Mort de Soljenitsyne : une grande voix s'est tue

le 03 août 2008 à 23h16 , mis à jour le 04 août 2008 à 12h18

Dénonciateur du goulag, prix Nobel de littérature, l'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne est mort à 89 ans des suites d'une insuffisance cardiaque.

Alexandre SolenitsyneAlexandre Solenitsyne © TF1/LCI

L'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, 89 ans, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à son  domicile à Moscou. Il a succombé "à une insuffisance cardiaque  aigue", selon son fils Stepan. Soljenitsyne, qui avait révélé au monde la réalité du système concentrationnaire soviétique dans ses ouvrages Une journée d'Ivan Denissovitch, Le premier cercle et L'Archipel du Goulag, sera  inhumé mercredi au cimetière du monastère Donskoï de la capitale russe. Selon un  responsable du Patriarcat de Moscou cité par l'agence Interfax, l'écrivain "avait lui-même choisi ce lieu de son vivant". Auparavant, sa dépouille mortelle sera exposée mardi à l'Académie des Sciences à Moscou pour une cérémonie d'adieux.

Né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk, dans le Caucase, Soljenitsyne avait très tôt adhéré aux idéaux révolutionnaires du régime naissant et fait des études de  mathématiques. Avant l'arrestation pour des lettres critiques envers Staline et le passage au goulag qui devait changer à jamais le cours de son existence. Prix Nobel de littérature en 1970 pour sa dénonciation de l'oppression du régime communiste, il a été privé de sa citoyenneté  soviétique en 1974 et expulsé d'URSS. Il a alors vécu en Allemagne, en Suisse  puis aux Etats-Unis, avant de revenir en Russie en 1994 après la chute de  l'URSS. De paria, il est alors devenu héros, et de l'humiliation il est passé à la renommée littéraire au cours d'une vie dont les souffrances et les victoires reflètent à elles seules les heurs et malheurs de la Russie du XXe siècle.

Le rapprochement avec Vladimir Poutine

Mais depuis son retour sur sa terre natale, il s'était aussi montré critique envers l'Occident et envers l'évolution de la Russie post-soviétique, appelant à un retour aux valeurs morales traditionnelles. Il appréciait néanmoins le rôle de Vladimir Poutine, président reconverti Premier ministre et partisan du retour d'une Russie forte et fière d'elle-même, malgré son passé d'officier du KGB.

L'écrivain, très affaibli depuis plusieurs années, n'apparaissait plus que rarement en public. Des images télévisées le montraient alors recevant des hôtes dans sa maison de Troïtse-Lykovo, au nord-ouest de Moscou, en fauteuil roulant. "A la fin de ma vie, je peux espérer que le matériel historique (...) que j'ai collecté entrera dans les consciences et la mémoire de mes compatriotes", avait-il dit en 2007 alors que le président Vladimir Poutine venait de lui remettre le prestigieux Prix d'Etat russe.

Le président russe Dmitri Medvedev a exprimé ses condoléances à la famille de l'écrivain. Vladimir Poutine a  qualifié lundi la disparition de l'écrivain de "grande perte pour toute la Russie", évoquant "une personnalité forte, courageuse,  d'une grande dignité". L'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev  a salué pour sa part en Alexandre Soljenitsyne un "homme au destin  unique" qui fut l'un des premiers à dénoncer "à voix haute le caractère inhumain du régime stalinien".

D'après agences 

le 03 août 2008 à 23:16
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