Josef Fritzl à l'ouverture de son procès, le 16 mars 2009 © Reuters/H. NewPlus qu'un drame familial, c'est un drame national que la justice autrichienne juge depuis ce lundi matin. Devant la cour d'assises de Sankt-Pölten, à 60 km à l'ouest de Vienne, s'est en effet ouvert le procès de Josef Fritzl. Le vieillard -il est âgé de 73 ans- est accusé d'avoir séquestré et violé sa fille pendant 24 ans dans sa cave, où sont nés sept enfants de l'inceste.
Entouré de six policiers, Josef Fritzl est arrivé en cachant son visage derrière un grand classeur bleu. Vêtu d'une veste grise, il a refusé de répondre aux questions lancées par un journaliste de la télévision autrichienne ORF, la seule chaîne autorisée à filmer dans la salle 119 du tribunal. Lorsque l'audience s'est poursuivie sans les caméras, mais devant 95 journalistes accrédités pour suivre le début des débats, l'accusé a posé son classeur en restant néanmoins dos à la salle. Il a évité de se retourner, fixant la présidente en face de lui, jusqu'au départ des journalistes, après lequel l'audience s'est poursuivie à huis clos.
Nouveau-né brûlé ?
Lors de son interrogatoire, Josef Fritzl a plaidé coupable pour viols, séquestration, menaces aggravées et inceste. Le cumul des peines n'est pas prévu par le Code pénal autrichien qui ne retient que la peine la plus lourde. En revanche, il a plaidé non coupable de meurtre et d'esclavage. Il est en effet accusé d'avoir refusé qu'un nouveau-né souffrant de graves troubles respiratoires, auquel sa fille a donné naissance en 1996 seule dans son cachot, soit hospitalisé alors qu'il était en danger de mort. Au lendemain de son arrestation le 26 avril 2008, il avait avoué avoir brûlé le corps dans une chaudière. Mais il récuse depuis les accusations de meurtre, passible de 10 ans de prison à la perpétuité.
Les débats se sont poursuivis avec l'examen de la personnalité du prévenu. Répondant d'abord d'une voix douce aux questions de la présidente, il a détaillé, la voix se faisant plus chevrotante, son "enfance difficile" auprès de sa mère célibataire. Elle avait 42 ans quand il est né le 9 avril 1935. "Elle ne voulait pas de moi. Elle me battait", a-t-il confié en regrettant l'absence de "relations un tant soit plus proches" avec elle.
"Respirez-en l'odeur"
Pour que les jurés se rendent mieux compte de "l'atmosphère morbide" du cachot de 40 mètres carrés sans fenêtres ni ventilation, "où Fritzl a disposé de sa fille comme d'un objet en sa propriété", la procureure a exhibé des objets provenant de la cave d'Amstetten. "S'il vous plaît, respirez-en l'odeur", a-t-elle demandé : "alors vous saurez quelle odeur régnait dans le réduit pendant 24 ans". De son côté, l'avocat de l'accusé, Rudolf Mayer, s'est efforcé une nouvelle fois de démontrer que son client "n'est pas un monstre. "Un monstre aurait tué tout le monde et après c'était fini. Il aurait vécu une retraite paisible", a-t-il fait remarquer.
Seul l'accusé sera présent au tribunal pendant les cinq jours d'audience, pour l'essentiel à huis clos. La déposition de la principale victime, Elisabeth, 42 ans, sa fille, a été enregistrée sur vidéo. Les onze heures de témoignage seront diffusées par étapes aux trois juges et huit jurés, à l'abri des médias qui ont envahi Sankt-Pölten pour rendre compte de ce "procès du siècle". Le verdict est en principe attendu pour le 20 mars. Les victimes, Elisabeth et ses six enfants, désireux de se protéger des paparazzi, ont à nouveau trouvé refuge dans la clinique psychiatrique d'Amstetten qu'ils avaient quittée fin 2008.
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