"Ne pas confondre droite populiste et extrême droite"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 08 juin 2009 à 18h20 , mis à jour le 09 juin 2009 à 11h17

Dossier : Elections européennes

Interview - Un spécialiste des extrémismes explique à LCI.fr les raisons de la poussée des droites populistes et de l'extrême droite.

geert wildersGeert Wilders, leader du PVV, le parti de la droite populiste néerlandaise © Reuters

jean yves camus chercheur iris extreme droite
Jean-Yves Camus est chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Il travaille notamment sur les extrémismes.

 
 

LCI.fr : Qui sont ces partis populistes et d'extrême droite qui ont réalisé de bons scores aux Européennes ?
Jean-Yves Camus :
Tout d'abord, il faut bien différencier les partis populistes et eurosceptiques des partis d'extrême droite proprement dit. On les assimile trop souvent, à tort, au point de créer la confusion.
 
La science politique distingue ainsi  trois vagues de partis d'extrême droite en Europe après 1945 -le FN fait partie de la 3e. J'en ajoute désormais une 4e, celle des "droites radicalisées, xénophobes et populistes". Ce sont des mouvements issus de la droite démocratique et qui en font  toujours partie. Ils ont simplement adopté un agenda plus dur sur les questions d'immigration, de multiculturalisme et d'identité nationale, avec un point commun : une défiance vis-à-vis de l'islam. On peut par exemple intégrer dans cette mouvance le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, Philippe de Villiers en France, le parti du président Lech Kaczysnki en Pologne ou encore, en dehors de l'UE, l'UDC en Suisse.
 
Mais ces partis n'ont rien en commun avec des formations d'extrême droite pure et dure comme le British national party, néo-fasciste, antisémite et négationniste. C'est donc méconnaître le sujet de les classer dans la même catégorie et même contreproductif. L'exemple Geerts Wilders montre bien que les thématiques xénophobes peuvent prendre racine à l'intérieur des droites démocratiques.

 
                                                   "Abstention, conjoncture nationale, Turquie"

 
LCI.fr : Comment expliquer cette percée, soit des partis populistes, soit de l'extrêmedroite ?
J.-Y. C. : Il y a plusieurs raisons. Tout d'abord, en Europe centrale et orientale, par un taux de participation extrêmement faible. Dans cette région, l'enjeu des Européennes est secondaire. Or l'abstention massive facilite l'expression des extrémismes politiques et des eurosceptiques, qui sont toujours très mobilisés. Ensuite, par des conjonctures proprement nationales : en Hongrie, par exemple, la coalition de gauche au pouvoir est totalement discréditée, au point que le Premier ministre a été contraint de démissionner.
 
Il y a également eu des incertitudes sur le contenu même de la géographie de l'Europe : doit-elle englober ou exclure la Turquie ?  Le sujet a été mis en avant par Geert Wilders, par la Ligue du Nord en Italie ou par le parti Ataka en Bulgarie, voisine de la Turquie. Il a fortement mobilisé. De son côté, si la question des flux migratoires a été secondaire en France, elle a revanche été très importante sous la forme du multiculturalisme. Silvio Berlusconi a ainsi affirmé que l'Italie n'était pas multiculturelle.
 
Enfin, il y a un réel problème de légitimité des instances européennes. Les citoyens estiment que la Commission européenne, non élue au suffrage universel, a trop de pouvoirs par rapport au Parlement. De même, le fait que le Parti populaire européen et le Parti socialiste européen trouvent très souvent des accords sur la plupart des sujets donne l'impression que le système est totalement verrouillé. Il y a sans doute eu une volonté de le faire tanguer. Malgré tout, les populistes et l'extrême droite, tout comme les altermondialistes et eurosceptiques de gauche, resteront marginaux dans le nouveau Parlement.
 
LCI.fr : Généralement, la crise économique profite également aux extrêmes
J.-Y. C. : Tout à fait. Mais paradoxalement, sur ce point précis, la crise a incité les Européens à favoriser les partis de gouvernement. On sait que l'on est installé durablement dans la crise. Et plutôt que voter pour des partis qui rejettent le système dans son ensemble et n'ont guère de chances de parvenir au pouvoir, on mise sur les capacités des gouvernements en place de trouver des solutions pratiques et concrètes. Et peu importe si la crédibilité de ces solutions est sujette à caution. Comme le modèle social-démocrate en crise, y compris auprès des classes populaires qui  étaient traditionnellement favorables aux socialistes, les électeurs ont donc fait confiance, dans la majorité des pays, à des partis de droite.

 
                                                        "Scores durables en Europe de l'Est"

 
LCI.fr : Les droites populistes et l'extrême droite peuvent-elles rééditer leurs bons scores lors de futures élections nationales ?
J.-Y. C. : En Europe de l'Est, ce ne sera pas uniforme. En Pologne, l'extrême droite semble définitivement marginalisée. Mais ailleurs, c'est probable en raison du manque de confiance dans les élites et de la corruption. En outre, l'intégration dans l'UE rend ces pays d'Europe centrale et orientale plus sensibles à la crise des pays de l'Ouest. Auparavant, sous le système soviétique, ils étaient épargnés. Il peut donc y avoir un sentiment de nostalgie. Mais comme il n'y a plus d'extrême gauche, voire de gauche, dans ces pays, le mécontentement s'exprime dans le populisme.
 
LCI.fr : Et en Europe de l'Ouest ?
J.-Y. C. : Aux Pays-Bas, Geert Wilders devrait rééditer sa performance. Pour le BNP, en raison du mode de scrutin au Royaume-Uni (ndlr : scrutin uninonimal majoritaire à un tour), ce sera très difficile. Les électeurs privilégieront le vote utile. Les seules
élections où il peut percer, ce sont l'équivalent des municipales et les Européennes. 
 

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 08 juin 2009 à 18:20
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5 Commentaires

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  • RUdey37, le 18/06/2009 à 22h25

    Je n'ai pas lu l'article dans son integralite, mais il me semble encore une fois qu'un partie veut s'associer les idees du Front, sans avoir a y subir les consequences calamieuses qui s'associe a celui-ci. Vraisemblablement un acte de lachete plutot. Je reside actuellement a l'etranger pour des raisons evidentes, pour y pouvoir y vivre paisiblement sans avoir a me battre constamment pour des droits en tant que Francais nous avons perdus depuis bien longtemps. Il serait bien temps de se reveiller!!!

  • Nicolas, le 09/06/2009 à 20h24

    Encore un politologue complètement incohérent. En quoi le Front National est un parti non démocratique. Aucun, absolument aucun argument ne justifie ce qualificatif. Et M. Camus aurait "l'extreme-droite" pour domaine de spécification... Le FN, de manière interne, élit ses représentants au Comité Central et son Président. Le FN n'a jamais revendiqué la moindre violence. Le FN a toujours suivi la voix des urnes, malgré de fortes injustices en terme de boycott médiatique, de charcutage électoral pré-conçu, et autre. Concernant ses propositions: référendums, préférence nationale, protectionnisme économique et autre mesures applicables et même appliquées dans bien d'autres pays. La Fn n'a rien d'un parti d'extreme-droite,

  • Az, le 09/06/2009 à 18h22

    Pour moi c'est beunet blanc et blanc beunet, huhu.

  • Eliot, le 09/06/2009 à 17h27

    En somme, la vraie préoccupation de ces élections, ce n'est pas, comme le souligne justement Jean-Yves Camus, la montée des extrêmes qui n'a pas eut lieu (alors que la crise aurait pu favoriser ces mouvements), la vraie préoccupation est l'importance des abstentionnistes. Cela met un évidence la perte de repère face aux institutions de la République d'une partie importante de l'electorat, c'est cela le plus préoccupant...

  • Smom, le 08/06/2009 à 19h33

    Donc en france faut pas confondre Lepen avec Villier! les médias vont avoir du boulot!!

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