© AFP/A. Solaro"Je ne suis pas de gauche". Pour un ancien communiste, qui représente désormais la gauche italienne et entend la mener à la victoire, l'aveu a de quoi surprendre. Walter Veltroni l'a pourtant fait dans un entretien au quotidien espagnol El Pais, dans son numéro consacré aux législatives italiennes qui se déroulent dimanche et lundi.
Pour le leader du Parti démocrate, la stratégie est claire : à l'instar d'un Tony Blair au Royaume-Uni au milieu des années 1990 avec le New Labour, il veut incarner la conversion au pragmatisme, notamment économique, de la gauche italienne. Objectif : mieux combattre une droite toujours sous l'emprise de la personnalité fantasque de Silvio Berlusconi, prompt à brandir à la première occasion le spectre communiste. La différence d'âge aidant -il a 52 ans contre 71 à son adversaire-, Walter Veltroni se présente donc comme le représentant du changement face au vieillissant "Cavaliere".
"Si, puo fare"
Et quand on sait que Walter Veltroni revendique sa fascination pour les Etats-Unis, il n'y a rien de vraiment surprenant à le voir reprendre littéralement le slogan de Barack Obama. Dans la langue de Dante, "Yes, we can" ("Oui, nous pouvons") est donc devenu "Si, puo fare". Cela lui vaut désormais d'être surnommé "l'Obama italien". "Ce qualificatif provient autant de lui que de la presse. Déjà en 1996, numéro deux du gouvernement Prodi, il était comparé aux démocrates américains et revendiquait l'héritage de Kennedy", explique à LCI.fr. Fabio Liberti, politologue italien et chercheur à l'Iris.
S'il n'a que 52 ans, Walter Veltroni est en effet déjà un vieux routier de la politique transalpine. Ancien journaliste à L'Unità, le quotidien de l'ex-parti communiste, il a été élu député, sous la bannière communiste, pour la première fois en 1987 et réélu en 1992. Il a également occupé le poste de ministre de la Culture et de vice-premier ministre du premier gouvernement de Romano Prodi de 1996 à 1998, avant de siéger au Parlement européen en 1999. A partir de 2001, il a ensuite dirigé la mairie de Rome. Auréolé d'un bilan jugé positif et d'une réélection triomphale, il s'en est servi comme tremplin national pour remporter à l'automne dernier les primaires pour diriger le nouveau Parti démocrate, né de la fusion des Démocrates de gauche (socialistes) et du parti de la Marguerite (démocrates-chrétiens de gauche).
"Il a révolutionné la politique italienne"
Sa première décision de leader du principal parti de gauche a pu surprendre : lui, l'ancien communiste, a mis au placard les habituelles alliances avec les communistes de Refondation et les Verts. Pas question non plus de s'encombrer des centristes pour créer une coalition à la sauce Prodi, qui pendant deux ans a dû gouverner entre des partenaires qui seraient étalés, en France, de Arlette Laguiller à François Bayrou !
En dehors de deux petites formations, dont celle de l'ancien juge anti-mafia Di Pietro, le Parti démocrate à la sauce Veltroni ira donc seul au combat face à Silvio Berlusconi. "Il a fait preuve d'un réel courage politique. Alors que certains pensaient que cette insulte aux autres partis de gauche était suicidaire, il a réussi à être crédible en quelques mois seulement", souligne Fabio Liberti. "Surtout, sa décision est à l'origine d'une révolution. Elle a énormément simplifié le paysage politique italien. Cela sera bénéfique au pays sur le long terme", ajoute-t-il.
Ecrivain
Malheureusement pour Walter Veltroni, ces élections interviennent sûrement un peu tôt pour que sa stratégie de métamorphose de la gauche porte pleinement ses fruits. Il n'a pas eu vraiment le temps d'imposer son programme, assez classique en ces temps difficiles pour l'économie. Mais sa jeunesse est son meilleur atout pour repartir au combat lors des prochaines élections, prévues dans cinq ans au plus tard.
A moins qu'il ne décide de mettre en pratique ses propres dires. "Je ne pense pas faire le métier de la politique toute ma vie. J'ai envie d'une autre expérience", avançait-il il y a deux ans. Déjà auteur de deux romans, il n'excluait alors pas de consacrer plus de temps à la littérature. Ou bien de réaliser son autre rêve : se lancer dans le bénévolat pour des projets de développement en Afrique.
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