Les dirigeants des 27 à Bruxelles le 19 juin 2008 © TF1 
Face à la Russie, Bruxelles n'en est pas aux sanctions
A suivre en direct sur LCI.fr : Conférence de presse à 18h15 ce lundi
Un "dialogue ferme" comme le prône Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ou une révision "totale" (voire une suspension du dialogue) des relations entre l'UE et la Russie, comme l'a menacé ce dimanche le Premier ministre britannique Gordon Brown ? A l'initiative du président français, qui assure la présidence tournante de l'UE, les 27 se réunissent ce lundi en Conseil européen extraordinaire à Bruxelles, trois semaines après le début des hostilités en Ossétie du Sud et quelques jours après la reconnaissance par Moscou de l'indépendance des régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, pro-russes.
Faute d'unité de points de vues entre les dirigeants européens, l'Union européenne devrait afficher une position commune européenne, soit faire des remontrances envers la politique russe vis-à-vis de la Géorgie, sans adopter de sanction contre Moscou. Si certains lui reprochent sa faiblesse envers Moscou, le chef de l'Etat français entend continuer à faire prévaloir la voie d'un "dialogue ferme" avec Moscou pour apaiser la crise dans le Caucase. Ce que le ministre allemand des Affaires étrangères a décrypté dimanche : l'UE ne devrait pas isoler la Russie. L'idée est lundi de "mettre sous surveillance" les relations UE-Russie.
Un retour à la Guerre froide, que Moscou disait mardi dernier ne pas craindre, n'est pas à l'ordre du jour. Car sur ce point, Paris et Berlin s'opposent aux pays membres de l'UE qui, comme les anciens satellites de Moscou, réclament des mesures plus dures. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs demandé dimanche au téléphone au Premier ministre polonais Donald Tusk de soutenir cette position française et de ne pas réclamer de sanctions contre la Russie, selon le centre de presse du gouvernement polonais. D'autant que l'Europe est dépendante énergiquement de la Russie.
Moscou souffle le chaud et le froid
Ce que Medvedev s'est plu à rappeler dimanche. Prévenant que la Russie n'avait certes pas l'intention de limiter ses exportations de pétrole et de gaz vers l'Europe, le leader russe a aussi assuré que son pays (qui fournit environ un quart du gaz consommé par l'UE et une partie de son pétrole) allait les "diversifier". Annonce faite dimanche à la veille donc du sommet de Bruxelles... Soulignant que la Russie aussi pouvait prendre des sanctions, le président russe a aussi dit rejeter un monde dominé par les Etats-Unis et expliqué que la reconnaissance de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie était "irrévocable" (lire notre article). Un discours ferme, ne faisant pas écho au nouveau ton affiché par les russes
Ces derniers jours en effet, Dmitri Medvedev s'est notamment prononcé pour l'envoi d'observateurs supplémentaires de l'OSCE dans la zone de sécurité pour assurer "une surveillance impartiale des actions du gouvernement géorgien". Et Moscou serait prête à voir une "participation de représentants de l'Union européenne" dans "la surveillance des zones de sécurité autour de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie". Ce que, jusque là Moscou envisageait mal.
En vue du Conseil européen, le chef de la diplomatie russe a en outre accordé un entretien à un journal allemand. Une interview publiée lundi matin, à l'ouverture du sommet. Il y appelle à une résolution rapide de la crise avec la Géorgie et dit la "reconnaissance" de Moscou pour "les efforts de la présidence française de l'UE et nous tiendrons tous les engagements prévus par le plan Medvedev-Sarkozy dans la forme où ils ont été approuvés", dit-il. La Russie n'a aucun intérêt à voir s'installer en Europe de nouvelles divisions, près de 20 ans après la chute du Rideau de fer, assure le ministre russe. "Cependant il doit être clair qu'une large coopération dans les domaines de l'économie et de la politique de sécurité ne peut être obtenue qu'en parlant d'égal à égal, et que (une telle coopération) doit prendre en compte nos intérêts", prévient-il.
Des sommations donc
Ce sera donc un "texte équilibré et ferme" sans sanction mais proposant "des démarches très précises" dont discuteront les 27, a indiqué dimanche le chef de la diplomatie, Bernard Kouchne, sur France 3. En définitive, la Géorgie devrait obtenir la promesse d'une aide et le soutien verbal des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Ils devraient aussi demander au Kremlin de respecter les termes du plan de paix en six points, qui prévoit le retrait des troupes russes de Géorgie. Plan que Dmitri Medvedev assure avoir appliqué à la lettre. Mais, malgré le départ des forces de Moscou d'une majeure partie du territoire géorgien la semaine dernière, des soldats russes patrouillent toujours dans la ville portuaire de Poti, sur les bords de la mer Noire, et tiennent encore des barrages sur et autour du principal axe autoroutier du pays.
Au moment où les 27 seront réunis à Bruxelles, des dizaines de milliers de Géorgiens devraient participer à des manifestations à Tbilissi et dans les principales villes géorgiennes pour dénoncer "l'agression russe" contre leur pays.
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