© TF1-LCIL'escalade avait longtemps été verbale, avant d'évoquer certaines heures parmi les plus fraîches de la Guerre froide. Il s'agissait d'une histoire de méfiance réciproque et de rendez-vous manqués, de présidents, l'un russe, Vladimir Poutine, l'autre américain, George W. Bush, soucieux l'un comme l'autre d'afficher la fermeté sur la scène politique intérieure ; il s'agissait aussi de missiles, comme lors de la crise de Cuba ou du déploiement du "parapluie nucléaire" américain en Europe... Mais un changement déjà perceptible avec l'arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama concerne au moins ce dossier sensible entre les Etats-Unis et la Russie. Car en réponse à la "nouvelle doctrine militaire" de la nouvelle administration américaine, l'état-major russe a décidé de suspendre le déploiement de missiles Iskander dans l'enclave de Kaliningrad, annoncé il y a quelques jours, et qui devait "neutraliser" le bouclier antimissile que les Etats-Unis comptaient installer dans cette région de l'Europe.
Après un an et demi de négociations avec les Etats-Unis, la Pologne avait donné cet été son accord à l'installation chez elle à l'horizon 2014 de 10 missiles intercepteurs américains. Ces engins devaient être couplés à un puissant radar que la République tchèque s'était dite prête de son côté à accueillir. Washington assurait que son bouclier antimissiles devait viser des pays "voyous" comme la Corée du nord et l'Iran, mais en aucun cas la Russie. Moscou considérait néanmoins que l'installation de ce bouclier au coeur de l'Europe ne ferait que compléter un système de détection et d'interception balistique planétaire américain, qui ceinturerait son propre territoire.
Jeu d'intimidation
Cette controverse sur des missiles antimissiles installés près de la Russie sans officiellemet la viser, était elle-même directement dépendante d'autres dossiers difficiles comme le Traité sur les forces conventionnelles en Europe, que Moscou avait officiellement cessé d'appliquer en décembre 2007. Ce traité était pourtant l'une des clés de voûte de la sécurité sur le Vieux continent, et il limitait les armements de l'Atlantique à l'Oural. Mais la décision russe de ne plus l'appliquer avait alors été motivée par le refus des pays de l'Alliance atlantique de ratifier une nouvelle version du traité tant que Moscou n'aurait pas retiré ses troupes de Géorgie et surtout de Moldavie, dans un contexte d'expansion de l'Otan en Europe de l'Est... Ceci se passait avant l'intervention de l'armée russe en Géorgie à propos de l'enclave abkhaze - une escalade militaire qui n'avait fait qu'empirer les relations entre l'Otan et Washington d'une part, et Moscou d'autre part.
Il faut dire toutefois qu'avant cette décision russe, les Etats-Unis avaient eux-même annoncé, en décembre 2001, en pleine crise post-11-Septembre, leur retrait du traité AMB de 1972 - un traité plus adapté aux réalités du moment, selon George W. Bush, et qui ne permettait pas aux Etats-Unis de se doter d'un système de défense efficace. Ce retrait avait précisément levé les barrières empêchant les Etats-Unis de déployer le fameux bouclier antimissile.
Dans un jeu d'intimidation qui avait duré des années, les autorités russes avaient évoqué la possibilité d'un déploiement de contre-batteries de missiles en Biélorussie, avant d'arrêter plus récemment leur choix sur Kaliningrad - un territoire présentant l'avantage d'être russe, mais tout près de la Pologne et même de l'Allemagne, puisqu'il s'agit de l'ancienne Koenigsberg, autrefois allemande. Entretemps, l'un des plus hauts gradés de l'armée russe, le général Balouïevski, s'était fendu de pronostics bien propres à donner des cheveux blancs aux habitants de la région : "Qui endosserait la responsabilité", s'était-il publiquement demandé, "si le système de défense se déclenche automatiquement après le tir d'un missile d'interception à partir du territoire polonais et traverse la Russie pour abattre un missile iranien ? Je ne veux effrayer personne mais ce n'est pas une histoire à faire peur (...) C'est un détail technique qui pourrait affecter la stabilité militaire mondiale". Grâce à l'arrivée d'Obama à la Maison-Blanche, la stabilité militaire mondiale semble donc aujourd'hui un peu moins en danger.
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