Karadzic gagne du temps devant le TPI

le 31 juillet 2008 à 16h30 , mis à jour le 31 juillet 2008 à 22h26

L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie va utiliser son droit pour demander un délai de 30 jours avant de plaider coupable ou non coupable.

Radovan Karadzic SerbiePremière apparition de Radovan Karadzic devant le TPI pour l'ex-Yougoslavie le jeudi 31 juillet 2008 © DR

C'est sans barbe et légèrement amaigri que Radovan Karadzic est apparu jeudi pour la première fois devant la justice internationale. L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, inculpé de génocide, a comparu en milieu d'après-midi devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie pendant près d'une heure. Quatre éléments sont à retenir : Karadzic assurera seul sa défense ; il a utilisé son droit à demander un délai de 30 jours pour plaider coupable ou non ; il a dénoncé des "irrégularités" lors de son arrestation ; enfin, il a évoqué un "accord" avec les Etats-Unis qui lui aurait permis d'échapper à la justice internationale, lors de la signature des accords de Dayton (1995) qui ont mis fin à la guerre de Bosnie. Un accord que l'ancien négociateur américain Richard Holbrooke a démenti jeudi soir, dans un entretien diffusé sur CNN.
 
Costume bleu foncé et chemise grise, les cheveux courts et plaqués en arrière, Karadzic s'est assis seul sur le banc des accusés. Interrogé par le juge néerlandais Alphons Orie sur l'absence de tout avocat autour de lui, il a indiqué : "J'ai un conseiller invisible. J'ai décidé d'assurer ma défense moi-même". Sur l'insistance du juge, soulignant qu'il avait pour cette première audience le droit à l'assistance d'un avocat commis d'office, il a ajouté : "J'ai renoncé à ce droit". Il a ensuite décliné son identité et son adresse à Belgrade.

Après s'être vu détailler ses onze chefs d'inculpation, Karadzic a refusé de plaider coupable ou non coupable, annonçant qu'il utiliserait son droit pour demander un délai de 30 jours avant de prendre cette décision, qu'il devrait annoncer lors de la prochaine comparution, le 29 août.

"Vous avez été mal informés"

Plus tôt dans la journée, son frère avait prévenu dans la presse que Radovan Karadzic affirmerait qu'il ne "reconnai[ssait] pas ce tribunal" et que "les juges ne ser[aient] pas contents de l'entendre". Finalement, Karadzic n'a pas remis en cause la légitimité du TPI. Il a simplement dénoncé des "irrégularités" formelles, notamment autour de son arrestation : "Vous avez été mal informés autour de la date de mon arrestation. Il y a de nombreuses irrégularités en ce qui concerne ma relation avec [le TPI] et ma présence ici. Il y a des irrégularités en ce qui concerne mon arrivée ici."

Enfin, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie a évoqué un "accord" conclu avec le négociateur américain Richard Holbrooke lors de la signature des accords de Dayton (1995). Richard Holbrooke, qui "parlait au nom des Etats-Unis d'Amérique", aurait promis qu'il ne livrerait pas Karadzic au TPI en échange de sa mise à l'écart de la vie publique et politique. Ceci expliquerait pourquoi Karadzic, inculpé en 1995, a réussi à échapper si longtemps à la justice internationale.
 
Arrêté le 21 juillet près de Belgrade après onze années de clandestinité, Radovan Karadzic avait été transféré mercredi aux Pays-Bas. Considéré comme le cerveau du "nettoyage ethnique" lancé, selon le procureur du TPI, contre les Musulmans et Croates durant la guerre de Bosnie, Karadzic devra répondre du massacre de 8 000 musulmans à Srebrenica en 1995, du siège de Sarajevo entre 1992 et 1995, et de la détention de milliers de civils dans des camps.

(D'après agence)

le 31 juillet 2008 à 16:30
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