La guerre des mots

Par Diane HEURTAUT (avec agence), le 10 août 2008 à 12h32 , mis à jour le 10 août 2008 à 22h48

Après trois jours de combats entre Russes et Géorgiens, Bernard Kouchner est arrivé dimanche à Tbilissi. Nicolas Sarkozy ira à Moscou "dans les prochains jours".

Bernard Kouchner tbilissiBernard Kouchner arrive à Tbilissi, capitale géorgienne, le 10 août 2008 © TF1-LCI

Chacun y va de sa version et s'accuse. C'est la guerre des chiffres (outre des dizaines voire centaines de morts, il y aurait 40.000 déplacés : lire notre article), et des mots entre la Géorgie et la Russie, après trois jours de combats. Si la Géorgie semblait plier dimanche face à son trop puissant adversaire, la Russie continuait dimanche ses mouvements de navires et de troupes vers la Géorgie et ses bombardements aériens. Cette dernière a remis dans l'après-midi à l'ambassade de Russie à Tbilissi une note l'avisant que ses forces armées arrêtaient leurs opérations militaires à compter de ce 10 août et appelaient la Russie à ouvrir "immédiatement" les négociations sur un cessez-le-feu.

Faux, répond Moscou : la Géorgie, disent les Russes, poursuit les hostilités, malgré son appel aux négociations. Les Russes maintiennent donc la pression, même s'ils contrôlent la plupart des zone stratégiques. Selon l'ambassadeur américain à l'ONU, c'est parce que la Russie empêche le retrait géorgien. Quoi qu'il en soit, des bombes tombaient en fin de journée sur un lance-missiles géorgien et un aéroport militaire de Tbilissi. La Géorgie parlait de frappes aussi sur l'aéroport international de la capitale et accusait la Russie de bloquer l'entrée de médecins en Ossétie du Sud. Et le président géorgien a affirmé dimanche soir que des chars russes se trouvaient sur le territoire géorgien, hors de la région séparatiste d'Ossétie du Sud.

L'Ukraine menace

Au même moment, la Géorgie annonçait avoir posté des hommes le long de la frontière d'Abkhazie, autre région séparatiste de Géorgie et alliée des Russes, qui se déclare en "état de guerre" à partir de dimanche soir. Les observateurs de l'ONU ont confirmé dimanche qu'une poche du territoire abkhaze contrôlé par la Géorgie faisait l'objet de bombardements aériens. De l'autre côté en revanche, Moscou a confirmé dimanche soir que les Géorgiens retiraient leurs soldats de Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud. La Géorgie qui, dans le même temps, faisait revenir la moitié de ses 2.000 soldats postés en Irak. Si les ministres des affaires étrangères de la Russie et de la Géorgie se sont parlés au téléphone dimanche, rien n'était donc réglé.

En attendant, les deux adversaires ont convenu dimanche matin de couloirs humanitaires pour l'évacuation des blessés et réfugiés. Dans la mer Noire, la flotte russe a par ailleurs instauré un blocus des côtes pour empêcher les livraisons d'armes. A ce titre, l'Ukraine, qui abrite la base navale russe à Sébastopol, a déclaré qu'elle se réservait le droit d'interdire aux navires de guerre russe le retour dans leur base, une manière de prendre un parti ferme face à la Russie,  qui cherche à conserver son influence dans la région, point de passage des hydrocarbures (voir : pourquoi le conflit). Des milliers de Géorgiens se sont rassemblés dimanche à Tbilissi pour protester contre les bombardements russes dans le pays.

Kouchner à Tbilissi, Sarkozy attendu à Moscou 

C'est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy se rendra à Moscou "dans les prochains jours", a dit dimanche soir l'Elysé. Nicolas Sarkozy a estimé samedi en fin d'après-midi qu'"il existait désormais de réelles perspectives pour parvenir rapidement à une sortie de crise" en Ossétie du sud, "après le retrait des forces géorgiennes". Auparavant, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner est arrivé ce dimanche soir à Tbilissi pour une mission au nom de l'Union européenne. 

Venu en compagnie de son homologue finlandais Alexander Stubb, dont le pays préside actuellement l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Bernard Kouchner, qui a appelé dimanche midi sur TF1 à "arrêter la tuerie" en Géorgie,  devait aussitôt rencontrer le président géorgien Mikhaïl Saakachvili, avant de se rendre, probablement lundi, à Moscou. La France, qui préside jusqu'à la fin de l'année l'UE, a proposé samedi  un plan de sortie de crise qui prévoit une cessation immédiate des hostilités, le "plein respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie", et le "rétablissement de la situation qui prévalait antérieurement sur le terrain, qui implique le retrait des forces russes et géorgiennes sur leurs positions antérieures, avec des formules d'accompagnement international" (lire notre article). La France doit par ailleurs réunir mercredi prochain les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept et n'exclut pas de convoquer ultérieurement un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens.

Guerre des mots à l'ONU aussi
 
Samedi soir, présidence française de l'UE avait déjà lancé une mise en garde inattendue à son partenaire russe, en le prévenant par écrit qu'une poursuite de ses opérations militaires sur le territoire géorgien "affecterait" leur relation tout juste sortie du dégel. Or la voix de l'Europe pourrait prendre d'autant plus de poids que celle de l'ONU risque de ne pas pouvoir se faire entendre, la Russie disposant d'un droit de veto. Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est tout de mêmes réunie dimanche pour des consultations sur la crise russo-géorgienne.

Ce qui a donné lieu à de très vifs échanges entre Russes et Américains, rappelant l'époque de la Guerre froide. Les Américains ont notamment accusé Moscou de vouloir faire tomber le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili et mènerait une "campagne de terreur" en Géorgie. La Maison Blanche avait déjà mis en garde dimanche matin la Russie contre le risque de conséquences "importantes" à long terme sur les relations avec les Etats-Unis qu'aurait la poursuite d'une "escalade disproportionnée et dangereuse" de la part de la Russie dans le conflit avec la Géorgie. Les Etats-Unis ont ensuite accusé la Russie de chercher à faire tomber le régime géorgien pro-occidental.

L'Italie et la Pologne ont commencé dimanche à évacuer leurs ressortissants de Géorgie. De nombreux pays ont aussi appelé leurs nationaux à éviter l'ex-république soviétique du Caucase. La France n'a pour sa part "pas encore pris de décision" sur une éventuelle évacuation, le Quai d'Orsay a en revanche demandé sur son site internet aux "ressortissants français se trouvant actuellement" en Géorgie de "rester à leur domicile et de maintenir le contact avec l'ambassade de France". Les Français souhaitant se rendre en Géorgie "sont invités, jusqu'à nouvel ordre, à différer leur voyage". Le ministère des Affaires étrnagères  a aussi annoncé qu'un "petit avion" chargé d'aide humanitaire serait prêt à partir dès lundi de France.

Par Diane HEURTAUT (avec agence) le 10 août 2008 à 12:32
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21 Commentaires

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  • Sinan67100, le 10/08/2008 à 22h08

    Avant tout, à qui la faute? Pourquoi la Géorgie attaque l'ossétie sachant que les russes sont derrière les séparatice, une guerre perdu d'avance pour les géorgiens.... en tout cas, quel gâchi

  • Lionel, le 10/08/2008 à 22h03

    Les americains devrait se meler de leur affaires,ils sont mal placer (iraq), pour critiquer le system russe, le probleme est que de plus en plus l'europe vas dependre de la Russie pour l'electricite et le gaz.....

  • Vadim, le 10/08/2008 à 21h52

    Je pense que notre gouvernement veut renverser pouvoir d'Etat de la Georgie. ?'est triste...

  • PATRICK, le 10/08/2008 à 21h34

    La France comme d'habitude s'impose en sauveur du monde, l'intervention du docteur koucner est inutile, mais cela lui faire faire une promenade

  • Etienne, le 10/08/2008 à 21h30

    Les nouvelles sont un peu le contraire de ce qui se passe en Georgie..!! C'est une tactique Americaine..tout d'abord, il faudrais rapeller que le president Gerorgien est americain avec la doube nationalité..les americains recherche une base de Missiles en Mer Noir pres de Sotchi..comme cela avec ce conflit preparer..ils auront aucun mal a le faire entendre et valoir par la communauté Europeen. D'apres les actualités du front qui differente des notres)) les forces Georgieenes ne sont pas retirés et pilonnent les habitants. comme biensur, mon petit mots ne sera pas publié..merci. La russie est sans doute plus democrate que l'amerique qui veut nous infliger une guerre economique pour être les rois du petrole

  • Tango, le 10/08/2008 à 21h29

    Croyez vous que les guerres d'aujourd'hui sont moins cruelles qu'il y a 50 ans je ne le crois pas alors kouchner ou pas les morts eux sont la.

  • Nicnol, le 10/08/2008 à 21h13

    C'est vraiment « plaisant » ! Les Etats-Unis sont bien les derniers à avoir le droit de donner des leçons de vertu à la Russie ! A trois reprises, SANS MANDAT DE L'ONU, et avec cette même "disproportion" dont ils font aujourd'hui reproche à la Russie, ils ont agressé des nations souveraines (Afghanistan, Irak, Serbie). S?agissant de l?Irak, ils ont même fait la preuve de la plus absolue mauvaise foi, livrant en pâture à l?assemblée onusienne des documents fabriqués de toute pièce ! Quant à l'Europe, elle recueille les fruits de sa lâche compromission avec la politique US pour s?être empressée de reconnaître le lilliputien Kosovo au nom du "droit des peuples à disposer d'eux mêmes" ! Ce même droit a été refusé depuis des années à l?Ossétie du Sud et à l?Abkhasie, la Géorgie étant devenue entre-temps, par la grâce de son paranoïaque Président, une inestimable clé de la politique américaine visant au contrôle absolu de l?artère pétrolière du Moyen Orient et de la Caspienne tout en en écartant le plus possible la Russie. Quant à exiger un retrait sur les positions d?avant le conflit et respecter la souveraineté de la Géorgie (c?est-à-dire le maintien des républiques séparatistes sous sa férule), c?est une autre « plaisanterie » ! Humiliée, la Serbie n?a pas répondu par la voix de armes à l?intolérable atteinte à sa souveraineté ! On ne peut en dire autant de la Géorgie qui recueille aujourd?hui les fruits amers de son initiative guerrière ! Il serait temps que les médias occidentaux osent ENFIN présenter les choses sous leur VRAI jour !!! Mais ? n?y comptons pas ? ! .

  • Fraer9, le 10/08/2008 à 20h32

    Légitime contre attaque russe dites-vous ? La Géorgie n'a pas attaqué la Russie bon sang ! Non la Géorgie s'est attaquée elle même ... le problème c'est qu'elle a exterminé 2000 citoyens russes. Le président Géorgien doit être jugé au même titre que les leaders Serbes le sont aujourd'hui !

  • Arthur, le 10/08/2008 à 20h30

    Une chose très importante est omise dans les médias Européens: L'entrée en guerre de la Russie a été provoquée par une opération millitaire de la Georgie contre la minorité russe qui y réside afin de nettoyer la région et en prendre un total contrôle. Les 2000 morts civils annoncés sont des russes tués par les millitaires georgies (d'après les informations des médias on pourrait penser le contraire). Cette situation est similaire à ce qui s'est passé en Yougoslavie quand les Serbes (ici Georgiens) ont voulu nettoyer la Bosnie (ici Ossetie) des Albanais (ici Russes) pour en prendre le contrôle.

  • Calypso, le 10/08/2008 à 20h13

    Je viens reagir a votre article pour dire que si L OSSETIE DU SUD veut son independence ; pourquoi ne pas lui donner; mais si j ai bien compris tout cela est malheureusement une histoire de gros sous ; il est vrai que la russie comme toujours ce croit tout permis ; alors il faudrait quand-meme que quelquez personnes changent cela car ses personnes en ont les moyens ; enfin on va voir ce que DOUCHNER ou SARKOZY vont faire ; s ils vont etre efficace ou s ils vont nous abreuver de belles paroles comme toujours

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