© AFPLa famille d'Eluana Englaro a beau avoir la justice pour elle, le combat pour retarder la mort de la jeune femme se poursuit sur le plan politique et mobilise le gouvernement italien. Il a adopté vendredi en urgence un décret-loi pour empêcher l'arrêt de l'alimentation de la patiente, dans le coma depuis 17 ans à la suite d'un accident de la circulation. Ce document a été adopté, selon l'agence Ansa, "à l'unanimité, à l'issue d'une longue discussion au sein du Conseil des ministres", et en dépit de l'opposition du chef de l'Etat Giorgio Napolitano, contraire à une mesure de ce genre et sans la signature duquel un éventuel décret-loi ne pourrait pas entrer en vigueur.
Le père d'Eluana, qui mène une bataille depuis 10 ans pour que sa fille ne soit plus maintenue en vie artificiellement, assure, témoignages à l'appui, que la jeune fille n'aurait jamais accepté de continuer à vivre alimentée par une sonde. L'affaire a déjà donné lieu à d'intenses batailles judiciaires qui se sont conclues devant le tribunal de Milan : le 21 janvier dernier, il a annulé un ordre administratif de la Lombardie interdisant à tout le personnel de santé de la région de suspendre l'alimentation d'Eluana. Un hôpital d'Udine dans la région de Vénétie-Frioul s'est depuis déclaré prêt à accueillir la jeune femme et une équipe médicale s'est constituée pour accéder dans un délai de quelques jours à la demande du père de la jeune femme de suspendre son alimentation pour la laisser mourir. Et une ambulance a transporté Eluana dans la nuit de lundi à mardi de la clinique de Lecco, près de Milan, où elle était maintenue jusqu'alors en état végétatif, à la clinique "la Quiete" (La tranquillité) d'Udine. Une fois l'alimentation stoppée, elle devrait mourir dans un délai estimé à 15-20 jours.
La polémique ne perd pas en virulence
Mais la vigueur de la polémique en Italie laissait déjà supposer que le gouvernement interviendrait de nouveau dans ce dossier. Le ministre de la Santé, Maurizio Sacconi, qui avait déjà adressé en décembre une mise en garde aux établissements qui accueilleraient Eluana pour la débrancher, agitant la menace de "conséquences inimaginables", avait affirmé dès mardi que le gouvernement "examinait la situation d'un point de vue formel". Plusieurs représentants de la droite et de formations politiques centristes et catholiques avaient aussi appelé le gouvernement à intervenir. Maurizio Ronconi, de l'Union des démocrates-chrétiens, avait ainsi plaidé pour que soit adopté en urgence "un décret qui sauve la vie d'Eluana".
Le Vatican s'est aussi fortement impliqué dans ce dossier, ainsi que des associations et la presse de droite italienne. Le ministre de la Santé du Vatican, le cardinal Javier Lozano Barragan, avait ainsi réagi au transfert de la patiente en lançant un appel pour que soit "arrêté cet abominable assassinat". Dimanche déjà, le pape Benoît XVI avait apporté son soutien à l'Eglise italienne qui s'est opposée à de multiples reprises à l'arrêt de l'alimentation d'Eluana, le qualifiant "d'euthanasie inacceptable". Le quotidien de l'Eglise italienne, Avvenire, avait pour sa part appelé à la mobilisation contre la mort d'Eluana, affirmant que l'Italie "ne restera pas à la fenêtre (à observer) cette insupportable agonie". Et lors du transfert de la jeune femme, des groupes de militants avaient tenté de s'opposer au départ de l'ambulance.
D'après agence
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