Radovan Karadzic avant et après son arrestation © TF1/LCI
L'avocat de Radovan Karadzic, Me Svetozar Vujacic, a annoncé mardi qu'il déposerait un recours contre la décision du juge d'instruction d'autoriser le transfert de son client, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, au Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie à La Haye.
L'avocat, cité par l'agence Beta, a précisé qu'il déposerait son recours "le dernier jour du délai, vendredi", estimant que le transfert de Radovan Karadzic vers La Haye ne pourra intervenir "que vers la fin de la semaine prochaine". L'avocat a fait toutefois part de son pessimisme sur le résultat de ce recours. "Je pense que mon recours sera rejeté, mais je vais gêner leurs projets (du Procureur serbe pour les crimes de guerre) car ils projetaient de le transférer aujourd'hui ou demain", a-t-il dit.
Zones d'ombre sur l'arrestation
Radovan Karadzic, qui est inculpé de génocide par le TPI pour son rôle pendant la guerre de Bosnie (1992-1995), a été arrêté lundi soir à Novi Beograd, un quartier moderne de Belgrade, après plus de douze années de traque. Il se faisait passer pour un docteur spécialisé en médecine douce. Il portait des cheveux longs, une longue barbe blanche et des lunettes pour dissimuler son visage. Sur une photo présentée à la presse, Karadzic, particulièrement mince, paraît méconnaissable. Lors de son premier interrogatoire, il a qualifié la situation de "farce" et a refusé de parler, se contentant seulement de décliner son identité.
Des doutes subsistent sur les conditions de son arrestation. Selon une source proche du parquet pour les crimes de guerre, Radovan Karadzic a été arrêté en Serbie et n'aurait offert aucune résistance. Mais selon Svetozar Vujakic, il aurait été interpellé dès vendredi soir dans un bus en banlieue de Belgrade.
Liesse à Sarajevo
Né le 19 juin 1945 dans le village de Petnjica au Monténégro, Karadzic est considéré comme un monstre par les Croates et les musulmans de Bosnie, mais reste pour de nombreux Serbes un héros de la guerre qui a déchiré la Bosnie après la proclamation de son indépendance en 1992. Avec son ancien chef militaire Ratko Mladic, toujours en fuite, ils étaient notamment recherchés pour leur rôle dans le génocide de Srebrenica (dans l'est de la Bosnie) qui a coûté la vie à près de 8.000 hommes en juillet 1995. Karadzic est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo : 43 mois pendant lesquels 10.000 civils ont été tués.
Dès l'annonce de son arrestation, des manifestations de joie ont eu lieu à Sarajevo, tandis qu'une cinquantaine d'ultranationalistes se sont rassemblés - avant d'être dispersés par la police anti-émeutes - à Belgrade pour soutenir l'ancien chef politique des Serbes en Bosnie.
L'UE satisfaite, la Russie tempère
Le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana a déclaré espérer que le TPI reconnaîtrait que cet épisode témoigne de la "pleine coopération" de Belgrade, ce qui permettrait un rapprochement entre l'UE et la Serbie. "Nous devons parler au procureur du TPI mais je suis presque certain qu'il dira qu'il y a pleine coopération", a déclaré Javier Solana. Nicolas Sarkozy a de son côté exprimé sa "vive satisfaction" après cette arrestation.
La Russie, alliée traditionnelle de Belgrade, s'est quant à elle montrée moins enthousiaste. Le ministère des Affaires étrangères russe a estimé qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure" de la Serbie, et que la décision d'extrader Karadzic vers La Haye relevait des autorités serbes. Quant à Dmitri Rogozine, représentant de la Russie auprès de l'Otan, il a déclaré que les Occidentaux devraient être jugés pour les bombardements de 1999 en ex-Yougoslavie si Radovan Karadzic était déféré devant la justice internationale.
(D'après agence)
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