
Un accusé clamant son innocence face à des éléments scientifiques accablants : le procès d'Abdallah Aït Oud, soupçonné d'avoir violé et tué deux fillettes à Liège en 2006, s'est ouvert ce matin. L'affaire avait fait grand bruit et réveillé en Belgique le douloureux souvenir de l'affaire Dutroux. Le procès débute par la constitution du jury et l'audition du juge d'instruction. Une centaine de témoins devraient ensuite comparaître jusqu'au 5 juin, le verdict étant attendu pour le 11 juin.
L'affaire avait éclaté le 9 juin 2006. Deux petites filles, Stacy Lemmens, 7 ans, et Nathalie Mahy, 10 ans, disparaissaient à la fin d'une braderie organisée dans le quartier Saint-Léonard, un quartier populaire de la cité mosane. Toute la soirée, elles avaient joué autour d'un podium à quelques mètres d'un café, les Armuriers, où le père de Nathalie et la mère de Stacy passaient la soirée. Mais lorsque la famille se décide à rentrer, vers une heure du matin, Stacy et Nathalie manquent à l'appel. Dix ans plus tôt, la disparition de deux autres petites Liégeoises enlevées par Marc Dutroux, n'avait pas été immédiatement prise au sérieux. Cette fois, les autorités réagissent au quart de tour. Durant près de trois semaines, les battues se multiplient, tandis que des milliers de portraits des fillettes fleurissent dans le pays. Mais le 28 juin, l'espoir s'éteint lorsque la protection civile découvre les corps de Stacy et Nathalie dans une canalisation bordant une voie de chemin de fer située aux abords du quartier Saint-Léonard.
"Eléments particulièrement accablants"
Les experts établiront que les deux enfants ont été étranglées, et que Nathalie a sans l'ombre d'un doute été violée, au plus tard deux jours après leur disparition. Dans les premières heures de l'enquête, la police avait identifié plusieurs auteurs de faits de moeurs habitant le quartier. Parmi eux, un seul, au profil inquiétant, restait introuvable. Ce suspect, un Marocain né en Belgique en 1967, avait déjà été condamné pour divers vols avec violence, mais surtout pour avoir abusé durant des années une très jeune nièce. En 2001, il a aussi enlevé et violé une adolescente de 14 ans, ce qui lui avait valu d'être interné durant 3 ans. Remis en liberté en décembre 2005, il s'installe dans le quartier Saint-Léonard, où il vit de l'aide sociale et de petits trafics, et fréquente une serveuse des Armuriers. Il y est vu devant le bistrot le soir de la braderie, puis il disparaît, alors qu'il se sait recherché. Reconnu dans un café de Liège trois jours plus tard, bien qu'il se soit rasé le crâne, il se rend à la police. Inculpé, il est depuis en détention préventive, bien qu'il n'ait cessé de clamer son innocence.
Faute d'aveux et de témoins directs, l'accusation a construit son dossier sur des analyses scientifiques. En premier lieu, les experts ont relevé que des "éléments d'origine végétale" (épines, graines, pollens) retrouvés sur les vêtements du suspect correspondent à la végétation des abords de la ligne de chemin de fer où les deux fillettes ont été retrouvées. De plus, l'analyse de 3.700 fibres textile "ne laisse plus de doute sur l'hypothèse de contacts intenses entre les vêtements de Stacy et Nathalie avec ceux que portaient Abdallah Aït Oud la nuit des faits", y compris ses sous-vêtements, indique un rapport d'enquête officiel. Il s'agit d'"éléments particulièrement accablants", avait relevé en 2006 le procureur de Liège.
D'après agence
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