Anna Politkovskaïa, rare journaliste russe à couvrir la Tchétchénie, assassinée à Moscou © TF1/LCIUn tribunal militaire de Moscou juge depuis ce lundi des participants présumés au meurtre d'Anna Politkovskaïa. La journaliste russe, une des rares à avoir continué à couvrir le conflit en Tchétchénie au début des années 2000 et à dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme en Russie, avait été assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou. Mais ni les proches d'Anna Politkovskaïa ni les associations de défense des journalistes ne s'attendent à ce que les audiences fassent toute la lumière sur cet assassinat. Car dans le box des accusés, seuls des seconds couteaux ont pris place.
Russie : le tueur présumé d'Anna Politkovskaïa arrêté
Roustam Makhmoudov était recherché depuis des années pour le crime retentissant de la journaliste d'opposition russe Anna Politkovskaïa, dont le commanditaire n'a jamais été identifié. Il a été arrêté en Tchétchénie, a annoncé mardi Moscou.
Publié le 31/05/2011
Outre Pavel Riagouzov, agent du FSB (ex-KGB), soupçonné d'avoir fourni l'adresse de Politkovskaïa aux tueurs, trois personnes sont être jugées : deux frères tchétchènes, Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov, soupçonnés d'avoir procédé à la surveillance de la journaliste, et un complice, membre de la police criminelle, Sergueï Khadjikourbanov. Le tireur présumé, un troisième frère Makhmoudov, Roustam, est en fuite. Et l'identité du commanditaire, tout comme le motif du crime, n'ont jamais été établis.
"Absence de volonté politique"
Plusieurs pistes ont été évoquées, d'une vengeance tchétchène contre les articles qu'Anna Politkovskaïa écrivait au meurtre politique commandité par un clan contre un autre alors que la question de la succession de Vladimir Poutine au Kremlin se posait, à un an de la présidentielle. Le rédacteur en chef de son journal, le bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta, Dmitri Mouratov, a accusé pour sa part des agents des services de sécurité russes d'avoir "organisé" et "coordonné" le meurtre. Le procureur général Tchaïka a affirmé de son côté que le meurtre avait été commandité depuis "l'étranger" pour "déstabiliser" Vladimir Poutine, une accusation largement comprise comme visant l'homme d'affaires russe Boris Berezovski, réfugié à Londres et bête noire du Kremlin.
"Je n'ai pas d'espoir qu'au cours du procès le nom du commanditaire soit révélé. Les gens qui sont jugés là n'ont pas de lien direct avec lui, c'est un groupe criminel qui a fait ça pour l'argent", estime Ilia Politkovski, le fils de la victime. Un sentiment partagé par Boris Timochenko, du Fonds de défense de la transparence, une association russe de défense de la presse, qui dénonce "l'absence de volonté politique" pour découvrir qui a ordonné la mort d'Anna Politkovskaïa. "Par expérience, nous savons que ce type de dossiers ne sont jamais résolus dans notre pays. Mais c'est tout de même positif qu'au moins une partie de l'affaire soit arrivée jusqu'au tribunal cette fois-ci", relève-t-il.
Le premier point sur lequel le juge s'est penché lors de l'audience de lundi est la publicité des débats. Un procès à huis-clos pouvait, malgré les protestations des proches de la victime et de leurs avocats, être justifié par le fait que l'un des accusés est un agent du FSB. Mais le juge a tranché : les audiences seront publiques. "Mais je vais prononcer le huis clos si des jurés dénoncent des pressions sur eux", a déclaré le juge Evguéni Zoubov. Selon l'organisation américaine de défense des médias, le Committee to Protect Journalists, la Russie, avec 49 journalistes tués depuis 1992, est le troisième pays le plus meurtrier au monde pour les reporters, derrière l'Irak et l'Algérie. Et ce, dans une quasi-indifférence de l'opinion et de la justice.
D'après agence
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