Bougie allumée en mémoire d'Eluana, devant la clinique où elle est décédée le 9 février 2009 © Reuters/D. RaunigLundi soir, trois jours après l'arrêt de son alimentation autorisée par la Cour de cassation, Eluana Englaro est décédée, à la suite 17 ans de coma végétatif. Sa fin de vie a déclenché une tempête dans le pays, entre partisans et opposants à sa mort provoquée et plus globalement entre pour et contre l'euthanasie.
Les esprits étaient si échauffés dans la nuit devant la clinique où elle avait été transférée pour vivre ses derniers jours que la police a dû s'interposer pour éviter des affrontements. Au Sénat, qui examinait en urgence un projet de loi qui aurait contraint ses médecins à recommencer à la nourrir, les parlementaires se sont insultés, en venant quasiment aux mains.
Berlusconi : "C'est la première Italienne condamnée à mort"
Ce mardi, la droite, l'Eglise catholique, le Vatican et tous les adversaires de l'euthanasie accusent la famille d'Eluana, la justice et même le président de la République, qui avait refusé de signer un décret d'urgence destiné à la "sauver", d'avoir tué la jeune femme. "Que le Seigneur l'accueille et pardonne à ceux qui l'ont conduit là", a lancé le "ministre de la Santé" du Vatican, le cardinal Javier Lozano Barragan. Benoît XVI, qui ne s'est pas encore exprimé sur le décès, avait condamné de son côté il y a quelques jours encore l'euthanasie, qualifiée de "solution indigne de l'homme".
Sur le plan politique, Silvio Berlusconi accuse nommément le président de la République, Giorgio Napolitano. "Eluana n'est pas morte de mort naturelle, elle a été tuée. C'est la première Italienne condamnée à mort. Napolitano a fait une grave erreur", affirme le Premier ministre. "Je suis serein car j'ai fait ce qui était juste", ajoute-t-il.
De leur côté, l'opposition de gauche et les mouvements laïcs qui avaient multiplié les manifestations de soutien à la famille Englaro ont annoncé qu'ils suspendaient toute manifestation publique "en signe de respect pour la mort d'Eluana". "La droite est possédée par une rage aveugle et irresponsable car elle n'a pu parvenir à ses fins", affirme Anna Finocchiaro, chef du groupe parlementaire du Parti Démocrate (PD) au Sénat.
"Rien n'indique qu'un crime ait été commis"
Comme c'était prévisible, les autorités judiciaires ont ordonné une autopsie. Les militants catholiques opposés au droit de mourir se demandent notamment pourquoi Eluana est morte si rapidement alors que son propre médecin avait encore estimé lundi qu'il faudrait sans doute attendre deux semaines avant son décès. "Si Eluana est morte parce qu'on lui a retiré l'eau et la nourriture, nous sommes en face d'un crime horrible", affirme le cardinal Javier Lozano Barragan. "A ce stade, rien n'indique qu'un crime ait été commis", a répliqué le procureur régional de la région d'Udine.
Malgré les dissensions, majorité et opposition ont cependant réussi à se mettre d'accord sur la nécessité d'aboutir dans les deux semaines à un vote sur une loi régissant la fin de vie. Aujourd'hui, l'euthanasie est illégale en Italie mais le patient a le droit de refuser les soins.
Pas de funérailles, une crémation |
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