Il faut sauver Auschwitz

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 25 mars 2009 à 10h33 , mis à jour le 25 mars 2009 à 10h56

Interview - Le directeur du musée explique à LCI.fr pourquoi il vient de lancer un appel à l'aide internationale afin de restaurer le camp d'extermination.

auschwitzLa rampe d'accès au camp d'Auschwitz © www.auschwitz.org.pol/P. Sawincki

Piotr Cywinski est le directeur du musée Auschwitz-Birkenau, qui s'occupe notamment d'entretenir le site et d'organiser les visites. Afin de restaurer l'ensemble du camp, menacé par le temps, il a lancé il y a quelques semaines un appel aux fonds aux pays européens.

Plus d'infos


 
LCI.fr : Pourquoi lancez-vous cet appel aujourd'hui ?
Piotr Cywinski : Depuis 60 ans, la Pologne est pratiquement le seul pays à soutenir tous les efforts de conservation d'authenticité du site d'Auschwitz-Birkenau. Or il s'agit d'un terrain énorme qui comporte plus de 150 bâtiments, 300 ruines, des kilomètres de barbelés, des miradors... Jusqu'ici, la sauvegarde s'appuyait essentiellement sur une politique ponctuelle de conservation -sur un objet précis, une baraque.... Cette politique a bien fonctionné et la situation est en main aujourd'hui.
 
Mais nous approchons du moment où il sera nécessaire de lancer une conservation globale et générale de l'ensemble du site si nous voulons le sauver. Sinon, dans quinze ou vingt ans, nos enfants et petits-enfants ne pourront plus le visiter car il sera tombé en ruines. Or cette restauration globale dépasse de très très loin nos possibilités financières.
 
LCI.fr : De quel budget auriez-vous besoin ?
P.C. : Pour maintenir le site dans son état actuel sans qu'il ne se dégrade, il faudrait entre quatre et cinq millions d'euros par an, en sachant que le temps nécessaire à une conservation globale serait de 20 à 25 ans. Actuellement, selon les années et nos opérations ponctuelles, nous consacrons au maximum 500.000 euros par an à la restauration (ndlr : le budget global du musée est quant à lui de 5,5 millions d'euros). Dans l'absolu, nous souhaitons créer un fonds immuable dont les intérêts financeraient les travaux ultérieurs sans faire appel à la solidarité internationale.
 
A priori, il faudrait renouveler l'opération de restauration tous les quarts de siècle environ. Contrairement aux châteaux forts ou aux cathédrales, ces bâtiments n'ont  pas en effet été construits pour durer. Les avoir maintenus dans leur état actuel est déjà un exploit. Mais plus ils vieillissent, plus nous devons améliorer le processus de conservation. 

 
                                "La moitié des baraques n'est plus ouverte à la visite"

 
LCI.fr : Avez-vous obtenu des réponses ?
P.C. : Oui. La première, très rapide et très favorable, est venue de l'Allemagne. Elle s'est engagée publiquement à consacrer un million d'euros dès cette année à la fondation qui sera chargée de la conversation. Elle prévoit d'augmenter sa contribution par la suite et entend faire passer le message aux Länder (ndlr : les Régions) et aux entreprises privées. Nous sommes également en contact avec d'autres pays européens, voire extra-européens. Ils semblent intéressés mais il n'y a encore rien de concret. Nous ouvrirons aussi le débat avec l'Union européenne après les élections de juin. Le secteur privé est évidemment le bienvenu, mais il est en revanche difficile à toucher pour l'instant en raison de la crise.
 
LCI.fr : Quel est le principal problème que vous rencontrez pour sauver le site ?
P.C. : Ils sont nombreux. Il faut conserver les archives, les objets et bien sûr les bâtiments. Par exemple, l'un des travaux les plus urgents concerne les baraques en brique de Birkenau. Ce sont des baraques faibles, construites à la va-vite avec des briques de récupération dans des maisons détruites aux alentours du camp. Elles sont installées sur un champ humide où l'eau se trouve à seulement 50 cm de profondeur. Cette eau gèle en hiver puis dégèle au printemps, provoquant des mouvements de terre.

Or si les baraques en bois peuvent s'adapter à ces mouvements, celles en brique cassent. Il nous faut donc renforcer leurs fondations si nous ne voulons pas qu'elles tombent dans les 10 ou 20 ans à venir. Il nous faut commencer le travail d'ici deux ou trois ans au maximum. Il y en 45 au total, le travail est donc énorme. Conséquence de leur délabrement, la moitié ne sont d'ailleurs plus désormais ouvertes aux visites.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 25 mars 2009 à 10:33
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22 Commentaires

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  • Mi$$_laulita, le 06/05/2009 à 01h57

    Oui je suis d'accord pour conserver auschwitz. je n'y suit jamais allé mais j'aimerais bien ,ce serais l'occasion pour la pologne d'aménager ce lieu de facons à ce que des établissements scolaires fassent des visites pédagogiques etc... pourquoi laisser perrir un lieu si historique ? ou tant de personnes on souffert etc... pourquoi chaque état de l'union ne donnerai pas un lot pour préserver ce camp ?? ce serais un moyen de créér des emplois peut etre !!!!!

  • Manu1407, le 26/03/2009 à 12h53

    A preciser : vous pouvez faire un don sur le site internet www.auschwitz.org.Vous pouvez payer par CB ou Paypal

  • Guillaume, le 26/03/2009 à 11h22

    Pour avoir vu ce site de l'interieur, je suis pour évidemment... On ne ressort pas indemme a la fin de la journée. On est marqué a vie par l'etrange silence qui regne... Pas un bruit, pas un oiseau et hormis quelques idiots se prenant en photos devant les fours, c'est un lieu qui fait reflechir sur la condition hunaime et sur les erreurs du passés. Il faut le conserver.

  • Magiera, le 26/03/2009 à 11h18

    Il ne faut pas oublier cette réalité .Pour avoir visité Auschwitz,non pas en tant que "voyeur" ni en tant que "touriste" mais en tant que fille d'un homme qui s'est battu contre cette idéologie exterminatrice, j'ai pu mieux réaliser les horreurs qui ont existé.Ces camps font partie d'une histoire que les générations à venir ne doivent ni ignorer ni oublier afin que de telles atrocités ne se reproduisent plus jamais.

  • Leak91, le 26/03/2009 à 11h16

    J'ai visité ce camp il y a 2 ans, ceux qui parlent de voyeurisme n'ont certainement jamais mis les pieds là-bas. C'est à hurler, un silence de mort, des pierres qui portent encore des impacts de balles, des milliers d'objets témoins de l'horreur. Si on laisse tout tomber en ruine, plus personne ne croire en l'existence des camps, étant donné qu'aujourd'hui déjà, certains la nie. Allez-y avant de dire n'importe quoi !

  • Jo, le 26/03/2009 à 11h09

    Je pense que Jean Marie Lepen devrait verser ses indemnités de député Européen à la Fondation

  • Camerone, le 26/03/2009 à 11h05

    Les lois raciales fascistes de 1938 interdisent l'enseignement, l'armée et l'administration aux juifs. Malgré cela, Primo Levi poursuit ses études et obtient en 1941 son doctorat en chimie. Sur son diplôme est notifié 'de race juive' à côté de sa mention 'Très Bien', tout est dans cette dichotomie qui a fait commettre à un peuple apparamment civilisé ce crime presque inexpicable que représente Auschwitz....alors "comprendre c'est déjà pardonner" écrivait il dans une de ses oeuvres .....Il n'est donc pas question de Comprendre dans la question de la restauration de ce site mais de témoigner......

  • Ed, le 26/03/2009 à 11h03

    Il faut sauver ce site, les autres camps et tous les autres témoignages de la barbarie comme Oradour sur Glane. Déjà nombreux sont ceux qui nient ce qui s'est passé. Qu'en sera-t-il si ces sites disparaissent? Il faut qu'ils soient visités par les lycéens ou collégiens afin de propager la vérité inlassablement et lutter contre le négationnisme ou la banalisation .

  • Taz, le 26/03/2009 à 10h43

    Pénalisez donc Le Pen financièrement pour ses propos négationistes : qu'il verse directement l'argent à un fond d'aide pour Auschwitz.

  • Maryse, le 26/03/2009 à 10h42

    Oui il faut conserver Auschwitz pour rendre mémoire aux peuples qui se sont sacrifiés pour notre generation,car les plus jeunes ne savent ce que c'est l'horreur on devrait leur apprendre à l'école et leur montrer des reportages l'etre humain est un "monstre"...................

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