© AFP/LOUISA GOULIAMAKILa Russie et les Occidentaux s'affrontent sur le thème du droit international après la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des provinces sécessionnistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Une décision qui a bloqué net les discussions en cours au Conseil de sécurité de l'Onu sur un projet de résolution au sujet de la Géorgie, et suscité l'ire des instances internationales et de nombreux pays, du président géorgien qui a dénoncé une reconnaissance "totalement illégale" au secrétaire général des Nations unies qui a dit craindre pour "la sécurité et la stabilité du Caucase", en passant par George W. Bush qui a déploré un geste "incompatible avec de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité".
L'Otan demande à la Russie de "revenir sur sa décision". S'exprimant mercredi matin sur Europe 1, Bernard Kouchner a lui jugé que la Russie s'est placée dans une position "hors la loi internationale". Selon lui, "les 27 chefs d'Etat vont évidemment réagir" au sommet européen de lundi, car "nous ne pouvons pas accepter ces violations de tout le droit international, des accords de sécurité et de coopération en Europe, des résolutions des Nations unies et la prise, pour la première fois depuis longtemps, d'un territoire par une armée d'un pays voisin".
Inquiétudes pour la Crimée
Des arguments réfutés d'avance par le président russe Dmitri Medvedev, qui dans une tribune publiée ce mercredi dans le Financial Times, invoque justement le droit international... et le précédent du Kosovo : "dans les relations internationales, on ne peut pas avoir une règle pour certains, et une règle pour les autres", argumente-t-il. Et il assure que la décision de Moscou a été arrêtée en "prenant en compte les souhaits exprimés librement par les peuples d'Ossétie et d'Abkhazie, et sur la base des principes de la charte des Nations unies et d'autres documents de droit international". Cette décision "n'a pas été prise à la légère, ni sans pleine considération de ses conséquences", ajoute le chef du Kremlin, qui définit la région comme une "poudrière" que "les forces de maintien de la paix russes ont protégé de l'embrasement".
Bien loin de ce rôle pacificateur revendiqué par la Russie, Bernard Kouchner a fait part mercredi de ses craintes que Moscou n'ait désormais "d'autres objectifs" dont "la Crimée, l'Ukraine, la Moldavie". La Crimée, dans le sud de l'Ukraine, était en effet considérée comme un territoire russe jusqu'à ce que le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev le cède en 1954 à Kiev en geste de bonne volonté.
Le chef de la diplomatie française a aussi réitéré ses craintes, exprimées dès mardi, de voir les troupes russes préparer un "nettoyage ethnique" en Géorgie, en vidant la ville d'Akhalgori. Le district d'Akhalgori était intégré à l'Ossétie du Sud du temps de l'URSS, mais il ne fait pas partie de la province séparatiste du même nom, indépendante de facto de la Géorgie depuis le début des années 1990. Or, Akhalgori est passée sous contrôle de milices sud-ossètes après l'entrée des Russes en Géorgie, et le Haut Commissariat de l'Onu pour les réfugiés a fait part de témoignages de déplacés qui évoquaient des groupes armés, agissant dans la zone tampon contrôlée par l'armée russe autour de l'Ossétie du Sud, et qui contraindraient des habitants à fuir.
D'après agence
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