© AFPHans Stark est responsable du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
LCI.fr : Comme en 2002 et 2005, la CDU (ndlr : centre-droit) a fait la course en tête pendant toute la campagne allemande face au SPD (ndlr : centre-gauche). Or, lors de ces deux dernières campagnes, l'écart s'était resserré sur la fin. Pas cette année, puisque la CDU gardé dix points d'avance sur le SPD. Pourquoi ?
Hans Stark : Le resserrement a eu lieu en partie, mais pas avec l'ampleur attendue. Au vu des sondages les plus récents, certains pensaient d'ailleurs que la "grande coalition" serait reconduite. Mais les instituts se trompent parfois. En 2002 et en 2005, ils n'avaient pas prédit la remontée du SPD. Cette fois, la marge d'erreur a profité à la CDU. Par rapport aux dernières enquêtes, elle a seulement perdu deux points, que l'on peut attribuer à la campagne atone d'Angela Merkel et à son manque de critiques envers Frank-Walter Steinmeier (ndlr : le candidat du SPD, vice-chancelier de la "grande coalition"). Certains électeurs déçus se sont probablement reportés sur le FDP (ndlr : le parti libéral) et sa campagne plus musclée.
LCI.fr : Ce scrutin est une victoire pour Angela Merkel. Mais avec un score en baisse de deux points depuis 2005, le plus bas pour la CDU depuis 1949, n'est-ce pas une victoire par défaut ?
H.S. : Non. Je n'irai pas aussi loin. Elle est reconduite dans ses fonctions et va pouvoir gouverner avec son partenaire privilégié. C'est donc une victoire personnelle importante. Effectivement, le score de la CDU est en baisse. Mais il s'agit d'une tendance générale : les grands partis perdent leur électorat.
Avec un peu de retard sur les autres pays européens, on assiste en Allemagne à un émiettement politique, à la volatilité des électeurs et à une sorte de "zapping électoral". La fidélité des électeurs aux deux formations principales, de père en fils et selon la classe sociale, est bel et bien terminée. Et la CDU, avec seulement deux points de moins en quatre ans, s'en sort beaucoup mieux que le SPD, en baisse de onze points et qui a surtout perdu la moitié de ses électeurs (9 millions contre 18 millions).
La meilleure preuve de ce changement : une femme protestante de l'ancienne Allemagne de l'Est domine la CDU, le parti démocrate-chrétien de l'Ouest, tandis que Guido Westerwelle, le leader du FDP, formation de droite, revendique son homosexualité. Aujourd'hui, tout le monde trouve cela normal. Il y a encore quinze ans, c'était impensable.
LCI.fr : Avec son bon score de presque 15%, le poids du FDP sera important dans le gouvernement. Quelle sera la marge de manœuvre d'Angela Merkel pour ne pas tomber dans la dérive libérale de son nouvel allié, Guido Westerwelle ?
H.S. : Une chose est sûre : ils n'iront pas au clash. Angela Merkel a eu une expérience certaine
| "Il n'y aura pas de clash entre Merkel et le FDP" |
| Hans Stark |
des conflits politiques avec ses partenaires. Elle a toujours eu le dernier mot. On peut lui faire confiance une fois de plus. Evidemment, la dose de libéralisme sera plus importante qu'actuellement pour tenir compte de la nouvelle majorité de droite. Mais ce ne sera pas non plus le libéralisme à tout-va. C'est tout l'art du compromis. On peut donc parier sur un consensus de synthèse entre la volonté du FDP de réduire la charge fiscale et celle de la CDU de tenir compte du déficit public. Chacun sera ainsi satisfait.
LCI.fr : Avec un score catastrophique, le SPD a-t-il été victime de la grande coalition ?
H.S. : En partie. Plus globalement, il a d'autres problèmes, notamment la coupure avec ses propres électeurs qui remonte aux réformes sociales "Hartz 4" lancées par Gerhard Schröder (ndlr : chancelier de 1998 à 2005). Elles ont ensuite été poursuivies par Frank-Walter Steinmeier et Franz Müntefering (ndlr : le président du SPD). Toujours en poste, ils sont perçus comme les héritiers de Gerhard Schröder. Résultat : les milieux populaires et les syndicats se sont détournés du SPD, au profit de la gauche plus radicale de Die Linke.
LCI.fr : Justement, face à cette montée de Die Linke, et à un moindre degré des Verts, sur sa gauche, le SPD se retrouve-t-il dans la même situation que le PS français ?
H.S. : Oui. Il faut même faire la comparaison entre les deux. Plus globalement, la crise, déjà vue aux dernières Européennes, touche l'ensemble de la gauche européenne. Elle n'a pas donné de réponse convaincante à la crise économique et financière qui aurait dû lui profiter sur le plan politique. Elle est en fait confrontée à la quadrature du cercle entre plus de marchés et plus de justice sociale.
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