Un petit rappel s'impose pour comprendre la relation ambiguë entre les deux hommes : en 2008, après deux mandats consécutifs, Vladimir Poutine ne peut se présenter une troisième fois de suite à la présidentielle russe. A la place, il "adoube" l'un de ses poulains. En mars, Dmitri Medvedev, candidat du pouvoir, est largement élu président de Russie lors d'un scrutin couru d'avance. Lors de la campagne, il avait indiqué que Vladimir Poutine serait son Premier ministre. Début mai, les deux hommes s'installent donc dans leur nouvelle résidence : le Kremlin pour Dmitri Medvedev, la Maison-Blanche pour Vladimir Poutine.
Mais, pour tous les observateurs, il s'agit probablement d'une parenthèse dorée de quatre ans pour Vladimir Poutine : la Constitution l'interdisait seulement de briguer ce 3e mandat consécutif. Soit. Mais rien ne l'empêche de se faire réélire président par la suite, à la fin du mandat de Dmitri Medvedev, prévu en 2012, ou même avant en cas de démission. Ce scénario comporte cependant une inconnue : Dmitri Medvedev goûtera-t-il lui-même à l'ivresse du pouvoir et profitera-t-il de sa position pour marginaliser son mentor ? Un peu à la manière de Vladimir Poutine, présenté comme la marionnette du clan de Boris Eltsine en 2000 avant de s'imposer comme l'homme fort de Moscou.
"Il n'y aura pas de concurrence en 2012"
Depuis mai 2008, la cohabitation, bien orchestrée médiatiquement, semblait parfaite entre les deux hommes. Jusqu'à ces derniers jours. Les premières hostilités, verbales, ont commencé, à fleurets mouchetés bien sûr. Dmitri Medvedev a ainsi critiqué implicitement les "années Poutine", expliquant que les mesures prises par son prédécesseur n'avaient pas permis de transformer un pays "arriéré et corrompu".
Mais c'est surtout la perspective de la présidentielle de 2012 qui attise le feu. C'est Vladimir Poutine qui a lancé la bataille sur le sujet. Devant le Groupe de Valdaï, qui réunit des experts étrangers spécialisés sur la Russie, il a laissé entendre qu'il serait candidat. "En 2008, avons-nous été en concurrence ? En 2012, il n'y aura pas de concurrence non plus. Selon la réalité du moment, nous ferons une analyse et nous prendrons une décision. Nous nous mettrons d'accord parce que nous sommes du même sang et partageons la même vision des choses", a-t-il lancé.
La réplique de Dmitri Medvedev n'a pas tardé. Toujours devant le Groupe de Valdaï, le leader actuel du Kremlin a indiqué qu'il n'excluait pas d'être candidat à sa propre succession. "Voici encore peu, je n'envisageais pas d'être président. Mais tel est le destin", a-t-il souligné. Avant d'ajouter : "C'est pourquoi je n'anticipe rien pour moi-même mais n'exclus rien non plus". Enchaînant les commentaires parfois énigmatiques, il a ensuite noté que son Premier ministre avait une cote de popularité "plus élevée" mais que la sienne n'était "pas mal non plus".
Poutine comme Brejnev ?
Si cette joute verbale directe entre les deux hommes est donc pleine de sous-entendu, ce sont peut-être leurs plus proches conseillers qui laissent transparaître leur réelle rivalité. Ce jeudi, un collaborateur de Dmitri Medvedev a ainsi quasiment affirmé que Vladimir Poutine pourrait devenir un leader à la soviétique comme Leonid Brejnev s'il persiste à vouloir être à nouveau candidat. Même si Vladimir Poutine a réhabilité l'époque communiste, vilipendée sous l'ère Boris Eltsine, l'analogie n'est guère flatteuse. Elle signifie entre les lignes que Vladimir Poutine pourrait devenir un "vieux crouton". Leonid Brejnev, au pouvoir de 1964 jusqu'à sa mort en 1982 à l'âge de 75 ans, est en effet le symbole de la "gérontocratie" qui a miné la fin de l'ex-URSS.
Aujourd'hui âgé de 56 ans, Vladimir Poutine pourrait ensuite rester au pouvoir jusqu'en 2024, soit jusqu'à 72 ans s'il était élu en 2012. La Constitution a en effet été modifiée il y a peu pour allonger le mandat présidentiel à six ans, renouvelable une seule fois. A titre de comparaison, Dmitri Medvedev vient tout juste de fêter ses 45 ans. On attend désormais la réplique du clan Poutine.









