"Le SPD est dans le même état que le PS français"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 28 septembre 2009 à 14h59 , mis à jour le 28 septembre 2009 à 15h51

Interview - Hans Stark, responsable du Comité franco-allemand de l'Ifri, décrypte pour LCI.fr les résultats des élections.

[Expiré] [Expiré] steinmeier © AFP

Hans Stark est responsable du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
 

LCI.fr : Comme en 2002 et 2005, la CDU (ndlr : centre-droit) a fait la course en tête pendant toute la campagne allemande face au SPD (ndlr : centre-gauche). Or, lors de ces deux dernières campagnes, l'écart s'était resserré sur la fin. Pas cette année, puisque la CDU  gardé dix points d'avance sur le SPD. Pourquoi ? 
Hans Stark : Le resserrement a eu lieu en partie, mais pas avec l'ampleur attendue. Au vu des sondages les plus récents, certains pensaient d'ailleurs que la "grande coalition" serait reconduite. Mais les instituts se trompent parfois. En 2002 et en 2005, ils n'avaient pas prédit la remontée du SPD. Cette fois, la marge d'erreur a profité à la CDU. Par rapport aux dernières enquêtes, elle a seulement perdu deux points, que l'on peut attribuer à la campagne atone d'Angela Merkel et à son manque de critiques envers Frank-Walter Steinmeier (ndlr : le candidat du SPD, vice-chancelier de la "grande coalition"). Certains électeurs déçus se sont probablement reportés sur le FDP (ndlr : le parti libéral) et sa campagne plus musclée.
 
LCI.fr : Ce scrutin est une victoire pour Angela Merkel. Mais avec un score en baisse de deux points depuis 2005, le plus bas pour la CDU depuis 1949, n'est-ce pas une victoire par défaut ?
H.S. :
Non. Je n'irai pas aussi loin. Elle est reconduite dans ses fonctions et va pouvoir gouverner avec son partenaire privilégié. C'est donc une victoire personnelle importante. Effectivement, le score de la CDU est en baisse. Mais il s'agit d'une tendance générale : les grands partis perdent leur électorat.

Avec un peu de retard sur les autres pays européens, on assiste en Allemagne à un émiettement politique, à la volatilité des électeurs et à une sorte de "zapping électoral". La fidélité des électeurs aux deux formations principales, de père en fils et selon la classe sociale, est bel et bien terminée. Et la CDU, avec seulement deux points de moins en quatre ans, s'en sort beaucoup mieux que le SPD, en baisse de onze points et qui a surtout perdu la moitié de ses électeurs (9 millions contre 18 millions). 

La meilleure preuve de ce changement : une femme protestante de l'ancienne Allemagne de l'Est domine la CDU, le parti démocrate-chrétien de l'Ouest, tandis que Guido Westerwelle, le leader du FDP, formation de droite, revendique son homosexualité. Aujourd'hui, tout le monde trouve cela normal. Il y a encore quinze ans, c'était impensable.
 
LCI.fr : Avec son bon score de presque 15%, le poids du FDP sera important dans le gouvernement. Quelle sera la marge de manœuvre d'Angela Merkel pour ne pas tomber dans la dérive libérale de son nouvel allié, Guido Westerwelle ?
H.S. : Une chose est sûre : ils n'iront pas au clash. Angela Merkel a eu une expérience certaine

"Il n'y aura pas
de clash entre
Merkel et le FDP"
                 Hans Stark

 des conflits politiques avec ses partenaires. Elle a toujours eu le dernier mot. On peut lui faire confiance une fois de plus. Evidemment, la dose de libéralisme sera plus importante qu'actuellement pour tenir compte de la nouvelle majorité de droite. Mais ce ne sera pas non plus le libéralisme à tout-va. C'est tout l'art du compromis. On peut donc parier sur un consensus de synthèse entre la volonté du FDP de réduire la charge fiscale et celle de la CDU de tenir compte du déficit public. Chacun sera ainsi satisfait.
 
LCI.fr : Avec un score catastrophique, le SPD a-t-il été victime de la grande coalition ?
H.S. : En partie. Plus globalement, il a d'autres problèmes, notamment la coupure avec ses propres électeurs qui remonte aux  réformes sociales "Hartz 4" lancées par Gerhard Schröder (ndlr : chancelier de 1998 à  2005). Elles ont ensuite été poursuivies par Frank-Walter Steinmeier et Franz Müntefering (ndlr : le président du SPD). Toujours en poste, ils sont perçus comme les héritiers de Gerhard Schröder. Résultat : les milieux populaires et les syndicats se sont détournés du SPD, au profit de la gauche plus radicale de Die Linke.
 
LCI.fr : Justement, face à cette montée de Die Linke, et à un moindre degré des Verts, sur sa gauche, le SPD se retrouve-t-il dans la même situation que le PS français ?
H.S. : Oui. Il faut même faire la comparaison entre les deux. Plus globalement, la crise, déjà vue aux dernières Européennes, touche l'ensemble de la gauche européenne. Elle n'a pas donné de réponse convaincante à la crise économique et financière qui aurait dû lui profiter sur le plan politique. Elle est en fait confrontée à la quadrature du cercle entre plus de marchés et plus de justice sociale.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 28 septembre 2009 à 14:59
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9 Commentaires

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  • Toto, le 29/09/2009 à 13h43

    Ca me fait toujours plaisir d'ententre les gens dire le socialisme c'est fini avec le plus grand enthousiasme parceque lorsque j'entend ca. Je me dis c'est vrai il faut arrêter de faire du social parce que finalement tout ceux qui disent ca sont sans doute dans la même situation que la mienne c'est à dire pas de problème d'argent, un travail stable. De plus les impôts sont elevés et ca pourrait les faire baisser si il faut plus s'occuper des autres. Et au final, les gens qui sont la difficultés en s'en fiche, n'est ce pas. Et bien, je trouve ca regrettable car certaine personne devrait prendre le temps de voyager pour se dire que la force de la France ou encore d'autre pays d'Europe, c'est leur aspect social. Mais je vous en prie, continuer à penser que le social n'a pas d'avenir dans notre société. Le droit à penser et se plaindre est ouvert à tout le monde.

  • Marc, le 29/09/2009 à 09h53

    Tant mieux !

  • Phil, le 29/09/2009 à 01h26

    Avec la mondialisation le socialisme est mort

  • Kevin, le 29/09/2009 à 00h52

    Pas exactement; le SPD crachote du sang. Le PS français, quant à lui, est depuis fort longtemps en état de décomposition avancée. Il ne faut pas mélanger les serviettes sales et les torchons élimés.

  • Anita, le 28/09/2009 à 19h09

    Comment peut on encore etre dans le meme etat que le PS!

  • Philou, le 28/09/2009 à 19h00

    Les socialistes c'est fini

  • Pgir_blog, le 28/09/2009 à 18h27

    "Dérive libérale" : et on voudrait nous faire croire que les médias sont de droite ? !!!

  • Papy, le 28/09/2009 à 17h57

    C'est la déroute, sauve qui peux les femmes et les enfants d'abord. On se rencontre que les gens se sont aperçus que les socialstes ne pouvaient rien apporter; Des incapables alors avec le MODEM, je ne vous explique pas la catstrophe.

  • Hc, le 28/09/2009 à 17h05

    Le FDP et le MODEM font partie du meme groupe liberal au parlement européen.C'est là qu'on voit l'imposture de François Bayrou qui veut faire alliance avec le PS pour des raisons purement personnelles.

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