Fiona Pilkington et sa fille Francecca © DRLes jeunes du quartier avaient pris l'habitude d'uriner sur leur maison. De balancer sur leur façade, des œufs, de la farine, des pierres. Quand ils ne mettaient pas des pétards dans leur boîte aux lettres. Des années que le cauchemar durait, près de 10 ans. En toute indifférence. Sans aucune réaction des autorités. Un jour, Fiona Pilkington, 38 ans, et Francecca, sa fille de 18 ans handicapée, sont parties. Elles ont raconté qu'elles allaient faire une balade. Leur voiture a été retrouvée incendiée sur un parking non loin de leur maison située dans un village du Leicestershire, dans le centre de l'Angleterre. Exténuées, désespérées, les deux femmes avaient mis fin à leur jour. C'était le 23 octobre 2007.
L'année précédant son suicide, cette mère célibataire avait prévenu les autorités 13 fois du harcèlement. En sept ans de cauchemar, elle les avait appelées 33 fois. Il n'y a jamais eu ni interpellation, ni poursuites. Mardi, la police a présenté ses excuses à l'Angleterre pour ne pas avoir aidé cette mère. "Nous sommes extrêmement désolés, a dit, la voix grave, le chef de la police du Leicestershire lors d'une conférence de presse. L'affaire a ému tout le pays. Rétrospectivement, il y a des choses que nous aurions pu faire de manière différente", a déclaré Chris Eyre. Le ministre de l'Intérieur Alan Johnson a qualifié l'affaire de "choquante et extrêmement bouleversante", estimant qu'il "n'y a pas d'excuse" pour ce qui est arrivé.
La veille, l'enquête judiciaire chargée de déterminer les causes de la mort des deux femmes, avait rendu son rapport. Parmi les conclusions du juge : la famille était "en état de siège" dans son propre foyer. Fiona Pilkington, aide sociale de profession, y vivait seule avec Francecca et son fils, Anthony dyslexique. Dans un document retrouvé après sa mort et publié dans la presse britannique, elle y raconte ces violences quotidiennes. Anthony, 19 ans aujourd'hui, n'était pas épargné par ce harcèlement de jeunes, dont certain âgé de 10 ans seulement. Menaces de morts, jets de pierre... Un jour, selon l'enquête, le leader de ce gang avait hurlé en direction du domicile des Pilkington : "On peut vous faire tout ce qu'on veut, et vous n'y pouvez absolument rien". Aucun des appels de Fiona n'avait été jugé prioritaire.
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