Fin du "maxi-procès" contre la Camorra

le 19 juin 2008 à 14h18 , mis à jour le 19 juin 2008 à 14h24

La cour d'assises d'appel de Naples a confirmé 16 peines de perpétuité contre des membres de la famille Casalesi. Un procès ponctué d'épisodes violents.

[Expiré] [Expiré] mafia camorra naples © AFP/C.Hermann

Le procès "Spartacus" était le plus important par le nombre d'accusés et la gravité des peines encourues, depuis le "maxi-procès" contre la mafia ouvert en 1986 à Palerme et instruit par les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Il s'est achevé ce jeudi : la cour d'assises d'appel de Naples a confirmé 16 peines de réclusion à perpétuité contre des membres de la famille Casalesi, le clan le plus puissant de la Camorra napolitaine. Ils étaient poursuivis pour une série d'homicides notamment contre le chef présumé Francesco "Sandokan" Schiavone, 55 ans, emprisonné depuis 1998 dans une prison de haute sécurité, et trois autres chefs, Francesco Bidognetti, Michele Zagaria et Antonio Iovine, ces deux derniers en fuite.

Seuls deux accusés, enfermés dans des "cages" au fond de la salle où de très nombreux représentants des forces de l'ordre étaient présents, ont assisté à la lecture du verdict en appel. Les autres accusés avaient la possibilité de suivre depuis leur cellule par vidéo-conférence. Le journaliste-écrivain Roberto Saviano, auteur de Gomorra dans lequel il dévoile notamment les rouages du clan des Casalesi, un livre qui lui a valu des menaces de mort et une escorte policière depuis 2006, était également présent "pour montrer (qu'il n'avait) pas peur", a-t-il dit. Il s'est félicité de ce verdict considéré comme "une victoire de la justice" et a invité à ne "pas baisser la garde" dans la lutte contre la Camorra.

Portrait d'un clan mafieux

Dans son livre-document, Roberto Saviano décrit les Casalesi comme "une confédération rassemblant toutes les familles camorristes de la province de Caserte", formée "de chefs d'entreprise violents, de managers assassins, de bâtisseurs et de propriétaires terriens, chacun disposant de sa propre bande armée et tous liés par des intérêts économiques dans la plupart des secteurs". Ce cartel criminel enraciné à Casal di Principe, dans la province de Caserte, a progressivement étendu son emprise sur tout un territoire au prix d'une guerre qui a fait 1000 morts en 30 ans.  Selon l'enquête de Roberto Saviano, le pouvoir et les activités du clan dépassent les frontières italiennes pour s'étendre jusqu'en Europe de l'Est et concernent aussi bien le trafic de drogue et d'armes, la prostitution, le racket, que le trafic de déchets toxiques, les travaux publics ou la grande distribution. 

Une influence que le clan n'est pas prêt à abandonner devant l'offensive de la justice : le procès "Spartacus" a été ponctué d'épisodes dramatiques. Cinq personnes dont un entrepreneur ayant accepté de collaborer avec la justice ont été assassinées, un juge et deux journalistes ont été menacés en pleine audience. Ces épisodes font partie d'une "stratégie de la terreur" qui pourrait se poursuivre après le procès afin de dissuader quiconque de se rebeller contre le pouvoir du clan, a estimé l'ancien sénateur et membre de la commission parlementaire antimafia Lorenzo Diana.

Plusieurs procès annexes à "Spartacus" sont encore en cours d'instruction, dont les enquêtes concernant les rapports du clan avec la politique et les entreprises légales. Le premier procès en 2005, qui s'était tenu dans une quasi-indifférence, s'était conclu par 95 condamnations à de lourdes peines de prison, dont 21 à perpétuité. Tous les condamnés n'ont pas fait appel, certains préférant négocier l'application de leur peine, une possibilité ouverte seulement en première instance.

D'après agence

le 19 juin 2008 à 14:18
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