Dmitri Medvedev © TF1-LCIAprès la victoire sur le terrain, les menaces diplomatiques. Si la Russie reçoit encore les remontrances de la part des Occidentaux pour sa lenteur à appliquer le plan de paix en six points, elle rétorque désormais sur un autre plan. Lundi encore, le Pentagone a affirmé que la Russie "n'honorait toujours pas les termes de l'accord de cessez-le-feu". La Maison Blanche, qui a annoncé que le vice-président américain Dick Cheney se rendrait la semaine prochaine en Géorgie, a dit examiner l'ensemble de ses relations avec la Russie. George W. Bush a même exhorté la Russie à ne pas reconnaître l'indépendance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, comme l'a fait lundi matin le Parlement russe (lire plus bas).
Et la France, qui en tant que présidente de l'UE a convoqué un sommet extraordinaire à Bruxelles le 1er septembre, a exprimé sa "préoccupation" devant des informations faisant état de cas de pillages, destructions et intimidations qui se dérouleraient dans la province séparatiste géorgienne d'Ossétie du sud sous contrôle russe.
Mais le président russe n'a pas répondu sur ces points. Dmitri Medvedev a déclaré lundi que la Russie était prête à subir les conséquences de ses agissements : "Nous sommes prêts à accepter toute décision, jusqu'à l'arrêt complet des relations" avec l'alliance militaire, a dit le chef du Kremlin à l'occasion d'un entretien à Sotchi, sur la mer Noire, avec l'ambassadeur de Moscou auprès de l'Otan, Dmitri Rogozine. Une telle décision serait difficile, mais les relations avec l'Otan se sont "fortement détériorées" depuis le conflit entre la Russie et la Géorgie au sujet de l'Ossétie du Sud, a ajouté Medvedev.
L'adhésion à l'OMC remise en cause par le conflit ?
Au même moment, le Premier ministre, Vladimir Poutine affirmait que la Russie envisageait de sortir de certains des accords négociés dans le cadre de son projet d'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Des "accords qui actuellement contredisent les intérêts de la Russie", a expliqué le premier vice-Premier ministre russe, Igor Chouvalov, qui a notamment évoqué les taxes à l'exportation sur le bois et certains tarifs douaniers, l'activité de certaines entreprises américaines dont l'Etat américain est actionnaire.
La Russie, qui a entamé son processus d'adhésion à l'OMC en 1993, est la seule grande économie mondiale à n'avoir pas encore rejoint l'Organisation mondiale du Commerce. Le secrétaire américain au Commerce, Carlos Gutierrez, a laissé entendre dans une interview parue ce week-end que la crise entre la Russie et la Géorgie remettait en question la participation de la Russie au G8, ainsi que sa candidature à l'OMC.
Vote au Parlement russe pour reconnaître les régions séparatistes
Comme on pouvait s'y attendre, les parlementaires russes ont reconnu lundi les républiques séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. La décision définitive revient à présent au président russe. Cet appel lancé par les parlementaires russes au Kremlin est un prolongement de l'"agression" de Moscou contre son voisin, a répondu Tbilissi. C'est même une décision "tragique", selon le président géorgien Mikheïl Saakachvili. Le vote a été jugé "inacceptable" par les Etats-Unis. La Maison Blanche a affirmé que le destin des deux régions séparatistes "ne dépendait de la décision d'un seul" pays. Drapeaux russes et ossètes flambant neufs au vent, une dizaine de voitures ont sillonné Tskhinvali lundi pour fêter le vote du Parlement russe appelant à reconnaître l'indépendance de l'Ossétie du Sud.
Au même moment, la Russie s'est dite prête à tout faire pour "régler définitivement" la crise autour de la région séparatiste pro-russe de Transdniestrie en Moldavie, a en outre indiqué lundi la porte-parole du Kremlin, annonçant une série de "rencontres et négociations" entre les parties intéressées.
Sur le terrain, des centaines de véhicules militaires russes quittaient lundi l'Ossétie du Sud en direction de la Russie, a constaté un journaliste de l'AFP. Mais les forces russes étaient toujours présentes lundi dans l'ouest de la Géorgie, et si leur mandat de "maintien de la paix" est bien confus, il est clair qu'elles imposent leurs propres règles musclées aux autorités locales et aux journalistes étrangers. Le croiseur Moskva, vaisseau amiral de la flotte russe de la mer Noire, engagé dans le conflit armé avec la Géorgie, a de nouveau quitté Sébastopol, son port d'attache dans le sud de l'Ukraine, où il était revenu samedi, a constaté un journaliste de l'AFP.
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