© AFPAprès l'intervention russe en Géorgie, l'heure est au bilan des destructions... et aux tentatives d'apaisement. Une mission de l'Otan chargée de "l'évaluation des dégâts militaires" est ainsi attendue ce lundi à Tbilissi, une semaine avant l'arrivée annoncée d'une délégation des 26 pays de l'Otan conduite par le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jaap de Hoop Scheffer.
Et ce même jour, Nicolas Sarkozy reprend le chemin de Moscou et de Tbilissi pour tenter d'obtenir des dirigeants russes et géorgiens les gestes susceptibles de faire baisser les tensions au Caucase. Arrivé en fin de matinée, il est accompagné par le président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso, et par le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Nicolas Sarkozy sera tout d'abord reçu en début d'après-midi par le président russe au château de Mayendorff, à une vingtaine de kilomètres à l'Ouest de Moscou. Et il rendra compte le soir même de son entretien avec Dmitri Medvedev au président géorgien Mikheïl Saakachvili.
Malgré le plan de paix en six points conclu le 12 août, la Russie rechigne encore à retirer ses derniers soldats (quelques centaines) du port géorgien de Poti et des abords de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, autre province séparatiste dont la Russie a aussi reconnu unilatéralement l'indépendance. Mandaté par le Conseil européen extraordinaire du 1er septembre, Nicolas Sarkozy plaidera pour un retrait rapide de ces soldats et le déploiement d'observateurs de l'Onu et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Il compte aussi obtenir de Moscou "une date et un lieu" pour engager les discussions prévues au point 6 de l'accord sur "la sécurité et la stabilité" dans les deux républiques séparatistes géorgiennes.
Quelle marge de manoeuvre pour l'UE ?
En revanche, et bien que l'UE juge inacceptable la reconnaissance unilatérale par la Russie de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, il ne sera pas question ce lundi lors de la rencontre Sarkozy-Medvedev du statut de ces deux provinces géorgiennes, ni du sort des forces russes qui y sont présentes, deux sujets laissés aux futures discussions internationales.
Dans cette difficile partie de poker entre Russie et Géorgie, le chef de l'Etat français joue une part de sa crédibilité de président du Conseil européen. Et la position de l'Europe est difficile, alors que la crise fait apparaître de plus en plus clairement une lutte opposant la Russie aux Etats-Unis, qui s'est illustrée samedi encore par une nouvelle passe d'armes entre les deux camps : à Moscou, le président russe a accusé les Etats-Unis de "réarmer" la Géorgie sous couvert d'aide humanitaire, s'attirant les foudres du vice-président américain Dick Cheney qui a répliqué depuis Cernobbio, en Italie, en estimant que le Kremlin "avait commis des actes de guerre" contre la démocratie en Géorgie.
Devant cette escalade verbale, les journaux russes évoquent de plus en plus le spectre de la guerre froide. Les événements actuels produisent la même sensation d'inquiétude que celle qui a précédé les deux guerres mondiales, écrit même le rédacteur en chef adjoint du quotidien centriste Vremia Novosteï, Semion Novoproudski, sur le site internet libéral gazeta.ru. Et selon lui, l'insistance affichée par les Etats-Unis pour déployer des boucliers antimissiles près des frontières de la Russie, élargir l'Otan et envoyer des navires de guerre délivrer de l'aide humanitaire en Géorgie ne font qu'accentuer la "militarisation" de la Russie. Dans un Caucase revendiqué par la Russie au nom de sa sphère d'influence historique, mais où les Etats-Unis essaient d'imprimer leur marque au nom d'enjeux énergétiques, la marge de manoeuvre européenne est étroite.
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