Berlusconi donnant le coup d'envoi de sa campagne électorale (9 février 2008) © TF1/LCI
Fabio Liberti, politologue italien, est chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques.
LCI.fr : La campagne électorale a peu passionné les Italiens. Pourquoi ?
Fabio Liberti : Tout d'abord, en raison d'une fatigue de l'opinion publique. Les dernières élections ont eu lieu il y a seulement deux ans, presque jour pour jour. Ensuite, les différends entre les partis de la coalition menée par Romano Prodi ont donné une cacophonie malsaine et terni l'image de la classe politique.
LCI.fr : Quelle est cette révolution ?
F.B. : Pour la comprendre, il faut se remettre dans le contexte de la loi électorale. Votée en 2005, elle permet à des partis intégrant une coalition d'obtenir des sièges avec seulement 2% des voix à la Chambre des députés et 4% au Sénat. Hors coalition, il faut dépasser respectivement 4 et 8%.
Afin de ne pas souffrir de l'hétérogénéité de la coalition précédente dirigée par Romano Prodi (ndlr : 13 partis allant de l'extrême-gauche au centre), le nouveau leader de la gauche, Walter Veltroni, a rompu avec la stratégie des alliances. Son Parti démocrate, issu de la fusion des Démocrates de gauche (ndlr : anciens communistes) et de la Marguerite (ndlr : les sociaux-démocrates), s'est présenté seul, en se passant de l'appui des petits partis, qui ne seront donc pas représentés, et de la coalition dite "arc-en-ciel", composée des Verts et des communistes. Veltroni a ainsi fait preuve d'un réel courage politique. Sans allié, il savait que ce serait quasi-impossible d'obtenir la majorité.
Pour ne pas laisser Veltroni brandir le flambeau du renouveau, Silvio Berlusconi a lui aussi tenté la même opération. Son parti a ainsi fusionné avec les post-fascistes d'Alliance nationale pour donner le "Peuple de la Liberté". Même si elle reste son alliée, il n'a cependant pas convaincu la Ligue du Nord. En revanche, l'UDC (le centre-droit) a rompu avec lui.
Grâce à Veltroni, on a donc assisté à une énorme simplification du paysage politique. Il ne devrait y avoir que cinq partis représentés au Parlement : le Parti démocrate et la coalition "arc-en-ciel" à gauche ; le Peuple de la Liberté, la Ligue du Nord et l'UDC à droite.
LCI.fr : Vainqueur deux fois en 1994 et 2001, battu deux fois en 1996 et 2001, Berlusconi est bien parti pour une 3e victoire selon les sondages. Comment expliquer cet éternel retour et cette fascination des Italiens ?
| "Berlusconi doit jouer la modération pour gagner" |
| Fabio Liberti, politologue italien |
F.B. : Tout d'abord, Berlusconi, personnage intelligent, est un vrai leader. Très bon communicant, il a joué un rôle politique majeur en Italie depuis une quinzaine d'années. Il dispose donc d'un socle important de supporters et d'électeurs.
Ensuite, il faut se souvenir qu'en 2006, il avait obtenu plus de voix que Prodi. Il s'était retrouvé battu en raison des particularités de la loi électorale qu'il avait lui-même installée pour faire barrage à la gauche. Enfin, outre son propre mérite, il profite aussi du "démérite" du centre-gauche, dont les mesures de rigueur se sont révélées impopulaires et qui s'est discrédité lui-même en raison des tiraillements de sa coalition.
En fait, Berlusconi a déjà gagné car contrairement aux autres campagnes, il n'a pas été diabolisé par ses adversaires et est considéré comme un interlocuteur fiable pour les réformes futures. Veltroni n'a pas non plus utilisé l'argument de la domination sur les médias -il est vrai qu'entre 1996 et 2001 puis 2006-2008, la gauche aurait pu lancer des lois pour limiter les conflits d'intérêts. Comme elle ne l'a pas fait, elle n'est plus crédible sur le sujet. Malgré tout, le bilan économique de Berlusconi comme Premier ministre est mauvais. Et on a toujours l'impression qu'il agit pour protéger ses propres intérêts. Son but reste notamment la mise en place d'une nouvelle Constitution qui lui permettrait d'être élu président de la République et donc d'obtenir l'immunité.
LCI.fr : Contrairement à son habitude, il n'avait fait ni déclaration outrancière ni promesse exorbitante avant la dernière semaine.
F.B. : J'avoue que j'ai été très surpris par cette nouvelle attitude et ce changement de ton. Il a même annoncé qu'il devrait prendre des mesures impopulaires pour assainir les comptes publics. On peut aussi y voir une stratégie électorale. Une seule chose peut lui faire perdre ses élections : la défection du centre-droit de l'UDC. Berlusconi est ainsi amputé d'entre 4 à 8% de son socle électoral. Afin de récupérer les voix des électeurs de l'UDC, il lui faut jouer la modération. Ce sont en effet ces personnes qui sont le plus ulcérées par ses dérapages verbaux et ses boutades.
LCI.fr : Berlusconi, chantre du libéralisme, veut intervenir pour sauver Alitalia, qui a été l'un des principaux points de la campagne avec le pouvoir d'achat et la crise des ordures. N'y a-t-il pas là une contradiction que la gauche pourrait exploiter ?
F.B. : Il a essayé de profiter du sujet pour ses besoins électoraux. En fait, le libéralisme de
| "Un gouvernement Berlusconi-Veltroni est plausible" |
| Fabio Liberti, politologue italien |
LCI.fr : Quel que soit le vainqueur, il aura du mal à gouverner en raison du système électoral. "Veltrusconi" titrait récemment Newsweek en envisageant une grande coalition à l'allemande. Plausible ou fantasme médiatique ?
F.B. : C'est tout à fait plausible. Veltroni l'a d'ailleurs envisagé il y a plusieurs mois en proposant qu'un gouvernement de coalition établisse une nouvelle loi électorale plus juste avant de convoquer de nouvelles élections. A priori, la victoire de Berlusconi est acquise. Mais il aura les mêmes difficultés que Prodi. Veltroni pourrait alors être le numéro deux de son équipe le temps d'une trêve dont le pays a bien besoin en raison de l'inflation et de la croissance zéro. C'est bien pour ça que les deux hommes ont évité les attaques personnelles.
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