La libération qui fait polémique

le 03 août 2008 à 09h14 , mis à jour le 03 août 2008 à 09h19

Après vingt-et-un ans de prison, Ignacio de Juana Chaos, condamné pour des attentats meurtriers commis au nom de l'ETA dans les années 1980, a retrouvé la liberté.

Image d'archives des lieux de l'attentat attribué par la police basque à l'ETAImage d'archives des lieux de l'attentat attribué par la police basque à l'ETA © DR

Ignacio de Juana Chaos, militant du mouvement séparatiste basque ETA condamné pour des attentats qui avaient fait 25 morts dans les années 1980, est sorti de prison samedi après vingt-et-un ans de détention. Une liberté pour laquelle il s'était longuement battu : il avait observé deux longues grèves de la faim, en 2006 et 2007, pour protester contre une condamnation supplémentaire à trois ans de prison - pour avoir écrit des articles au ton virulent dans le journal indépendantiste Gara - alors qu'il allait être libéré. En mars 2007, après plusieurs mois de jeûne, le gouvernement socialiste lui avait accordé un régime de semi-liberté par crainte que son possible décès en prison n'en fasse un "martyr" des indépendantistes basques, une décision alors fortement critiquée par la droite. Mais après trois mois d'hospitalisation à Saint-Sébastien, il avait été réincarcéré le 6 juin 2007, quelques heures après l'annonce par l'ETA de la fin officielle de son cessez-le-feu de mars 2006.

Ignacio de Juana Chaos est donc de nouveau libre. Mais cette libération a provoqué la colère des associations de victimes de l'ETA qui prévoient d'organiser des manifestations de protestation à travers le pays. Hasard malheureux du calendrier, le militant basque est sorti de prison 40 ans après le premier assassinat planifié de l'ETA, qui avait tué par balles un policier franquiste le 2 août 1968.

Les associations de victimes protestent

L'atmosphère entourant sa libération a donc été tendue, les associations de victimes du terrorisme la qualifiant "d'insulte à la justice et d'affront aux victimes de l'ETA" et déplorant de voir de Juana Chaos sortir de prison sans qu'il n'ait même effectué un an de prison pour chacune de ses victimes. De leur côté, quelques dizaines de militants indépendantistes se sont rassemblés à Saint-Sébastien (Pays Basque) pour exprimer leur soutien à l'ex-détenu et réclamer la libération des autres prisonniers de l'ETA. Une femme a lu à ce rassemblement une lettre de Juana Chaos expliquant qu'il avait préféré ne pas participer à cet acte de bienvenue par crainte pour sa sécurité et pour échapper "au cirque médiatique".

De Juana Chaos, qui n'a jamais exprimé le moindre repentir, avait été condamné à 3000 ans de prison (peines cumulées) pour 25 assassinats. Il aura donc finalement passé un peu plus de deux décennies en réclusion, dix de moins que le maximum effectif prévu par la loi espagnole, grâce à des remises de peines. "Je ne peux avoir qu'une opinion : il faut respecter la loi", mais "cet individu suscite chez tous les citoyens et, bien sûr, chez le chef du gouvernement, une sensation parfaitement compréhensible de mépris", avait déclaré vendredi José Luis Rodriguez Zapatero.

A Madrid, l'Association des victimes du terrorisme (AVT), proche de la droite, a déjà manifesté samedi contre cette libération et rendu hommage aux victimes de l'ETA en déposant 25 bouquets de fleurs sur la place où avaient été tués 12 gardes civils en 1986, dans un attentat à la voiture piégée auquel avait participé de Juana Chaos. Une autre manifestation a été organisée à Saint-Sébastien, à l'initiative du Comité de victimes du terrorisme du Pays Basque (Covite). Et certains médias espagnols se sont émus que le futur domicile de l'ex-activiste, à Saint-Sébastien, soit situé près de logements de victimes de l'ETA.

D'après agence

le 03 août 2008 à 09:14
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