une majorité claire.
En adoptant ce système, Silvio Berlusconi, alors au pouvoir, espérait limiter la victoire annoncée de la gauche en 2006. Finalement, les nouvelles dispositions, qu'il a lui-même qualifiées de "cochonneries", se sont retournées contre lui puisqu'il n'avait pas eu la majorité au Sénat alors qu'il avait obtenu plus de voix au niveau national.
Se basant sur une ligne similaire à celle de Tony Blair avec le New Labour britannique au milieu des années 90, Walter Veltroni, le nouveau leader de la gauche, a de fait révolutionné le paysage politique italien. Après avoir pris la tête du Parti démocrate, issu de la fusion des Démocrates de gauche (socialistes) et de la Marguerite (sociaux-démocrates), il a rompu le vieux système d'alliances qui a tant desservi Romano Prodi. Il s'est notamment passé du soutien des communistes et des Verts et ne s'est associé qu'à deux petites formations, dont celle de l'ancien juge anti-mafia Antonio Di Pietro.
Pour ne pas lui laisser le flambeau du renouveau, Silvio Berlusconi a lui aussi tenté la même opération. Son parti a ainsi fusionné avec les post-fascistes d'Alliance nationale pour donner le "Peuple de la Liberté". Même si elle reste son alliée, il n'a cependant pas convaincu la Ligue du Nord. En revanche, l'UDC (le centre-droit) a rompu avec lui.
Conséquence : "il ne devrait y avoir que cinq partis représentés au Parlement : le Parti démocrate et la coalition "arc-en-ciel" (ndlr : les communistes de Refondation et les Verts) à gauche ; le Peuple de la Liberté, la Ligue du Nord et l'UDC à droite", explique à LCI.fr Fabio Liberti, politologue italien et chercheur à l'Institut français des relations internationales (cliquez ici pour lire son interview).
Difficile de faire plus opposés que Walter Veltroni (cliquez ici pour lire son portrait), studieux leader du centre-gauche qui aime se comparer à Barack Obama (il a même repris le slogan "Oui, nous pouvons"), et Silvio Berlusconi, l'extravagant milliardaire, fervent soutien de George W. Bush. A 52 ans, le premier, ancien communiste reconverti, mène sa première campagne nationale. A 71 ans, le second, anti-communiste de toujours, se lance pour la cinquième fois à l'assaut des urnes -il s'est imposé en 1994 et 2001 avant d'être battu lors des élections suivantes en 1996 et 2006. Walter Veltroni reste aussi très discret sur sa vie privée, alors que Berlusconi expose à l'envie son argent, son appartenance à la jet-set, son physique relifté et ses talents de séducteur.
Contrairement à ses habitudes, Silvio Berlusconi a cependant limité les dérapages verbaux dont il était un spécialiste. "C'est une stratégie électorale. Une seule chose peut le faire perdre : la défection du centre-droit de l'UDC. Afin de récupérer ses électeurs, il lui faut jouer la modération. Ce sont en effet ces personnes qui sont le plus ulcérées par ses dérapages verbaux et ses boutades", estime Fabio Liberti.
Veltroni et Berlusconi ont en revanche un point commun : le sens de la communication qui a tant manqué au gouvernement de Romano Prodi. Veltroni a ainsi introduit la notion de marketing politique à gauche.
Elle a en fait été très atone. Etant donné la situation économique difficile (croissance zéro et inflation), Veltroni et Berlusconi présentent peu ou prou le même programme de relance du pouvoir d'achat, ce qui laisse peu de places au débat d'idées. Rompant avec les promesses exorbitantes dont il était un spécialiste, Silvio Berlusconi a même prévenu qu'il lui faudra prendre des décisions difficiles (hausse des impôts et rigueur) s'il était élu.
Outre la crise des ordures à Naples et la lutte contre la criminalité, le sujet le plus polémique a concerné l'avenir d'Alitalia. Veltroni a soutenu un rachat par Air France. Rachat refusé par Berlusconi, qui souhaite un plan d'intervention de l'Etat. La politique étrangère a été absente de la campagne.
Les sondages sont interdits de publication en Italie quinze jours avant le scrutin. Les dernières enquêtes qui remontent à fin mars, donnaient une avance oscillant entre cinq et neuf points à Silvio Berlusconi. Reste à savoir s'il réussira à obtenir une majorité claire et nette au Sénat. Même s'il prédit officiellement une "surprise", Walter Veltroni entend surtout limiter la défaite. L'hypothèse d'une coalition droite-gauche reste un scénario plausible
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