Radovan Karadzic le 22 juillet 2008, après son arrestation © TF1/LCI
Jean-Arnault Derens est rédacteur en chef de la revue spécialisée en ligneLe Courrier des Balkans.
LCI.fr : L'arrestation de Radovan Karadzic intervient quelques jours après la prise de fonctions du nouveau gouvernement serbe formé des pro-européens et des héritiers de Milosevic. Simple hasard ou expression d'une réelle volonté politique ?
Jean-Arnault Derens : Cette arrestation est tout d'abord une surprise. Certes, le nouveau gouvernement avait redit qu'il tenait à coopérer avec le TPI et qu'il était décidé à aboutir à l'interpellation. Mais aucun signe particulier n'était intervenu ces derniers jours. Elle marque une réelle volonté politique. Le gouvernement est entré en fonctions le 7 juillet. Et surtout, encore plus significatif, le chef des services secrets est en place depuis 4 jours ! Ce n'est donc pas en quatre jours ni en deux semaines que Karadzic a été localisé. S'il a été arrêté lundi, c'est qu'il était donc suivi depuis plusieurs semaines. Mais la volonté politique n'était pas là.
LCI.fr : Cette arrestation aurait donc pu avoir lieu bien avant.
J.-A. D. : Bien sûr. Elle aurait notamment pu intervenir à la fin des années 90 quand on savait que Karadzic se trouvait en Bosnie-Herzégovine et que les forces de l'Otan étaient dans le secteur. Mais elles n'avaient pas pu ou voulu l'arrêter.
"La Serbie montre sa coopération avec le TPI"
LCI.fr : Pourquoi l'Otan n'aurait-elle pas voulu l'arrêter ?
J.-A. D. : On l'apprendra peut-être pendant le procès. Florence Hartmann, la porte-parole de Carla Del Ponte, l'ancienne procureure du TPI, affirme qu'il y avait un accord secret entre les Etats-Unis et Karadzic pour ne pas l'arrêter.
LCI.fr : Pourquoi un tel accord ?
J.-A. D. : Peut-être pour éviter des révélations sur l'attitude des troupes de l'Otan pendant la guerre de Bosnie.
LCI.fr : Avec cette arrestation, peut-on parler de pleine coopération des autorités serbes avec le TPI ?
J.-A. D. : Tout à fait. Cela implique que le processus d'intégration de la Serbie à l'UE est lancé. Il y avait deux obstacles : Karadzic et Mladic. La moitié du travail est fait. L'accord de stabilisation et d'association (ASA) a été signé le 29 avril. Mais son entrée en vigueur était suspendue à une coopération avec le TPI. Elle devrait donc l'être prochainement. Plus largement, le but de la Serbie est d'obtenir le statut officiel de candidat à l'UE avant la fin de la présidence française.
"Mladic et Karadzic partageaient en partie leurs réseaux"
LCI.fr : Les jours de cavale de Ratko Mladic sont-ils comptés à leur tour ?
J.-A. D. : Très difficile de répondre. Nous savons que les réseaux de Mladic et de Karadzic sont partiellement les mêmes. Mais ce qui est sûr, c'est que Mladic avait en fait beaucoup plus de poids et d'importance que Karadzic parmi les Serbes de Bosnie. Karadzic était une sorte de "crétin utile" pour servir de caution politique.
LCI.fr : Ont-ils pu avoir des contacts entre eux ?
J.-A. D. : Là aussi, difficile à dire. Si Karadzic parle, ce sera d'ailleurs très intéressant à savoir.
LCI.fr : La population serbe est-elle favorable à la coopération avec le TPI ?
J.-A. D. : Oui. Evidemment, elle reste un peu méfiante et sans enthousiasme à l'égard d'une institution qui a jugé peu de crimes commis contre les Serbes. Mais elle a compris que c'était le prix à payer pour tourner la page et intégrer l'Union européenne. La coopération fait donc l'objet désormais d'un consensus global. Les ultranationalistes qui ont manifesté à l'annonce de l'arrestation de Karadzic ne sont ainsi qu'une poignée. D'ailleurs, ils étaient à peine une centaine, ce qui est un échec puisque Karadzic est censé être un héros pour les Serbes.
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