Dmitri Medvedev © TF1-LCI 
Reportage : En Ossétie du Sud, des scènes insupportables
Les blindés russes, postés depuis vendredi à quelques dizaines de kilomètres de Tbilissi, vont-ils se retirer ? Rien n'est moins sûr. Certes au lendemain de la signature par le président géorgien de l'accord de cessez-le-feu en six points mis au point par l'entremise de la France au nom de l'UE, le président russe Dmitri Medvedev a, à son tour, signé le document faxé par la diplomatie américaine samedi matin.
Selon le plan, la Russie doit donc en principe entamer le retrait de ses troupes entrées en Géorgie quand Tbilissi a tenté le 7 août de reprendre par les armes le contrôle de l'Ossétie du Sud. Cependant un passage du document autorise la Russie à prendre des "mesures supplémentaires de sécurité" autour de l'Ossétie du Sud. Et c'est dans ce 'autour' que tout réside.
Un accord, mais sous quelles conditions ?
Selon le chef de la diplomatie russe, l'accord ne fixe pas de limites de temps ni de nombre pour le contingent de maintien de la paix russe qui restera "aussi longtemps qu'il le faudra" en Géorgie. Les forces russes se retireront "au fur et à mesure" de la mise en place du contingent de maintien de la paix prévu par l'accord, a précisé Sergueï Lavrov, affirmant que les ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense entameraient incessamment des consultations avec l'ONU et l'OSCE, en vue d'accroître le nombre des observateurs internationaux, y compris militaires, en Ossétie du Sud.
Des dires confirmés par Nicolas Sarkozy à son homologue géorgien Mikheïl Saakachvili dans un lettre : les forces russes de maintien de la paix pourront patrouiller à "quelques kilomètres" hors d'Ossétie du Sud en territoire géorgien. Cette lettre adressée à Saakachvili clarifie le 5e point du plan de paix négocié par le président français et qui prévoit des mesures de sécurité additionnelles sous contrôle russe, le temps d'organiser un "mécanisme international" de maintien de la paix. Ces "mesures additionnelles de sécurité ne pourront être mises en oeuvre que dans l'immédiate proximité de l'Ossétie du Sud" et les forces russes doivent se retirer des principales villes de Géorgie, a précisé samedi soir l'Elysée.
Les termes du contrat selon Sarkozy, l'inquiétude de Kouchner
Aucun "centre urbain significatif", dont la ville de Gori actuellement occupée par les troupes russes, ne doit y être inclus dans ces mesures de sécurité, souligne le président français. Sarkozy précise également que "des arrangements particuliers devront être définis pour garantir la liberté de mouvement et de circulation le long des axes routiers et ferroviaires de la Géorgie". Il souligne encore que ces mesures "prendront la forme de patrouilles effectuées par les seules forces de maintien de la paix russes aux niveaux autorisés par les arrangements existants" et que les autres forces russes devront se retirer " sur leurs positions antérieures au 7 août", date du début du conflit en Géorgie. Avant l'éclatement de la crise, une force de maintien de la paix russe était déployée dans le cadre d'un accord conclu en 1992 pour mettre un terme au conflit séparatiste entre l'Ossétie du Sud et le pouvoir central géorgien.
Mais c'est cette question de la présence de patrouilles de l'armée russe sur le territoire géorgien, à l'extérieur du territoire séparatiste d'Ossétie du Sud, qui contribue à maintenir la tension entre les parties impliquées dans le conflit. Si l'accord donne de "l'espoir" selon George Bush, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud doivent continuer à faire partie de la Géorgie, a réaffirmé le président américain. Quoi qu'il en soit, les mesures de sécurité sont prévues "dans l'attente d'un mécanisme international", qui requierent une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu. Aux Nations unies, où un projet de résolution est en cours d'élaboration, leur définition fait débat.
Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, estime d'ailleurs dans le JDD que "le cessez-le-feu est fragile" en Géorgie, et souhaite l'envoi "au plus vite" d'une force internationale de maintien de la paix, d'autant que le non-retrait des troupes russes "est très inquiétant". "L'essentiel, c'est le retrait des forces russes et il n'est pas encore amorcé malgré la signature des deux présidents" géorgien et russe, souligne le ministre. "Restons très prudents... Pourtant si les deux parties s'en tiennent à cet accord, ce sera une des guerres les plus courtes et l'un des cessez-le-feu le plus vite obtenu. Mais nous n'en sommes hélas pas là", poursuit-il.
Mystérieux mouvements de troupes
Sur le terrain d'ailleurs, des blindés et des chars russes bloquaient toujours l'entrée principale de Gori, à 60 km de la capitale géorgienne, un noeud stratégique entre l'est et l'ouest de la Géorgie non loin de la province séparatiste d'Ossétie du Sud, a constaté samedi matin, après la signature du plan de paix, un photographe de l'AFP. De nombreux mouvements de chars et de véhicules blindés d'infanterie, armés de canons de 30 mm, ont été observés par un journaliste de l'AFP près d'Igoïeti, à quelque 30 km de Tbilissi, sans que l'on puisse apprendre l'objectif de leurs déplacements. Ces forces avaient quitté la cité géorgienne de Gori (centre) vendredi, pénétrant davantage encore en territoire géorgien.
Des rebelles abkhazes, appuyés par les forces russes, ont pris le contrôle samedi de 13 villages géorgiens et d'une usine électrique proches du territoire séparatiste d'Abkhazie, a annoncé samedi soir le ministère géorgien des Affaires étrangères. Parallèlement, la rumeur se répandait que des milices sud-ossètes responsables de pillages plus au nord avanceraient elles aussi en Géorgie et séviraient quelques kilomètres plus au nord. Le président du Comité international de la Croix-Rouge va se rendra en Géorgie et en Russie pour évaluer l'impact humanitaire du conflit, a annoncé samedi le CICR.
Ce qui s'est passé |
Moscou a lancé jeudi dernier sa plus importante opération militaire en territoire étranger depuis la chute de l'Union soviétique en 1991 afin de riposter à la tentative géorgienne de reprendre le contrôle de sa province séparatiste d'Ossétie du Sud. La Russie affirme que ses actes sont pleinement justifiés par l'"agression" et le "génocide" menés la semaine dernière par Tbilissi en Ossétie du Sud, province séparatiste dont la plupart des habitants détiennent un passeport russe. On parle de dizaines voire de centaines de morts. Plus de 40.000 sud-ossètes,- soit la grande majorité de la population- auraient en outre fui, selon la Croix Rouge internationale. |
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