© AFP/A. YatesTout est parti de la raffinerie de Lindsey, dans l'Est de l'Angleterre, en fin de semaine dernière. Les ouvriers britanniques du complexe, appartenant à Total, ont lancé une grève spontanée -donc illégale selon la loi- pour protester contre l'embauche d'intérimaires italiens et portugais par l'un des sous-traitants. A l'issue d'un appel d'offres mettant en compétition cinq entreprises britanniques et deux étrangères, un projet d'extension de l'usine a en effet été confié à la compagnie italienne IREM.
Parmi les termes du contrat, IREM a obtenu de pouvoir employer ses propres intérimaires -italiens pour la plupart mais aussi portugais- à des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues britanniques et avec de moindres garanties sociales. Cent ouvriers italiens et portugais logent ainsi sur des péniches à plusieurs étages amarrées près du site. Ils seront rejoints par 300 autres dans les semaines à venir. Les grévistes britanniques estiment qu'ils auraient pu être tout aussi bien qualifiés pour ce travail. Dans la foulée, le mouvement de protestation et de grève s'est étendu un peu partout dans le pays à de nombreuses usines des secteurs pétrolier, énergétique et nucléaire. Les ouvriers s'y disent solidaires de leurs confrères de Lindsey.
Gordon Brown critique la grève
L'affaire est vite devenue politique. Les grévistes utilisent notamment le slogan "British jobs for british workers" ("les emplois britanniques pour les travailleurs britanniques"). A première vue, bien que les grévistes s'en défendent et affirment qu'ils luttent seulement contre une concurrence déloyale en raison du salaire moins élevé offert aux intérimaires d'IREM, cela ressemble à un slogan anti-immigrés. Mais il s'agit surtout d'une référence à un slogan utilisé en 2007 par Gordon Brown. A l'époque, le Premier ministre promouvait son plan de formation professionnelle.
Aujourd'hui, en pleine crise économique, Gordon Brown se retrouve donc dans l'embarras. Dimanche, il a vivement critiqué le mouvement en expliquant que "ce n'est pas la chose à faire, ce n'est pas défendable". Puis lundi, il a adopté plus conciliant, tout en maintenant sa position. "Je reconnais que les gens sont inquiets actuellement pour leur emploi et je veux qu'ils soient traités équitablement, comme leurs collègues. Mais je crois que la grève est avant tout improductive", a-t-il estimé.
Pas de solution légale
Si une solution n'est pas trouvée rapidement, les grévistes menacent de passer à des actions plus violentes. Mais d'un point de vue légal, en raison de la législation sociale européenne à laquelle adhère le Royaume-Uni, il est cependant quasi-impossible d'empêcher IREM d'employer ses propres intérimaires italiens et portugais et de l'obliger à embaucher des Britanniques, sauf accord à l'amiable.
Le ministre italien des Infrastructures, Altero Matteoli, a d'ailleurs appelé "le Royaume-Uni à prendre conscience qu'il fait partie de l'Europe où existe la libre circulation des travailleurs". En outre, malgré la protestation des syndicats locaux, la Cour européenne a validé en 2007 l'emploi de travailleurs lettons par une entreprise lettone, au salaire letton, en Suède. Sa décision devrait désormais faire jurisprudence.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




